AccueilLe blog de la rédac'Je saucissonne et je fais comme si..

Je saucissonne et je fais comme si..

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Ce lundi 3 Mars, les droits de TV de Roland Garros pour le terri­toire fran­çais ont été attri­bués. La surprise est venue d’une clause spéciale pour la chaine Eurosport. En effet, durant les neufs premiers jours, elle aura l’ex­clu­si­vité de la tranche 11H‐15H. Difficile de comprendre ce choix, on va tenter d’élu­cider ce petit mystère, cette incon­gruité.

Quand BeIn est arrivé sur le marché, il est clair que du côté de la Porte d’Auteuil ; plus exac­te­ment 2 avenue Gordon Bennett, on a du sabrer le cham­pagne. Business plan à la clé, on s’est vu beaux, en exclu, avec un gros chèque. Sauf que BeIn avait d’autres préoc­cu­pa­tions. Mais cela nos instances fédé­rales ne semblaient pas le savoir, car si le lobbying poli­tique est un art, celui écono­mique est d’une toute autre dimen­sion, et ne répond pas aux mêmes tactiques. Reste qu’à ce moment là, l’am­bi­tion de rafler la mise était bien présente. 

La fédé­ra­tion fran­çaise avait donc sorti de son chapeau un certain nombre de lots pour la rené­go­cia­tion des droits tv, histoire de contenter tout le monde. Il y avait même l’idée d’une certaine forme de cryp­tage de certaines retrans­mis­sions. L’appel d’offres était telle­ment bien rédigé et bien pensé, que le résultat ne se fit pas attendre. Aucun opéra­teur n’y avait répondu favo­ra­ble­ment, du moins dans les sommes mini­males requises. 

Un petit camou­flet, vite étouffé, par une commu­ni­ca­tion bien pensée et toujours formi­da­ble­ment relayée par les médias natio­naux. Roland Garros est intou­chable, il faut le savoir. Résultat un nouvel appel d’offres, plus simples, plus doux. Entre‐temps BeIn avait bouté hors des courts Canal Plus en s’oc­troyant Wimbledon et les Masters 1000, enfin presque tous, puisque là encore il fallait préserver les berceaux du tennis trico­lore : Monte‐Carlo tout d’abord et bien sur Bercy. 

Aucune logique écono­mique, ni marke­ting, à définir une exclusivité

Ceci précisé, c’est donc ce lundi que l’on a appris que France Télévision était jusqu’en 2018 l’opé­ra­teur offi­ciel avec Eurosport dont la compé­tence tennis­tique s’est affiné au fil des efforts produits à l’an­tenne ces dernières années. Mais comme il fallait quand même y mettre une pointe de sel et y rajouter une valeur qui pour­rait flatter les égos, une exclu­si­vité de 9 jours de 11h à 15H a été définie pour satis­faire nos élus. 

Car il n’y a aucune logique écono­mique, ni marke­ting, à définir une exclu­si­vité sur une plage horaire quand on connait les aléas d’un tournoi de tennis comme Roland Garros. Une exclu­si­vité pour voir un court bâché en cas de pluie ce serait encore une fois une flopée d’ar­ticles risibles dans la presse mondiale et surtout une levée de boucliers des ayant droits, idem, si le programme vient à être définie pour faire jouer une star au petit matin.

Bref, il y a là une anomalie, presque typi­que­ment fran­çaise, qui ne risque surtout pas d’as­seoir un peu plus Roland Garros déjà affaibli par un projet de réno­va­tion discuté et discu­table. L’ambition ne doit pas se confondre avec une certaine forme de réalisme. Dans quelques années, il est certain que l’on fera un bilan plutôt prag­ma­tique de choix pour le moins contes­table sur la gestion d’un monu­ment du sport mondial et qui avec le temps semble vieillir plus vite que le temps qui l’accompagne.