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« Le travail est souvent le père du plaisir… »

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Et voilà, c’est fini ! Jo‐Wilfried Tsonga est éliminé du Masters 1000 de Paris‐Bercy et offi­ciel­le­ment hors course pour la Masters Cup. Il lui fallait réaliser un exploit, un parcours de cham­pion ; au final, il ne bat qu’un terrien Montanes et un Gillou blessé. Rafael Nadal, même en diffi­culté, lui est resté une montagne infranchissable.

Tsonga devrait terminer l’année aux portes du top 10. Et fina­le­ment, ce clas­se­ment lui va bien. Meilleur que beau­coup d’autres, mais telle­ment loin des joueurs du top 5. Capable de perfor­mances, très ponc­tuel­le­ment, coupable de décon­cen­tra­tions, trop régulièrement.

Contre Rafa, il a mesuré le long chemin qu’il lui reste à parcourir s’il veut espérer bouger dura­ble­ment les Federer, Nadal, les Djokovic & Co. En cause, une deuxième balle effrayante, à faire pâlir Dementieva version 2006. 36% de points gagnés derrière une seconde, quand le pour­cen­tage de premières n’at­teint pas les 80%, c’est se tirer au pied avec un fusil de chasse. Face aux meilleurs, ça ne pardonne pas et la diffé­rence s’y fait : la capa­cité à envoyer du lourd dans les moments impor­tants. Tsonga, service en moins, c’est Tsonga à la plonge. 

En cause, égale­ment, un revers à la Guez, bras raide, frappe en porte‐manteau, digne d’un Roddick au sommet. Sauf que Guez, estropié, n’y peut rien et qu’Andy peut beau­coup d’autres choses. Là encore, Rafa n’a pas été leurré. L’Espagnol a pilonné le côté faible de Tsonga, l’obli­geant à tourner autour de son revers en des manœuvres déses­pé­rées et des posi­tions bien délicates. 

En cause, enfin, une atti­tude géné­rale, un compor­te­ment voguant de la fumis­terie patentée au dilet­tan­tisme assumé. « Je ne me suis pas vrai­ment entrainé depuis une semaine, la seule raquette que j’ai touchée est une raquette de ping pong », avait‐il déclaré à l’orée du GPTL. Il y avait paru bien peu concerné par l’enjeu, si minime soit‐il, jouant pour le « plaisir », n’ayant pas de points à prendre. Sauf que cette semaine, à Bercy, il y en avait, un paquet et un titre à défendre. 

Et pour­tant, malgré des décla­ra­tions enflam­mées au public pari­sien : « malheu­reux » avant, « je suis heureux ici » … Malgré cette affir­ma­tion témé­raire et « Rastignac » : « J’espère que ce sera lui [Rafael Nadal] en face ; si je joue contre lui, j’ai tout pour [gagner]…» Malgré tout ce vernis « bling‐bling » et bouillon­nant, Jo n’a pas semblé jouer le match à fond. Une atti­tude soumise, une exas­pé­ra­tion palpable et quelques coups balancés… Rafael Nadal, appliqué, sérieux et solide pour la première fois depuis long­temps, n’en deman­dait pas tant. Et gagne ce match autant que Tsonga perd.

« Je joue bien au tennis, j’ai ce qu’il faut pour être bon, mais je ne le suis pas encore tout simple­ment.» Affirmation aisée à défaite sans appel. L’humilité, ça se travaille. Comme le service, comme le revers, comme le respect. Laisser de côté l’image et le marke­ting. Revenir aux fonda­men­taux. Stopper le Bueno. Travailler, travailler et travailler encore. L’unique salut qui fera de Tsonga, non Rubempré flam­beur et trop vite consumé, mais Vautrin trompe‐la‐mort, puis­sant, domi­nant et figure pérenne. 

« Le travail est souvent le père du plaisir.» (Voltaire, Quatrième discours)