Alors qu’ils ont vingt ans tous les deux, Juan Martin Del Potro a un voire deux trains d’avance sur Marin Cilic puisque l’Argentin, qui va redevenir numéro 5 mondial lundi, s’est qualifié pour sa deuxième demi‐finale en Grand Chelem de l’année et sa carrière. Le Croate, 17ème mondial semble loin du compte, mais son profil demeure assez atypique sur le circuit ATP, et sa marge de progression reste importante. Si la pression de tout un peuple ne pèse pas trop lourd sur ses épaules, Cilic pourrait refaire parler de lui dans les prochains mois.
Juan Martin Del Potro a commencé son quart de finale contre Marin Cilic avec un set et demi de retard. Finalement, l’Argentin s’est imposé 4–6, 6–3, 6–2, 6–1, après avoir été mené 3–1 dans la deuxième manche. C’est-à-dire que le numéro 6 mondial, 5ème lundi, a gagné dix‐sept des vingt derniers jeux.
Si le grand public connaissait Juan Martin Del Potro, il a découvert Marin Cilic. Le Croate demeure l’un des joueurs les plus méconnus du top 20, même chez ses compagnons de l’ATP. Après avoir sorti Andy Murray en huitièmes de finale, le jeune Croate était parti sur de bonnes bases, mais sa nervosité, son coup droit friable et le retour de l’Argentin l’ont empêché de continuer son aventure à New York. Il faut dire que Cilic n’a gagné qu’un seul match entre Wimbledon et l’US Open. Alors malgré sa victoire sur le numéro 2 mondial au tour précédent, le Croate manquait probablement de ce petit supplément d’âme appelé confiance.
Du haut de ses 20 ans, le 17ème joueur mondial aura donc péché durant la deuxième partie du match. Mais sa discrétion sur la planète tennis l’a amenée assez haut lors de cet US Open. Alors que Del Potro est arrivé un peu dans l’inconnu au début de ce quart de finale, le Croate avait un plan tactique bien défini, entre un slice au centre qui neutralisait les grands coups de l’Argentin, un service performant, des trajectoires de balles qui baladaient son adversaire en droite‐gauche, et une volée précise.
C’est d’ailleurs ce dernier point qui doit retenir une certaine attention. Le petit plus de Cilic réside dans le fait qu’il possède un vrai jeu au filet, absent chez bon nombre de joueurs, même dans les tout meilleurs joueurs mondiaux. Rappelons que Rafael Nadal a gagné Wimbledon en ne faisant qu’un seul service‐volée en finale (sic). Une qualité technique que même certains anciens numéros 1 mondiaux des années 2000, Lleyton Hewitt ou Juan Carlos Ferrero ne possèdent pas dans leur registre, malgré l’expérience qui est la leur.
Si cette année on a vu une majorité de vrais attaquants de volée dans le dernier carré de Wimbledon, Roger Federer, Tommy Haas, et Andy Roddick dans un sens, la tendance était à l’inverse lors des éditions précédentes, puisque en 2008, le dernier carré notait la présence de Rafael Nadal, Rainer Schuettler et Marat Safin, et en 2007, où on a retrouvé le même Nadal, Novak Djokovic et Richard Gasquet. Mais le gazon plus lent de Wimbledon demeure presque moins favorable aux attaquants au sens étymologique du terme que le dur fusant de l’USTA Billie Jean King National Tennis Center.
La surface utilisée à l’US Open a donc bien aidé Cilic à poser son jeu vers l’avant et à utiliser son jeu au filet. Seul Roger Federer peut glaner des victoires en venant régulièrement à la volée, et le Suisse est le numéro 1 mondial. Une réalité à méditer pour le jeune Croate pour ses prochaines années.
Autre particularité de Cilic, son revers est pour le moment supérieur à son coup droit. La vraie spécificité se situe dans la grande différence de constance donc de qualité entre ses deux coups, notamment lors de sa défaite contre Juan Martin Del Potro, où à partir de 6–4, 3–1, il s’est mis à arroser. Alors qu’il avait connu le schéma inverse contre Murray en huitièmes de finale, où après 19 fautes directes pour être mené 5–4, 15–40 sur son service au premier set, il avait su canaliser ce coup et le rendre efficace afin de s’imposer, 7–5, 6–2, 6–2. La claque reçue en fin de match contre l’Argentin montre les limites actuelles de Cilic, et le travail qui lui reste à effectuer. Mais le potentiel est là.
En effet, si on peut être dans le top 10 voire top 5 avec un revers moyen, un coup droit pas toujours fiable n’est pas admissible. Rafael Nadal a gagné ses premiers Roland Garros avec un revers friable, et a su l’améliorer, avec d’autres facettes de son jeu, au point de pouvoir s’imposer sur d’autres surfaces. Andy Roddick a gagné l’US Open 2003 avec un revers parfois douteux, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, mais il est aux prises avec une génération qui lui fait mal. Fernando Gonzalez et Jo‐Wilfried Tsonga sont d’autres exemples de joueurs, finalistes en Grand Chelem, présents au Masters, qui possèdent un revers aujourd’hui limité.
Marin Cilic doit également composer avec la pression de son pays, où règne l’ombre de Goran Ivanisevic, et le jeune Croate de bientôt 21 ans a souffert de la comparaison et du poids de l’héritage de son aîné vainqueur de Wimbledon en 2001. C’est l’autre chantier du quart de finaliste de l’US Open. À côté de la technique, Cilic devra porter les espoirs de toute une nation, comme il le fait déjà en Coupe Davis, où il est qualifié avec son pays pour les demi‐finales et une rencontre contre la République tchèque à domicile les 18 au 20 septembre prochains.
L’apprentissage du haut niveau, et les ajustements techniques et mentaux que cela requiert donnent à Marin Cilic énormément de travail, mais aussi beaucoup d’espoir, puisqu’il était tête de série numéro 16 à l’US Open, il a sorti Andy Murray, et il a encore une grosse marge de progression. À lui et à son entourage de prendre les choses par le bon bout.
Publié le vendredi 11 septembre 2009 à 11:00



