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8. Gasquet, la métamorphose

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We Love Tennis, c’est comme un super­marché. On y trouve de tout et de toutes les qualités. Si l’on n’hé­site pas à rire de nous‐mêmes en publiant chaque jour la sélec­tion des « billets les plus NAZES de l’année », l’on vous propose aussi un autre top 10 : celui des meilleurs articles de ces 12 derniers mois. Les mieux informés, les mieux écrits, les plus inté­res­sants, les plus complets, les plus drôles… A compléter avec votre propre sélection !

GASQUET, LA METAMORPHOSE


Par Pauline Dahlem, mercredi 25 septembre 2013 à 16:30

Six ans après sa demi‐finale à Wimbledon, Richard Gasquet a égalé son meilleur parcours en Grand Chelem en intégrant le carré d’as de l’US Open. Une perf’ qui, au fond, n’a rien de surprenant. Car depuis 3 ans, l’ex-surdoué au mental fragile s’est métamorphosé en un tout autre joueur. Pas à pas, étape après étape. Voici comment.

Etape 1 – De grands noms, tu t’entoureras

S’entourer des bonnes personnes est une des clefs de la réus­site. Trouver de la stabi­lité auprès d’elles en est une autre. En recru­tant Riccardo Piatti, puis Sébastien Grosjean, au cours de l’année 2011, Richard Gasquet prend un risque. Pour la première fois, il s’adjoint les services d’un entraî­neur qui ne parle pas fran­çais. Et, pour la première fois, il choisit de travailler avec un duo de coaches, ne crai­gnant pas les effets néfastes du double discours. Pari gagnant ! La science du jeu du profes­seur italien, ex‐mentor de Novak Djokovic et Ivan Ljubicic, asso­ciée au vécu du joueur marseillais redy­na­mise la carrière de Gasquet. L’objectif du duo d’entraîneurs est clair : redonner un visage offensif au jeu trop atten­tiste du Français. Jour après jour, match après match, le garçon se fait violence. L’évolution prend du temps. Mais à Flushing Meadows, quand il assomme la moby­lette Ferrer en frap­pant plus de 50 coups gagnants, Gasquet comprend que ses efforts ne sont pas vains. « Mon jeu évolue bien », se réjouit‐il dans L’Equipe. « J’essaie de bien avancer dans le court, j’en ai besoin si je veux aller encore plus haut. » Sûr que Piatti et Grosjean l’y aideront.

Etape 2 – Physiquement, tu travailleras

Se sachant inca­pable de tenir réel­le­ment la distance des cinq sets et encore moins d’enchaîner les combats mara­thons, Richard Gasquet accepte, en 2010, d’entamer un travail physique en profon­deur. Prêt à faire les efforts adéquats, le Français renoue avec Paul Quétin, prépa­ra­teur ambi­tieux et exigeant. Les séances sont plus longues, plus dures, plus intenses. Courageusement, Gasquet s’y plie. Et cela paie. Début 2013, après s’être astreint à une grosse prépa­ra­tion hiver­nale, l’ex-garçon aux épaules tombantes débarque méta­mor­phosé en Australie. « Je ne l’ai jamais vu aussi fort physi­que­ment », se réjouit Piatti. « Il est rapide, affûté, véloce. C’est flagrant dans ses dépla­ce­ments et dans la rigueur de ses pas d’ajustement. » Sur le court, Gasquet récolte enfin les fruits de son travail. Il s’impose à Doha en gagnant une finale au physique contre Nikolay Davydenko, atteint les huitièmes à Melbourne, gagne encore à Montpellier, puis se hisse en demi‐finale à Miami. Du jamais vu pour lui. Preuve ultime de cette méta­mor­phose physique, Richie‐jambes d’acier fait plier Milos Raonic, puis David Ferrer au cinquième set dans la chaleur de Flushing Meadows. On nous l’a changé. Et en bien ! 

Etape 3 – D’attitude, tu changeras

Souvenez‐vous du Gasquet qui souffle, grimace, ronchonne, baisse les épaules, la tête, puis les bras. Ce Gasquet qui se crispe dans le money time et renonce quand le score l’accable ou que les jambes le lâchent. Comparez‐le, désor­mais, au Richard de cet US Open 2013. Oui, c’est flagrant. Le Gasquet 2.0 n’a rien à voir avec le précé­dent. Et il n’y pas de miracle là‐dedans. Car, depuis 2010, le gosse de Sérignan n’a cessé de faire évoluer son atti­tude. Autrefois timide et réservé, le Français s’est trans­formé en combat­tant, capable de bondir de rage, les deux poings serrés, et même d’haranguer la foule de centraux pleins à craquer. Dans les moments diffi­ciles, Richie a égale­ment progressé. Car s’il lui arrive encore de grimacer, c’est dos à l’adversaire et déjà tourné vers le point suivant. « Il a radi­ca­le­ment changé d’attitude », affirme Mats Wilander dans L’Equipe, en 2011. « Aujourd’hui, il préfère que le point soit à lui et moche, plutôt que beau et perdu. Grâce à ses efforts, il gagne des matches qu’il aurait autre­fois lâchés. Et l’attitude fait tout. » Deux ans plus tard, les progrès sont encore plus flagrants. Tête haute, le Français accepte le combat, quel que soit le score, l’adversaire ou les circons­tances. Même mené deux sets à un par Milos Raonic, même rejoint à deux manches partout par David Ferrer, Richard Gasquet est capable de gagner. Oui, l’attitude fait tout.

Etape 4 – De tes échecs, tu te relèveras

« Ever tried, ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. » C’est écrit sur le bras gauche de Stanislas Wawrinka. Depuis le 3 juin 2013, c’est aussi inscrit dans la mémoire de Richard Gasquet. Ce jour‐là, le Français a disputé le plus grand match de sa carrière à Roland Garros. Atteignant un niveau excep­tionnel, brillant de courage, le Français passe tout près d’un quart de finale Porte d’Auteuil. Mais, après 4h15 de jeu, c’est bien Wawrinka qui s’impose, 8 jeux à 6 au cinquième set. Malgré tout, il y a de quoi se réjouir. Car, pour la première fois, Gasquet a perdu ce combat en homme. Jusqu’au dernier souffle, le Français s’est bagarré, s’accrochant coûte que coûte à l’espoir d’une victoire. « Je ne peux pas donner plus que cela. Je suis allé au bout de moi‐même. Ma tris­tesse est immense, mais c’est le tennis. Il faut rebondir. » Gasquet ne croyait pas si bien dire. Trois mois plus tard, à Flushing Meadows, c’est bien lui qui allait renverser Milos Raonic après être passé à un point de la défaite. « En toute fin de match, j’ai repensé au cinquième set perdu contre Wawrinka. Je me suis dit : « Pas deux fois. Ce match‐là, il est pour moi. » Apprendre de ses échecs. A New York, Gasquet n’a pas atteint la première finale de Grand Chelem de sa carrière. Mais il s’est prouvé qu’il avait le jeu pour battre Rafael Nadal. « Essaie, échoue. Peu importe. Essaye encore, échoue encore. Mais échoue mieux. » Ou comment résumer l’US Open 2013 de Richard Gasquet. 

Etape 5 – Ambitieux, tu te montreras

Bien installé dans le top 10, à nouveau présent dans les derniers carrés des Grands Chelems, Richard Gasquet peut viser haut. Et il le sait. « Je suis neuvième mondial, je suis donc large­ment capable de faire une demie en tournoi majeur. J’espère que je vais main­te­nant encore mieux jouer après cet US Open. » A court terme, le Français vise une quali­fi­ca­tion pour le Masters. Actuellement neuvième à la Race, il bataillera avec Stanislas Wawrinka et, certai­ne­ment, Jo‐Wilfried Tsonga pour décro­cher sa place à Londres. « Je suis dans la course. Je me sens bien. Je peux jouer ma chance à fond et je vais tout faire pour y aller. » A plus long terme, Richard Gasquet n’affiche pas encore clai­re­ment ses objec­tifs… Mais lisez entre les lignes. « Je sais que je dois conti­nuer à faire évoluer mon jeu vers l’avant. J’ai plus tendance à défendre qu’à atta­quer, mais les victoires dans de très gros matches et des tour­nois du Grand Chelem se jouent là‐dessus : le mec qui prend plus sa chance que l’adversaire finit par l’emporter. » C’est un peu plus clair, là, non ?

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