Retour sur les courts difficile, mais gagnant, pour Andy Murray. L’Ecossais a battu Mikhail Kukushkin, 5–7 6–3 6–2, au premier tour du tournoi de Brisbane. Quelques jours après l’annonce de sa prochaine collaboration avec Ivan Lendl, Murray nous donne l’occasion de nous interroger sur cette association, que nous attendons d’observer avec impatience.
« Je suis très emballé d’avoir la chance de travailler avec Andy. Il possède un talent unique et j’ai hâte d’essayer de l’aider à atteindre ses objectifs. » C’est en ces termes qu’Ivan Lendl a annoncé, samedi dernier, qu’il entraînerait Andy Murray à compter de l’Open d’Australie. « C’était important que la personne qui s’ajoute à mon équipe apporte une nouvelle perspective », rebondit Andy Murray. « Ivan a eu un impact indéniable sur le tennis et il amène une expérience et des connaissances peu communes, surtout lors de tournois majeurs. J’ai hâte de commencer à travailler avec lui. » Ivan Lendl a hâte ; Andy Murray a hâte ; et, nous, observateurs, nous avons hâte aussi.
Pourquoi ? Parce qu’il semble clair, aujourd’hui, qu’Andy Murray, joueur particulièrement complet, a toutes les armes pour remporter un Grand Chelem – un, au moins un, sans viser des Everest, sans même encore parler de Top 3, 2 ou 1. On n’est pas trois fois finaliste en Grand Chelem et demi‐finaliste dans chacune des levées majeures par hasard ; ni présent dans le Top 5 depuis trois ans et demi, aux côtés de Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic, sur un malentendu – quand bien même, de ses trois copains du Big Four, il semble le plus friable. Parce que l’on est curieux de voir Mister Lendl à l’œuvre, sortant d’une retraite centrée autour du golf et de ses filles, mettant à nouveau les mains dans le cambouis. Ce préparateur de génie, monstre de minutie, d’études et de labeur ; mais aussi monstre mental, qui supporta quelque « chicken[s’] » appellations, mouilla de ses larmes les bâches de Flushing, avant de connaître cette gloire ô combien désirée à la désespérance le 10 juin 84, sur la terre de Paris – il y a de ces jours, où votre destin vous prend en main ; ce Tchèquasunien , comment se comportera‐t‐il en père, coach et conseiller ?
« Je ne doute pas qu’Ivan fasse un superbe et vainqueur entraîneur »
« Il y a cette tendance des grands joueurs qui ont des difficultés à se faire de grands coaches, mais je ne doute pas qu’Ivan fasse un superbe et vainqueur entraîneur », estime Tony Roche, entraîneur de Patrick Rafter, Roger Federer ou Lleyton Hewitt. « Avoir autant étudié son sport comme il l’a fait, être un garçon aussi motivé et éclairé, la manière dont il a travaillé sur son jeu en tant que joueur, celle dont il se préparait… Toutes ces connaissances, toute cette expérience vont être mises au service d’Andy, désormais. » Ajoutant, par ailleurs : « La capacité qu’avait Ivan à se concentrer sur ce qu’il avait en face de lui pendant des heures et des heures va déteindre sur Andy. Chaque élément de sa carrière était basé sur le travail, le dur travail, et sur la méticulosité dans la préparation et dans l’exécution. Ceux qui connaissent Ivan vous expliqueront à quel point il va mettre Andy au travail. Peu de personnes dans notre sport se sont entraînées aussi dur qu’il l’a fait durant sa carrière. Ca ne veut pas dire qu’Andy ne travaillait pas avant, de son côté, mais je pense qu’Ivan va l’amener dans une nouvelle dimension. C’est vraiment un beau changement pour lui, un changement très spécial. »
Si l’ami Tony dit vrai, Andy Murray pourrait tirer bénéfice de son nouveau mentor assez rapidement. Certainement pas à l’Open d’Australie, puisque s’agissant de « travail », il faut être patient. Mais nul doute qu’Ivan Lendl a la capacité de faire passer Murray dans l’âge adulte, celui qui pourrait le sortir de ses ponctuelles gamineries – « Lâche ta Playstation ! » dirait Judy – et quelque auto‐apitoiement. Pour le marketing et les sourires à droite, à gauche, on repassera – mais on s’en contrefout, non ? seuls le jeu et la victoire vous portent au panthéon. Leur travail sera‐t‐il technique ? tactique ? physique ? On se dit qu’il faudrait à Andy un esprit offensif, mais, sans aller jusqu’à se travestir, peut‐être apprendra‐t‐il, avant tout, ce que peut être l’engagement maximal, cette « concentration » dont parle Tony Roche, qui lui éviterait sa coupable et régulière nonchalance sur le court ? A gérer la pression d’une finale de Grand Chelem – et qui mieux qu’un garçon d’abord quatre fois trébuchant sur la dernière marche, avant de la gravir avec le plus grand des succès rien moins qu’à huit reprises ?
Car l’objectif, il est clair, il est là : qu’Andy Murray remporte enfin un tournoi du Grand Chelem et rompe sa Lendlittude, comme son prédécesseur 18 ans avant lui. D’où notre question : selon vous, l’Ecossais parviendra‐t‐il à gagner l’ultime honneur de l’un des quatre tournois majeurs ?
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Publié le mardi 3 janvier 2012 à 18:19



