Mon cher Richard,

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Rien de telle qu’une lettre ouverte pour te commu­ni­quer ce senti­ment qui m’anime. Depuis trop long­temps enfoui, ce cri du cœur devait sortir, et je te le dis sans détour : « On t’aime, mais tu ne nous le rends pas ».

Mon cher Richard, ce qui me fait prendre la plume est résumée dans ces quelques mots. On t’aime, nous t’ai­mons. J’ai eu l’oc­ca­sion ces derniers jours de te voir en personne, de t’ap­pro­cher, de te parler. Notre profes­sion, mon cher Richard, est d’in­former, de relater les faits, et cela dénude très souvent les senti­ments. Mais c’est juste­ment de ces senti­ments dont je voudrais m’en­tre­tenir avec toi. 

Tu me le dis si je me trompe, mais je n’ai pas vu un garçon bien dans ses pompes. Tu n’es pas heureux, Richard. Cela m’a sauté aux yeux. Alors c’est vrai, peut‐être n’apprécies‐tu pas les jour­na­listes, peut‐être crains‐tu le regard des gens, leurs juge­ments, et leur amour. Mais il y a plus grave dans ce que j’ai vu dans tes yeux Richard. Il y a cette impres­sion que tu n’es pas heureux. Que tu n’es pas heureux sur un court d’en­traî­ne­ment. Que tu n’es pas heureux sur un court de tennis, une raquette à la main. Que tu n’es pas heureux devant un public venu te voir, venu t’en­cou­rager, venu te déclarer sa flamme. J’en suis arrivé à une conclu­sion : Que tu n’aimes pas ce que tu fais. J’ai même eu l’im­pres­sion, mon cher Richard, que tu ne T’AIMES PAS !

Soyons d’ac­cord. Ces choses que j’évoque avec toi sont mes impres­sions, et il se peut que je me trompe. Je vais même t’avouer que j’es­père me tromper. Mais les yeux ne trompent pas. Les paroles peuvent le faire, la gestuelle aussi. Mais pas les yeux. Et les tiens ne trahissent pas la joie. Je ne te parle pas de victoire dans un match, je te parle du bonheur au quoti­dien. Le plaisir de se lever, de jouer au tennis, de voir ses amis, sa famille, de parler, de rire. Ces choses‐là trans­pirent chez tous les êtres humains. Même les joueurs de tennis.

Mais il faut aussi savoir une chose, si je te dis toutes ces choses, si j’ai décidé de partager avec toi mes inter­ro­ga­tions, c’est que comme des milliers, peut‐être même des millions de Français, je t’aime Richard. 

Je t’aime parce que je trouve qu’on ne t’a pas aidé. Parce que t’ériger en légende fran­çaise du tennis alors que tu n’as que neuf ans, ce n’est pas un cadeau que t’ont fait les médias de notre pays.

Je t’aime parce que j’au­rais été inca­pable de supporter toute cette charge, toute cette pres­sion, ce regard lourd et ces paroles impo­santes qu’on a posé sur toi, sans nous soucier de savoir si tu le voulais, si tu l’avais choisi, si tu l’acceptais.

Je t’aime aussi parce que tu es ce qu’on appelle un « bon gars ». Bien éduqué, poli, cour­tois, et fonciè­re­ment gentil. 

Je t’aime enfin parce que tu repré­sentes une chose que le bon dieu n’offre qu’à quelques rares de ses enfants : le talent.

Alors aujourd’hui, ce cri qui sort de mon cœur, est surtout celui que je voudrais voir sortir du tien. Je voudrais que tu sois heureux. Si c’est sur un court de tennis, nous en serons les plus ravis et les plus veinards. Si c’est ailleurs, le choix t’ho­no­rera, parce que même si égoïs­te­ment, nous voudrions te voir exaucer nos souhaits sur un court de tennis, de nous sortir tes coups les plus fabu­leux comme un père noël sort les cadeaux de sa hotte, il est temps de nous inter­roger : Que veux‐tu toi, Richard ? sache que nous sommes prêts à te suivre, à te soutenir, et même à t’encourager. 

Parce que te voir avec ces yeux là est insou­te­nable. Et parce que l’amour c’est savoir faire passer l’autre avant soi.

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