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Rafael Nadal se fiche des mauvais augures

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Rafael Nadal, vain­queur de Dominic Thiem au 2e tour de Roland Garros 2014.

N’en doutez pas, Rafael Nadal est en forme. Si l’on imaginait quelques surprises possibles à Roland Garros, il ne faudra probablement pas regarder du côté du Majorquin. Bien au contraire.

« C’est Djokovic, le favori. » Cette phrase, on l’en­tend depuis une semaine dans les travées de Roland Garros. Même du côté de notre Rédaction, à Lyon, nous avions ce senti­ment profond : cette année serait diffé­rente. Par « diffé­rente », nous pensions à une possible, voire probable, victoire finale de Djokovic ; mais aussi à un cham­bou­le­ment des forces en présence par les trublions que sont Stanislas Wawrinka, Kei Nishikori ou Grigor Dimitrov. Oui, nous voyions ces trois‐là capable de réaliser un coup de force en élimi­nant l’une des têtes de série majeures au cours de ce tournoi. Nous nous sommes d’ores‐et‐déjà trompés. Stan a perdu, proba­ble­ment fragi­lisé par son nouveau statut et cette pres­sion avec laquelle il doit composer au quoti­dien, chose tout à fait inconnue pour un garçon habitué à vivre dans l’ombre de Roger Federer. Nishikori, lui, a subi le contre‐coup de sa bles­sure à Madrid et gardera proba­ble­ment de très intenses regrets. Non seule­ment il a laissé échapper un titre qui lui tendait les bras du côté de la capi­tale espa­gnole à cause de cette bles­sure au dos, mais il n’a surtout pas pu s’en­traîner pendant deux semaines. Cela ne pardonne pas en Grand Chelem. Enfin, Dimitrov, lui, a encore déçu, même s’il avait un premier tour piège face à Ivo Karlovic. On en repar­lera sur gazon, certes, mais, pour l’heure, les prédic­tions tombent à l’eau.

Ces outsi­ders effec­ti­ve­ment « out », reste le premier augure : Djokovic va l’emporter. Un augure fondé sur la forme du Serbe, écla­tante, et son atti­tude en confé­rence de presse, faite de séré­nité et d’as­su­rance. Un augure renforcé par le succès du numéro deux mondial sur le numéro un à Rome – et par la récence de l’évé­ne­ment qui donne, souvent, une impor­tance accrue à certains phéno­mènes, en gros­sis­sant les traits et en manquant de recul. Un augure, enfin, qui ne s’est pas dessiné dans les entrailles d’un mouton, non, mais dans les faits eux‐mêmes : Rafael Nadal avait réalisé, avant Roland Garros, sa plus mauvaise saison sur terre battue. Peut‐être avons‐nous parlé trop vite – ce ne serait pas la première fois, je vous le concède.

Un boulevard jusqu’en quarts de finale !

Car Rafa est en forme, en ce début de tournoi. Toni, son oncle d’en­traî­neur, le disait il y a peu : « Ici, il est chez lui. Dès qu’il joue à Roland Garros, tout va mieux, il est plus à l’aise et il est capable de se trans­cender. » Compréhensible, tant on imagine les souve­nirs qu’il y a accu­mulé en rempor­tant huit fois le trophée, en y vivant ses premières joies, en s’y accom­plis­sant comme cham­pion de tennis. Cette année ne semble pas déroger à la règle. Alors, oui, vous allez me dire que Robby Ginepri et Dominic Thiem au premier tour ne consti­tuaient ni des tests, ni des dangers poten­tiels. Un gars qui n’avait pas les armes et qui a pris 6–0 6–3 6–0. Un jeune qui n’avait pas l’ex­pé­rience et qui a reçu une leçon de réalisme 6–2 6–2 6–3. Mais, en atten­dant, le Majorquin, qui avait surpris par ses fautes inha­bi­tuelles du côté de Madrid ou de Barcelone, a retrouvé une vraie constance – et c’est quand même la base de son jeu. 34 fautes directes en deux matches et un service qui tient la route : quoi de mieux pour le mettre en confiance et pour trouver son rythme ? Lui qui était déjà en progres­sion à Rome peut se féli­citer de surfer sur la même dyna­mique à Paris. Manifestement, ces bonnes sensa­tions lui donnent la pêche ; cet après‐midi encore, il affi­chait un grand sourire à l’heure de se présenter face à la presse, un sourire comme on en voit rare­ment chez ce garçon discret.

Et, cette bonne dyna­mique, il va avoir tout le loisir de la cultiver. Cette confiance, il va pouvoir la stimuler. Avec un objectif : monter en puis­sance. Car son tableau paraît désor­mais vide, sans manquer de respect à ses prochains adver­saires. Mesurez un peu, il affron­tera Leonardo Mayer au troi­sième tour ; puis Jack Sock ou Dusan Lajovic en huitièmes de finale. Autant dire que c’est une auto­route jusqu’en quarts de finale qui s’ouvre devant lui. Evidemment, on pour­rait toujours consi­dérer qu’il n’est pas bon de manquer d’ad­ver­sité avant les grands rendez‐vous, que cela risque de lui faire défaut au moment d’af­fronter David Ferrer, par exemple, en quarts de finale. Sauf qu’on se rappelle aussi que Rafa est rongé par les pépins physiques, que c’est ce qui lui a fait perdre l’Open d’Australie en partie, et qu’il ne crachera certai­ne­ment pas sur des rencontres un peu rapides. Des rencontres qui lui permet­tront d’en­granger cette confiance dont le joueur de tennis est si dépen­dant. Ferrer en quarts ? Et alors ! Le Valencian ne l’a toujours battu qu’une fois en dix ans sur terre battue. Il n’est pas non plus au meilleur de sa forme. Alors en trois sets gagnants ? Un tour de plus qui lui permettra simple­ment de se tester dans l’opposition.

Bref, on a tendance à l’ou­blier, mais Robby Ginepri a bien fait de nous le rappeler : « Jouer contre Nadal à Roland Garros est l’un des plus grands défis du sport. Le battre en cinq sets, cela demande beau­coup d’efforts. » S’il avait peut‐être moins la foi ces derniers temps, s’il doutait, s’il semblait presque manquer de moti­va­tion et, surtout, de solu­tions, il demeure l’un de ces joueurs qui a été éduqué pour l’ad­ver­sité. Cette éduca­tion, en Grand Chelem, et à Roland Garros, c’est là qu’elle se révèle chaque année, depuis 2005. Et ça, ce n’est pas un augure, c’est une réalité.

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