AccueilOpen d'AustralieLe débat du jour : Del Potro regagnera-t-il un Grand Chelem ?

Le débat du jour : Del Potro regagnera‐t‐il un Grand Chelem ?

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Voilà bientôt 5 ans que Juan Martin Del Potro s’est imposé à l’US Open. Opéré du poignet peu après cette victoire, l’Argentin n’a plus jamais réussi à atteindre une finale d’un tournoi majeur. Eliminé dès le deuxième tour de l’Open d’Australie par Roberto Bautista‐Agut, 62e joueur mondial, Del Po’ inquiète. Et la question se pose forcément : l’Argentin regagnera‐t‐il un tournoi du Grand Chelem un jour ?

Oui, à 150%

Oui. Oui. Oui. Je prends le pari, aujourd’hui même, que, oui, Juan Martin Del Potro gagnera un autre tournoi du Grand Chelem. Et pas qu’un seul ; peut‐être deux, qui sait, en plus de son US Open 2009. Pourquoi ? Parce qu’à l’heure actuelle, il y a Novak Djokovic, il y a Rafael Nadal, et il y a les autres. Deux joueurs qui, s’ils dominent de la tête et des épaules, ne sont pas à l’abri d’un acci­dent de parcours, comme Rafa à Wimbledon, d’un pépin physique – genoux et pieds du Majorquin l’ont rare­ment laissé tran­quille plus de 12 mois d’af­filée – ou d’une très légère irré­gu­la­rité dans les résul­tats, comme Novak Djokovic au prin­temps dernier. Derrière eux, à l’affût : Andy Murray, David Ferrer, Tomas Berdych… et Juan Martin Del Potro. Un Del Potro qui est en passe de s’emparer de la troi­sième place mondiale, un objectif comme il l’af­fir­mait en début d’année :  « Je vais essayer de rentrer dans le top 3, c’est l’un de mes grands objec­tifs, l’ob­jectif d’une carrière, l’ob­jectif de cette saison. Ce ne sera pas facile, mais je vais tout faire pour y parvenir. » Ce, lors même que l’Argentin n’a pas vécu une très belle saison dans les tour­nois majeurs en 2013. Son péché mignon ? La constance. La constance sur deux semaines au meilleur des cinq manches. Et un physique parfois vacillant. Mais, à 25 ans, je le sens tout à fait capable de progresser sur le premier plan. Quand au second, je suis persuadé qu’il a, devant lui, quelques campagnes de Grand Chelem à plein régime. Qu’il soit patient. Son heure viendra. Ce ne sera proba­ble­ment pas à Melbourne, mais à Paris ou à New‐York, il ne faut pas l’en­terrer. « Je n’ai jamais joué contre un gars qui frap­pait aussi fort dans la balle », confiait Federer à son sujet. Beaucoup de joueurs vendraient leur mère et leurs enfants pour avoir sa puis­sance au service et en coup droit. Quant au mental… Ce garçon est arro­gant. Parfois suffi­sant. Deux défauts qui, mis au service de la compé­ti­tion, deviennent souvent les major­domes des plus grands titres. 

RCV

Oui… mais dans quelques années

Rafael Nadal – Novak Djokovic – Andy Murray. Pour moi, c’est dans cette sainte trinité que vien­dront s’ag­glu­tiner les trophées du Grand Chelem durant les prochaines années. « Capitaine Obvious » me direz‐vous, et vous n’au­riez pas tort. Mais au moins, cela situe mon postulat de départ sur la ques­tion de savoir si Del Potro pourra ou non contester ne serait‐ce qu’un seul tournoi. Qui y a‑t‐il derrière ce trio infernal qui, rappelons‐le, s’est offert les cinq derniers majeurs disputés ? Petite revue d’ef­fectif : David Ferrer ? L’Espagnol a à présent 32 ans et semble accuser assez sévè­re­ment le coup en ce début d’année. Sa seule finale en Grand Chelem, à Roland l’an passé, a montré l’écart qui le sépa­rait du gotha. Tomas Berdych ? Le Tchèque fait preuve d’une incroyable régu­la­rité pour s’ins­taller dans le top 10, mais ne compte à ce jour qu’une seule finale, en 2010, perdue aussi face à Rafael Nadal à Wimbledon. Roger Federer ? C’est le plus crédible évidem­ment, mais le poids des années est aussi là et semble venir estomper tout le talent raquette en main du Suisse. Alors qui nous reste‐t‐il ? Et bien Juan Martin. Le seul homme autre que Nadal, Djokovic, Federer et Murray depuis Roland Garros 2005 à avoir inscrit son nom au tableau des vain­queurs de Grand Chelem. Profitant notam­ment, à cette époque et en finale, d’un Majorquin extrê­me­ment diminué, rappelons‐le. Evidemment, si l’on s’en réfère à son talent et à ses qualités intrin­sèques, Del Po est un joueur atypique et inté­res­sant. Il a démontré encore en 2013 que s’il y en avait bien un qui était capable de malmener voir même de battre tous ces hommes, c’était bien lui ! Oui mais voilà, en contexte de Grand Chelem, il a souvent craqué le premier malgré des matchs souvent accro­chés. Et compte tenu des belles années qui semblent encore se profiler pour le trio précité au vu de leurs qualités physiques supé­rieures, je serais tenté de dire que Juan Martin devra proba­ble­ment attendre qu’ils se fassent plus vieux pour pouvoir soulever de nouveau un trophée majeur.

Simon Alves

Non, cessons de nous voiler la face !

A chaque nouveau Grand Chelem, on fait de Juan Martin Del Potro un candidat crédible à la victoire finale. Pourquoi ? Car l’Argentin a déjà remporté un tournoi majeur, qu’il a l’expérience, et qu’il est, soi‐disant, capable de battre les meilleurs dans ce genre d’évènements. Or force est de constater que depuis son retour à la compé­ti­tion en 2011, l’Argentin n’a rien fait de terrible dans les 4 majeurs. Vous en doutez ? Laissez‐moi vous rappeler ses résul­tats. Sur les 12 derniers Grand Chelems qu’il a joués, Juan Martin Del Potro n’a atteint que 6 fois la deuxième semaine, dispu­tant 3 quarts de finale et une demi‐finale seule­ment. Et s’il n’y a rien de honteux à perdre sur Djokovic ou Federer en Grand Chelem, c’est déjà beau­coup plus gênant si l’adversaire s’appelle Baghdatis (Open d’Australie 2011), Chardy (Open d’Australie 2012), Hewitt (US Open 2013) ou…Bautista-Agut (Open d’Australie 2014). Répétées, ces défaites face à des joueurs classés hors‐Top 30 n’ont rien d’hasardeux et ne sont pas dues qu’à la malchance. Disons‐le : Juan Martin Del Potro n’est pas perfor­mant dans les premiers tours. En mode diesel, l’Argentin met souvent beau­coup de temps à rentrer dans ses matchs face à des adver­saires qu’il sait « infé­rieurs » à lui. Cela lui coûte parfois simple­ment un break, ou un set. Et ça passe inaperçu. Mais ce jeudi, Del Potro en a payé le prix fort. Eliminé, balayé, rayé des tablettes. Un échec cruel, mais dont l’Argentin ne devrait, à nouveau, pas tirer d’enseignements. Il avait déjà perdu face à Hewitt de manière aussi brutale à l’US Open il y a 6 mois, pour des raisons assez semblables. Alors pour­quoi imaginer qu’il réagi­rait diffé­rem­ment cette fois ci ? 

Plus inquié­tant encore, le numéro 5 mondial ne possède vrai­sem­bla­ble­ment pas la caisse physique pour aller taper succes­si­ve­ment un Djokovic puis un Nadal. S’il parvient souvent à les bous­culer voire à les battre dans un format en 2 sets gagnants, l’Argentin en est inca­pable au meilleur des cinq manches. Il a certes fait vaciller Djokovic à Wimbledon l’an passé, mais n’a pas réussi à le faire tomber. Et pour­tant, Dieu sait qu’à l’époque le Serbe n’était pas au mieux. Alors non, et je n’ai pas peur de le dire, Juan Martin Del Potro n’est pas prêt à rega­gner un Grand Chelem. Tant que Djokovic et Nadal seront dans les parages, tant qu’il ne règlera pas ce problème des premiers tours pris par dessus le bras, Del Potro n’y arri­vera pas. Et mine de rien, les années passent. Avec sa grande carcasse, son jeu puis­sant, et son lourd dépla­ce­ment, l’Argentin ne ménage pas un corps que l’on sait fragile. Peu probable donc qu’il soit encore perfor­mant dans 10 ans. Problème ? Djokovic, Nadal et Murray n’ont pas prévu de quitter le circuit prochai­ne­ment. C’est un fait : Del Potro est dans l’impasse. 

Pauline Dahlem

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