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La place est chaude, très chaude…

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La course à l’écha­lote, le Graal, appelez ça comme vous voulez, mais la période élec­to­rale a commencé pour l’ac­ces­sion au Capitanat de l’équipe de France. Et, dans ce type de situa­tions, c’est toujours notre quoti­dien sportif préféré qui est choisi comme organe offi­ciel. Après les révé­la­tions de Guy Forget, la parole est donnée ce matin au Président de la Fédération Française de Tennis. Jean Gachassin envoie quelques messages clairs aux candi­dats, aux joueurs et à la famille du tennis. De notre côté, on a aussi glané çà‐et‐là quelques infor­ma­tions et il était temps que l’on fasse égale­ment un point de la situation.

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Forget trop gentil ?

Critiquer le choix de la terre battue pour la rencontre face aux Américains est un petit non sens, car si Gaël Monfils avait été présent la rencontre aurait été tout à fait diffé­rente. D’ailleurs, c’est Jo, lui même, qui le dit : « La terre battue, c’était pour Gaël, c’est tout. A partir du moment où il n’est pas là, ce n’est plus pareil. » Et, pour cause, Gaël reste un véri­table étalon sur l’ocre : « Avec sa puis­sance, sa capa­cité à retourner, à aller au combat, je suis sûr qu’il aurait gêné Isner, plus que Gilles ne l’a fait. C’est logique. » Aujourd’hui, les spécia­listes qui foncent tête baissée sur l’idée que la terre nous a fait perdre ont tort et profitent d’un simple concours de circonstances.


Gaël Monfils sous influence ?

Dans les couloirs du Monte‐Carlo Country Club, ça grin­çait un peu. « Que Gaël soit blessé, ce n’est pas condam­nable. Mais qu’il ne soit pas présent ici, c’est plus problé­ma­tique. Il y a des règles et il faut savoir les faire respecter », nous a expliqué sous couvert d’ano­nymat une éminence grise du tennis trico­lore. Difficile, en effet, de comprendre pour­quoi la Monf’ n’est pas resté sur le banc, au pied du Rocher, à encou­rager les siens, comme il sait visi­ble­ment si bien le faire sur Facebook. Certains parlent d’un entou­rage influent… Nous n’avons pas pu véri­fier cette information.


Des Mousquetaires en carton ?

En décembre 2008, nous avions fait notre Une sur les 4 Fantastiques – Gasquet, Simon, Monfils et Tsonga – et nous avions logi­que­ment demandé à leur leader, Jo, de nous expli­quer le projet : « La Coupe Davis est un objectif. Et je pense que c’est un objectif pour tout le monde. En tout cas pour moi, c’en est un. Que ce soit pour Gaël, Gilles ou Richard, je pense que ça nous tient à cœur. Maintenant on arrive à un moment où on va peut être pouvoir jouer tous ensemble. Je pense que ça va faire partie de nos objec­tifs, à nous quatre, pour faire quelque chose de bien. » Cette confes­sion est un peu périmée si l’on regarde, non les résul­tats, mais l’envie que certains de ces Fantastiques ont eu à porter la veste bleu‐blanc‐rouge… Il faut dire que les campagnes ont pesé dans la balance. Pour Richard Gasquet, on notera le double en République Tchèque ; pour Gilles Simon, la non sélec­tion lors du dernier simple en finale, en Serbie. « Avec cette équipe, on peut remporter la Coupe Davis dès 2009 », décla­rait Michael Llodra dans ce même numéro de GrandChelem. Un pronostic que tous les spécia­listes trou­vaient plutôt logique à l’époque.


Une recons­truc­tion ?

Avec une victoire et trois finales en 14 éditions, le parcours de Guy à la tête de l’équipe est‐il bon ? A cette réponse, Jim Courier répond avec déter­mi­na­tion : « Oui. » « Guy a su mener ses campagnes en respec­tant l’es­prit de la Coupe Davis et si je devais rester 14 ans avec le même palmarès, je n’au­rais pas à rougir de mon effi­ca­cité. » Trop de pouvoir donné à son clan, trop de pouvoir donné aux joueurs, évidem­ment, par son charisme et son aura, Guy menait sa barque un peu comme il le dési­rait, sans spécia­le­ment rendre des comptes, à la manière d’un Laurent Blanc. Mais y a‑t‐il du mal à s’en­tourer de ses proches ? En tant que chef de meute, le réflexe paraît plutôt logique. Il se disait qu’a­près Bercy, cette année, Forget était sur la sellette. Que la situa­tion était plutôt tendue avec les joueurs. Peut‐on lui en vouloir, alors qu’il semble avoir en face de lui des jeunes ayant gagné l’épreuve avant même de l’avoir joué ? Il est normal que la Fédération cherche à serrer la vis, avec le risque de ne plus pouvoir s’ap­puyer sur les fameux 4 Mousquetaires.


Pas ou peu de concurrence ?

Un capi­taine, c’est celui qui sélec­tionne, celui qui fait des choix. Et le souci, quoi que l’on dise, c’est que notre réser­voir est faible. Il est assez para­doxal de constater que la seule révé­la­tion de ces dernières années ait été… Jérémy Chardy, qui a sauvé les Bleus, en Autriche, en domi­nant Melzer, mais aussi Fisher. A part ça, le calme plat et peu de nouvelles têtes pouvant vrai­ment prétendre à inté­grer le groupe.


Quel avenir ?

Malgré ce que l’on nous fait croire, c’est bien les joueurs qui ont le pouvoir. Tout simple­ment parce qu’ils peuvent refuser de parti­ciper à la Coupe Davis. Ce qui a a déjà eu lieu par le passé. Tout le puzzle de Guy repo­sait sur une espé­rance : que tout le monde soit présent au nom d’une idée et d’un calen­drier. Néanmoins, comme il le dit, le choix appar­tient à chacun de mesurer la valeur de repré­senter son pays – avec ou sans primes au bout. C’est une ques­tion de valeurs, d’édu­ca­tion, de matu­rité et d’envie – c’est cette ques­tion qu’il a tenté d’in­cul­quer à son groupe. L’esprit de groupe n’est pas une inven­tion. Quand Cédric Pioline et Fabrice Santoro décident de disputer ensemble le double décisif de la finale 2001, en Australie, lors même qu’ils se détestent, ils oublient tout. L’emporter pour la France aux anti­podes, c’est ce qui les inté­resse, ce qui les porte et ce qui les motive. Rien à voir avec nos 4 Fantastiques, dont on peut légi­ti­me­ment douter du niveau d’im­pli­ca­tion, excep­tion faite de Jo‐Wilfried Tsonga. « Quand je perds en Coupe Davis, ça me fait plus de mal qu’autre chose, plus qu’une demi‐finale en Grand Chelem, plus qu’une finale perdue sur le circuit. » L’avenir ne passe pas par un homme provi­den­tiel, tout simple­ment parce qu’il n’existe pas. L’avenir appar­tient aux résul­tats, à la capa­cité qu’ont les joueurs à progresser tennis­ti­que­ment, à établir un programme cohé­rent. Un programme qui n’est pas réglé en fonc­tion des garan­ties offertes sur des épreuves de seconde zone ou sur certaines exhi­bi­tions. Sinon, la Coupe Davis ne deviendra alors qu’un simple cinquième Grand Chelem, où le capi­taine n’a qu’à rêver d’un tirage favo­rable et tendre la serviette aux chan­ge­ments de côté.

A propos de l’auteur

Jérémy Alen

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.