Accueil Le blog de la rédac'

View on… Un crazy monday en eau de boudin

95

Comme le veut la tradi­tion, tous les huitièmes de finale étaient programmés aujourd’hui à Wimbledon. La journée d’or­di­naire quali­fiée de « crazy monday » s’est trans­formée en une drôle de succes­sion de matches inter­rompus et de déci­sions étranges de la part de l’or­ga­ni­sa­tion. Les orga­ni­sa­teurs en prenaient déjà pour leur grade concer­nant l’uti­li­sa­tion du toit depuis quelques jours. Les évène­ments d’au­jourd’hui risquent de ne pas arranger les choses. L’intouchable tournoi de Wimbledon serait‐il en train de perdre de sa superbe ?

Il y a d’abord cette histoire de toit. Ce plafond amovible haute tech­no­logie permet au jeu de se pour­suivre même quand il pleut sur Londres, c’est‐à‐dire souvent. S’il règle donc un problème, celui des diffu­sions télé même lors des inter­rup­tions pluie, le toit en crée beau­coup d’autres. A commencer par cette ques­tion qui parait pour­tant si bête : quand faut‐il le déployer ? Eh bien, quand il pleut me direz‐vous ! Sachez que ce n’est pas si simple. Car Wimbledon est un tournoi qui doit se jouer en exté­rieur. Voici pour­quoi les orga­ni­sa­teurs rechignent à ouvrir le toit lors­qu’il ne pleut certes pas encore, mais que les météo­ro­logues annoncent une averse immi­nente. Résultat, les matches du Central sont souvent inter­rompus une quaran­taine de minutes, le temps de déployer ce fameux plafond, alors qu’il était possible d’an­ti­ciper et de l’ou­vrir avant le début de la rencontre. Autre reproche fait aux orga­ni­sa­teurs : la déci­sion d’in­ter­rompre les matches à la fin d’un set pour déployer le toit et ainsi permettre à la rencontre de se finir sous éclai­rage alors qu’il fait nuit dehors. C’est notam­ment ce qui est arrivé à Rafael Nadal face à Lukas Rosol au 2e tour. Le Majorquin avait été coupé dans son élan à la fin du 4e set, qu’il avait remporté 6–2, par cette inter­rup­tion due à l’ou­ver­ture du toit. La suite, on la connait… 

Le fait est que les condi­tions de jeu en indoor et en outdoor sont appa­rem­ment très diffé­rentes. Et les joueurs ne manquent pas de le faire remar­quer, à commencer par Roger Federer. « Cela change tout » déclare le Suisse dans le Mail and Guardian. « Je dirais que les condi­tions de jeu deviennent plus lentes en indoor. On met un peu de temps à s’y faire parce que le gazon indoor n’est pas une surface à laquelle nous sommes habi­tués. » Novak Djokovic conçoit que la déci­sion de la ferme­ture du toit soit diffi­cile à prendre mais voudrait que les avis des joueurs soient un peu plus pris en consi­dé­ra­tion. « C’est un tournoi exté­rieur donc tout le monde préfère jouer quand le toit est ouvert. J’imagine que la déci­sion de fermer ou pas n’est pas facile à prendre pour les orga­ni­sa­teurs notam­ment par rapport aux diffu­seurs TV qui peuvent faire pres­sion. Certes ce n’est pas à nous, joueurs, de décider de fermer le toit ou pas. Mais je crois qu’il est vrai­ment impor­tant que les orga­ni­sa­teurs fassent vrai­ment atten­tion à l’avis des joueurs dans de telles situa­tions. »

Aujourd’hui encore, l’uti­li­sa­tion du toit a été débattue à Wimbledon. Roger Federer et Xavier Malisse ont ainsi commencé leur match sans toit alors que les prévi­sions étaient globa­le­ment désas­treuses. Logiquement, ils ont été inter­rompus par la pluie au beau milieu de leur rencontre. Mais lors de cette inter­rup­tion, le toit n’a pas été fermé ! S’ils ont pu revenir une petite heure après pour finir leur match, Victoria Azarenka et Ana Ivanovic ont elles aussi été inter­rom­pues en plein match pour cause de pluie. Chose qui aurait pu être évitée si le toit avait été déployé dès la première interruption. 

Mais ce n’est pas tout ! En raison de la tradi­tion – plus forte que tout à Wimbledon – tous les huitièmes de finale sont programmés le lundi de la deuxième semaine. Pluie oblige, cinq simples du tableau messieurs n’ont pas pu se finir aujourd’hui et seront donc joués demain. Ainsi, pendant que certains joueurs se repo­se­ront tran­quille­ment avant leurs quarts, d’autres seront encore sur le pont aujourd’hui. Ce problème aurait été évité si, comme dans tous les autres tour­nois du Grand Chelem, les huitièmes de finale étaient joués sur deux jours – le dimanche et le lundi, donc. Plus gênante – et inco­hé­rente – encore est cette déci­sion de ne déplacer aucun match sur le Centre Court, couvert évide­ment, ce lundi soir à la fin du dernier match Djokovic – Troicki. Tous les huitièmes du haut de tableau étant terminés, il aurait paru juste et logique d’en­voyer Gasquet et Mayer sur ce court afin d’éviter toute inéga­lité avant les quarts de finale. On a cru toucher le fond quand des jour­na­listes présents sur place ont laissé entendre que le match Murray – Cilic allait être décalé sur le Central à la place de Gasquet – Mayer en raison des pres­sions de la BBC, chaîne britan­nique qui diffuse le tournoi outre‐Manche. Finalement, les orga­ni­sa­teurs ont surpris tout le monde en annon­çant que tous les joueurs avaient été renvoyés à l’hôtel ce soir. Refus des joueurs ou intran­si­geance sur le règle­ment qui stipule que les chan­ge­ments de court en cours de match sont à priori impos­sibles ? On ne le saura pas. Richard Gasquet et Florian Mayer fini­ront donc demain, si le temps le permet, pendant que Novak Djokovic, leur futur adver­saire, se prélas­sera devant sa télé. Ce n’est pas si grave après tout. Mais cela aurait pu être évité.

Finalement, le toit du Centre Court crée peut‐être plus de tensions et de problèmes qu’il n’en résout… Ah, au fait, dernière infor­ma­tion : nous sommes bien en été à Londres. Si, si !

A propos de l’auteur

Pauline Dahlem

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.