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9. My Qatari is rich…

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We Love Tennis, c’est comme un super­marché. On y trouve de tout et de toutes les qualités. Si l’on n’hé­site pas à rire de nous‐mêmes en publiant chaque jour la sélec­tion des « billets les plus NAZES de l’année », l’on vous propose aussi un autre top 10 : celui des meilleurs articles de ces 12 derniers mois. Les mieux informés, les mieux écrits, les plus inté­res­sants, les plus complets, les plus drôles… A compléter avec votre propre sélection !

MY QATARI IS RICH…


Par Jérémy Alen, mercredi 02 octobre 2013 à 18:15

Il fallait s’y attendre, le Qatar, grand pays de tennis, a décidé de faire trem­bler la planète tennis. Sa cible, « notre » Roland Garros. Il faut dire qu’a­près l’OPA sur le foot­ball mondial, c’est presque logique. Alors faut‐il s’en étonner ? Ou crier au loup ? Ou alors tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, puis se rétracter. Le dossier est plutôt lourd, et je pense qu’en écri­vant ces lignes, je prends quelques risques. J’en suis conscient mais je n’ai pas peur, car le Qatar, comme desti­na­tion de vacances, on fait mieux, beau­coup mieux.

Faisons comme si j’étais passionné de tennis, direc­teur d’un fond d’in­ves­tis­se­ment sans souci de renta­bi­lité, et fin stra­tège en commu­ni­ca­tion et marke­ting. Mon premier souci est de cibler une date sur le calen­drier où je pourrai défier les exis­tants. Comme je vise le haut du pavé, car j’ai déjà plus ou moins expe­ri­menté le circuit ATP, alors il ne me reste plus que les tournoi du Grand Chelem. 
Pour motiver mon équipe aux dents longues et au carnet de chèques bien fournis, quatre cibles, quatre histoires, quatre civi­li­sa­tions. D’abord Wimbledon, intou­chable, histo­rique, flam­boyant, indé­bou­lon­nable, le joyaux, l’in­croyable, l’in­sub­mer­sible, toute la force encore exis­tante du monde anglo‐saxon, de la City, en gros du Royaume Uni. Deuxième « target », l’US Open, le bordel, le bruit, l’illu­sion, le paradis perdu. Impossible, pour d’autres raisons, et juste impensable.Reste alors le loin­tain, le soleil et les kangou­rous, mais là , le chal­lenge n’a pas de sens, pas assez d’im­pact, trop marqué, trop chaud, trop ringard aussi. 

Finalement la piste idéale, c’est ce petit village gaulois qui a depuis long­temps perdu sa potion magique, il ne reste que les vestiges d’un temps passé s’ap­puyant sur une orga­ni­sa­tion qui rêve d’une splen­deur jaunie par le temps et d’un avenir complè­te­ment incer­tain. Trop cocar­dier, trop fran­chouillard, en panne sèche d’idées, de joie. Donc point de Roi Soleil et un central sur fond de Château de Versailles, mais plutôt un agran­dis­se­ment étroit où il faut chasser des plantes équa­to­riales. Bref, pas de vision, pire, un manque d’ambition. 

La cible iden­ti­fiée, il s’agit donc de poser des jalons, d’en­voyer des émis­saires, de laisser l’idée s’ins­taller. Après tout, on est pas pressé, Rome ne s’est pas construite en un jour. Il faut aussi annoncer un chiffre histoire de mettre tout le monde d’ac­cord. Alors, je pose 50 millions de prize money contre les 30 du tournoi. Comme ça, c’est pas la peine d’en rajouter. Et, à terme, ça excu­sera tout le monde : les joueurs, les perdants, et Roland Garros qui ne peut pas lutter. 

Bref, my Qatari is rich. On est foutu, je vous le dis. Reste ce stade, cette terre, ce rouge, ce blanc, c’était il y a pas si long­temps. A Montréal, après les Jeux Olympiques de 1974, ils ont trans­formé le vélo­drome en Biodome, on peut y voir gambader des pingouins. En 2020, il se peut qu’un projet soit proposé pour le stade Roland Garros aban­donné. Il n’y n’aura toujours pas de toit, mais on sera bien obligé d’ac­cepter d’ac­cueillir le Jubilé de Bob Sinclar.

Bon vous l’avez compris, ça c’était pour essayer d’en rire. Le reste, c’est plus sérieux et cette offen­sive qata­rienne n’a rien de terri­ble­ment drôle. J’espère juste que nos « leaders » charis­ma­tiques ont bien compris le message car il y a danger. Danger de se faire acheter, danger d’en rire, ou d’en pleurer.

Même si visi­ble­ment Dubaï, voisine émirati de Doha, est devenu une desti­na­tion à la mode, que le Qatar accueillera la Coupe du monde de foot­ball, il n’y a pas de fata­lité. Encore faut‐il avoir le courage, l’envie de se battre…Et c’est peut‐être là, le vrai problème. L’Europe est morte, la notre, surement. Celle que My Qatari est en train de construire semble elle floris­sante, cher­chez l’erreur…

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