Comme le veut la tradition, tous les huitièmes de finale étaient programmés aujourd’hui à Wimbledon. La journée d’ordinaire qualifiée de « crazy monday » s’est transformée en une drôle de succession de matches interrompus et de décisions étranges de la part de l’organisation. Les organisateurs en prenaient déjà pour leur grade concernant l’utilisation du toit depuis quelques jours. Les évènements d’aujourd’hui risquent de ne pas arranger les choses. L’intouchable tournoi de Wimbledon serait‐il en train de perdre de sa superbe ?
Il y a d’abord cette histoire de toit. Ce plafond amovible haute technologie permet au jeu de se poursuivre même quand il pleut sur Londres, c’est‐à‐dire souvent. S’il règle donc un problème, celui des diffusions télé même lors des interruptions pluie, le toit en crée beaucoup d’autres. A commencer par cette question qui parait pourtant si bête : quand faut‐il le déployer ? Eh bien, quand il pleut me direz‐vous ! Sachez que ce n’est pas si simple. Car Wimbledon est un tournoi qui doit se jouer en extérieur. Voici pourquoi les organisateurs rechignent à ouvrir le toit lorsqu’il ne pleut certes pas encore, mais que les météorologues annoncent une averse imminente. Résultat, les matches du Central sont souvent interrompus une quarantaine de minutes, le temps de déployer ce fameux plafond, alors qu’il était possible d’anticiper et de l’ouvrir avant le début de la rencontre. Autre reproche fait aux organisateurs : la décision d’interrompre les matches à la fin d’un set pour déployer le toit et ainsi permettre à la rencontre de se finir sous éclairage alors qu’il fait nuit dehors. C’est notamment ce qui est arrivé à Rafael Nadal face à Lukas Rosol au 2e tour. Le Majorquin avait été coupé dans son élan à la fin du 4e set, qu’il avait remporté 6–2, par cette interruption due à l’ouverture du toit. La suite, on la connait…
Le fait est que les conditions de jeu en indoor et en outdoor sont apparemment très différentes. Et les joueurs ne manquent pas de le faire remarquer, à commencer par Roger Federer. « Cela change tout » déclare le Suisse dans le Mail and Guardian. « Je dirais que les conditions de jeu deviennent plus lentes en indoor. On met un peu de temps à s’y faire parce que le gazon indoor n’est pas une surface à laquelle nous sommes habitués. » Novak Djokovic conçoit que la décision de la fermeture du toit soit difficile à prendre mais voudrait que les avis des joueurs soient un peu plus pris en considération. « C’est un tournoi extérieur donc tout le monde préfère jouer quand le toit est ouvert. J’imagine que la décision de fermer ou pas n’est pas facile à prendre pour les organisateurs notamment par rapport aux diffuseurs TV qui peuvent faire pression. Certes ce n’est pas à nous, joueurs, de décider de fermer le toit ou pas. Mais je crois qu’il est vraiment important que les organisateurs fassent vraiment attention à l’avis des joueurs dans de telles situations. »
Aujourd’hui encore, l’utilisation du toit a été débattue à Wimbledon. Roger Federer et Xavier Malisse ont ainsi commencé leur match sans toit alors que les prévisions étaient globalement désastreuses. Logiquement, ils ont été interrompus par la pluie au beau milieu de leur rencontre. Mais lors de cette interruption, le toit n’a pas été fermé ! S’ils ont pu revenir une petite heure après pour finir leur match, Victoria Azarenka et Ana Ivanovic ont elles aussi été interrompues en plein match pour cause de pluie. Chose qui aurait pu être évitée si le toit avait été déployé dès la première interruption.
Mais ce n’est pas tout ! En raison de la tradition – plus forte que tout à Wimbledon – tous les huitièmes de finale sont programmés le lundi de la deuxième semaine. Pluie oblige, cinq simples du tableau messieurs n’ont pas pu se finir aujourd’hui et seront donc joués demain. Ainsi, pendant que certains joueurs se reposeront tranquillement avant leurs quarts, d’autres seront encore sur le pont aujourd’hui. Ce problème aurait été évité si, comme dans tous les autres tournois du Grand Chelem, les huitièmes de finale étaient joués sur deux jours – le dimanche et le lundi, donc. Plus gênante – et incohérente – encore est cette décision de ne déplacer aucun match sur le Centre Court, couvert évidement, ce lundi soir à la fin du dernier match Djokovic – Troicki. Tous les huitièmes du haut de tableau étant terminés, il aurait paru juste et logique d’envoyer Gasquet et Mayer sur ce court afin d’éviter toute inégalité avant les quarts de finale. On a cru toucher le fond quand des journalistes présents sur place ont laissé entendre que le match Murray – Cilic allait être décalé sur le Central à la place de Gasquet – Mayer en raison des pressions de la BBC, chaîne britannique qui diffuse le tournoi outre‐Manche. Finalement, les organisateurs ont surpris tout le monde en annonçant que tous les joueurs avaient été renvoyés à l’hôtel ce soir. Refus des joueurs ou intransigeance sur le règlement qui stipule que les changements de court en cours de match sont à priori impossibles ? On ne le saura pas. Richard Gasquet et Florian Mayer finiront donc demain, si le temps le permet, pendant que Novak Djokovic, leur futur adversaire, se prélassera devant sa télé. Ce n’est pas si grave après tout. Mais cela aurait pu être évité.
Finalement, le toit du Centre Court crée peut‐être plus de tensions et de problèmes qu’il n’en résout… Ah, au fait, dernière information : nous sommes bien en été à Londres. Si, si !
Publié le mardi 3 juillet 2012 à 08:25


