AccueilLe blog de la rédac’Nadal, ses Saint‐Jacques et son coulis de poivron…

Nadal, ses Saint‐Jacques et son coulis de poivron…

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Père Castor, raconte‐nous une histoire. Oui, aujourd’hui, c’est RCV le Père Castor. Sauf que ce Père n’est ni le Père Bocuse, ni la mère Richard. Vous l’aurez compris, c’est une histoire culi­naire que je vais vous conter. Et, plus qu’une histoire, c’est une mésa­ven­ture abso­lu­ment banale. 

RCV est un être délicat, si, si. Intéressé par de nombreux domaines, il met souvent du sens dans des démarches simples, afin, il l’espère, de leur offrir un peu de son âme propre. C’est joli­ment dit, mais cela ne signifie pas grand‐chose pour le moment, je vous le concède. Il y a deux semaines, à l’occasion d’une obli­ga­tion conju­gale, RCV a été amené à endosser un beau tablier blanc – rassurez‐vous, cette virgi­nité fut de courte durée, non que notre héros du quoti­dien entre­tienne une atti­rance non assumée pour la crasse et la saleté, mais si la maladresse était une infec­tion, il en serait sans aucun doute le vecteur attitré, le rat et la gangrène. Malgré des compé­tences culi­naires limi­tées, votre valeu­reux servi­teur s’est lancé dans une entre­prise déli­cate : des Saint‐Jacques snackées et leur coulis de poivron rouge. Aussi résolu qu’un Rastignac s’attaquant à Paris, il note préci­sé­ment les diffé­rentes étapes à suivre pour atteindre son objectif : acheter de belles et grosses Saint‐Jacques, leur ôter le corail, faire chauffer une poêle avec un soupçon d’huile d’olive… et saisir le fruit – de mer, pas des entrailles – deux minutes sur chaque face. Auparavant, il lui aura fallu préparer son coulis vermeil, avec de beaux poivrons aux fesses aussi rondes que la lune et d’un rouge au parfum hispa­nique. Rien de bien compliqué, en somme, nul besoin d’en faire une histoire aussi alam­bi­quée. Les Saint‐Jacques sont lancées, dans un grillot­te­ment, qui croyez‐moi, vous fait envier, un instant, Jean‐Luc Petitrenaud. Deux minutes : tout est calculé, la cuisine est affaire de préci­sion. Deux minutes, obser­vées au centième. Deux minutes fois deux. C’est bon, prêt à être dégusté, mais voilà… Le couperet tombe comme le hachoir du boucher débi­tant ses pièces au petit matin : les Saint‐Jacques sont trop cuites. Tant pis pour RCV, pour sa recette… et son épouse.

L’agressivité comme ingrédient principal

Opposé à Rafael Nadal au premier tour de Roland Garros, Daniel Brands m’avait demandé la recette de ces fameuses Saint‐Jacques. Si, si, lui maîtri­sait plutôt les jarrets de porcs ; il fallait s’affiner. Avec, en théorie, une saveur finale de victoire explo­sant ses papilles d’un succès mémo­rable. Robin Söderling, le premier, avait montré la voie à coups de poêle à frire un certain jour de Roland 2009. Une gestuelle parti­cu­lière, la réus­site de l’inconscient, mais, surtout, le talent d’un chef étoilé le temps d’une partie… et un peu plus. Lukas Rosol avait suivi ses pas, l’année dernière, à Wimbledon. Le fou, qui souffle chaud et froid, sucré‐salé‐indéterminé façon cuisine molé­cu­laire… On ne s’en remet pas. Jusqu’à, derniè­re­ment, ressentir à nouveau le vent de cette inspi­ra­tion dans les parpaings‐rouleau à pâtis­serie d’Ernests Gulbis. Le dénoue­ment ne fut pas aussi fort en goût, mais mérite d’être salué par ses pairs toqués. Ce lundi, à Roland Garros, Daniel Brands a puisé son inspi­ra­tion dans ces plats et perfor­mances passés. Durant deux sets, il a appliqué à merveille la recette établie par Monsieur Söderling, meilleur ouvrier de France un après‐midi pari­sien. La voici dans ses termes daniel­bou­lu­dien : « Contre Rafa, il faut faire preuve d’agressivité dès le départ. Il s’agit d’exercer une pres­sion constante, de le bouger en perma­nence. Ce doit être votre objectif prin­cipal. Si vous y parvenez, vous pouvez le bous­culer. Et, mieux, riva­liser avec lui. Par ailleurs, il faut prati­quer un niveau de jeu très élevé pendant tout le match. C’est bien ça le plus diffi­cile : être capable de jouer trois sets durant un excellent tennis. » Pendant deux sets, coups droits puis­sants frappés balle montante, lignes effa­cées et revers à une main tout en relâ­che­ment… Deux minutes sur chaque face, les Saint‐Jacques, on vous l’a dit. Evidemment, il faut bien que le Rafa soit un peu mou, que son bras tremble un chouïa, comme sur ces doubles fautes, dans le premier set, et ces énormes erreurs en coup droit, avec cette balle ne passant pas la ligne médiane… ou le filet. Mais l’application de notre ami Dany a fait plaisir à voir.

L’application, voilà où le bât blesse. De la théorie à la pratique, il y a parfois un monde, de condi­tions, d’évolution et de constance. Dans ce monde‐là, Rafael Nadal est souvent le meilleur : la régu­la­rité son inten­sité, cette même inten­sité néces­saire aux victoires et aux grandes perfor­mances. Daniel Brands l’a appris à ses dépens : ses Saint‐Jacques sont restées sur le feu le temps indiqué par Ginette Mathiot, que des géné­ra­tions de belles‐filles détestent ou adulent, c’est au choix. Et pour­tant, elles ont un peu trop cuit. Ne manquait pas grand‐chose ; pas de la préci­sion, juste l’instinct de la cuisson et le relâ­che­ment dans les moments critiques de l’excellent cuistot – tie‐break, tie‐break… Une manière, fina­le­ment, de sentir son corps et l’âme d’un match en prenant, selon l’expression consa­crée, les points les uns après les autres. Allez, Daniel, pour la morale de cette petite histoire : c’est en cuisi­nant qu’on devient cuisinier.

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