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Une forme de jubilé ?

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Tout avait été prévu pour que Yannick Noah puisse faire ses adieux avec dignité. Les joueurs ont été priés de lui laisser la place sur l’estrade de la salle de confé­rence de presse et le capi­taine a pu dérouler son discours. Comme d’habitude, il a fait preuve d’une force de persua­sion, même si sur certaines réponses, son ego a pris le dessus sur une vraie sincé­rité. Extrait du numéro 67 de GrandChelem.

Alors qu’il répon­dait à un jour­na­liste lui ayant expliqué à juste titre qu’il n’était pas parvenu pour une fois à trans­cender ses joueurs face à l’armada croate, le capi­taine des Bleus commença par inter­rompre notre confrère, puis lui expliqua avec un certain toupet qu’il avait regardé tous les matches de ses poulains depuis trois mois et qu’en fin de compte, ici à Lille, ils avaient bien donné leur maximum mais que cela n’avait pas été suffi­sant, qu’il fallait savoir s’incliner face à plus fort que soi. Une expli­ca­tion qui, lorsqu’elle est mise en pers­pec­tive par rapport à ses vives critiques après la finale France‐Suisse de 2014, est plutôt osée. Votre servi­teur lui demanda donc comment il pouvait se permettre cette « gymnas­tique » alors même que quelques années plus tôt, alors qu’il était très éloigné du monde du tennis, il avait pu évoquer avec aplomb que l’équipe de France, face à Roger Federer et Stan Wawrinka, avait manqué d’envie, qu’il avait devant sa télé vu quelques signes qui lui permet­taient d’affirmer que tout n’avait pas été mis en œuvre pour l’emporter face aux ogres helvètes.

Cette ques­tion d’ailleurs lui déplut forcé­ment : « Ça, c’est un vrai tacle, mais c’est normal, c’est la dernière fois que l’on se voit, donc il faut bien se lâcher « , m’expliqua, l’œil noir, le dernier Tricolore à avoir gagner un tournoi du Grand Chelem. Puis, sans se débiner, il enchaîna en propo­sant donc un flash‐back en 2014 plutôt utile pour les passionnés que nous sommes : « J’étais à la sortie d’un concert à Nice, un ami jour­na­liste me demanda de réagir après cette défaite face à la Suisse. Je l’ai fait sans jamais avoir une idée derrière la tête. Je n’avais pas la volonté de revenir aux affaires. Je ne pensais pas non plus que mes décla­ra­tions allaient faire le tour du monde. Par la suite, plus tard, quand j’ai parlé aux gars, ils m’ont confirmé que ce que j’avais ressenti était vrai et je ne dis pas cela contre Arnaud Clément qui est un ami. » La boucle est bouclée, et le sorcier a encore frappé. L’idée, ici, n’est pas de noircir le tableau, loin de là, mais de préciser les faits et les dires. Yannick Noah a toutes les qualités du monde. De la géné­ro­sité, un charisme incroyable, un voca­bu­laire adapté, et surtout une vision du groupe propre à ses succès. Il aime l’esprit d’équipe, il aime imposer ses choix et il déteste évidem­ment perdre.

« J’ai encore quelques rêves à réaliser et il me reste peu de temps »

Si les images des Tricolores dans les bras des joueurs croates dans leur vestiaire tournent en boucle sur les réseaux sociaux, elles ne peuvent cacher l’idée que cette finale aurait pu se terminer en couac sidéral si la paire Nicolas Mahut/Pierre‐Hughes Herbert n’avait pas sauvé les meubles. Alors on peut voir le verre à moitié vide en expli­quant que nos joueurs étaient prêts mais pas au niveau, ou à moitié plein en pensant qu’une autre équipe aurait pu faire plus mal à des Croates en forme mais pas intou­chables. D’ailleurs, sur ce sujet, Yannick Noah n’a pas tenté la moindre esquive, que ce soit concer­nant Gaël Monfils ou Gilles Simon. Il a été tota­le­ment trans­pa­rent, sans filet comme on dit et personne ne pourra lui repro­cher cette ligne de conduite. En effet, comme il l’a répété dans sa dernière causerie dimanche soir, il a vécu avec ses gars trois ans de bonheur avec dans l’ordre chro­no­lo­gique une demi‐finale, une victoire et une finale, un bilan plus qu’honorable.

Il aura su créer un climat, une envie, et il aura surtout fait honneur à cette compé­ti­tion qu’il aime plus que tout.  » Combien valent les selfies qu’un jeune passionné a faits ce week‐end avec les joueurs ? », a ‑t‐il expliqué pour dézin­guer ceux qui ont donc mis à mort la vraie Coupe Davis. Cela n’a effec­ti­ve­ment pas de prix, et l’enterrement de cette pres­ti­gieuse épreuve à Lille sonne effec­ti­ve­ment la fin de la partie pour cette compé­ti­tion mythique mais aussi pour le grand Yann qui va conti­nuer son chemin : « J’ai encore quelques rêves à réaliser et il me reste peu de temps, je vais m’occuper de cela, et si on se croise dans la rue, peut‐être que l’on ira boire une bière. » La confé­rence de presse est finie. Sa sortie est accom­pa­gnée par quelques applau­dis­se­ments. Depuis 1983, il faut bien l’avouer, personne n’est parvenu à lui prendre sa place. C’était il y a main­te­nant 35 ans.

A propos de l’auteur

Laurent Trupiano

Laurent Trupiano est jour­na­liste depuis plus de 25 ans, il a travaillé pour divers médias (Le Parisien, Le Point, Radio France), il a été le co‐fondateur de Sport24.com. En 2007, il a créé le maga­zine We Love Tennis et lancé le site Welovetennis.fr en 2013. Aujourd’hui, il est le direc­teur de la rédac­tion des deux supports.