Accueil US Open

Federer mystifie le Djoker

51

Roger Federer a sorti le grand jeu pour rejoindre Juan Martin Del Potro en finale de l’US Open. Le Suisse s’est débar­rassé sans trem­bler de la tête de série numéro 4 du tournoi, le Serbe Novak Djokovic, en trois sets (7÷6 75 75) et 2h17 de jeu.

Et revoilà Roger Federer en finale à Flushing Meadows. Pour la sixième année consé­cu­tive, le Suisse dispu­tera le dernier match du tournoi simple messieurs. Et il pour­rait bien, pour la sixième année consé­cu­tive égale­ment, décro­cher le titre à New York City. Mais pour cela, il fallait déjà écarter le redou­table Novak Djokovic, adver­saire du jour du Suisse pour un remake de l’af­fiche des demi‐finales de l’an passé. Le Djoker, diffi­cile vain­queur de Verdasco en quarts, était pour­tant entré sur le court avec une déter­mi­na­tion à toute épreuve. Il n’a toute­fois jamais réussi à brouiller les cartes, se frot­tant à un numéro 1 mondial trans­pi­rant la confiance et les certi­tudes. Le Federer d’au­jourd’hui n’avait pas fran­che­ment envie de rire. Le Federer d’au­jourd’hui était bien en confi­gu­ra­tion demi‐finale de Grand Chelem. Et Novak Djokovic l’aura amère­ment constaté, vaincu une nouvelle fois par le Suisse dans un tournoi majeur. 

Et pour­tant, c’est bien Djokovic qui prit le premier l’avan­tage dans ce match. Nous sommes au milieu de la première manche, Federer sert pour égaliser à trois jeux partout. C’est le moment que choisit le Djoker pour jeter toutes ses forces dans la bataille et ainsi ravir l’en­ga­ge­ment du numéro 1 mondial. Le Serbe pouvait profiter, il ne connaî­trait plus jamais de telle situa­tion. C’était bien la première et la dernière fois que Federer cédait son enga­ge­ment dans cette demi‐finale. Djokovic ne put d’ailleurs pavaner bien long­temps. Se faisant immé­dia­te­ment reprendre, il vit le Suisse revenir à quatre partout puis tracer sa route jusqu’au tie‐break. Un jeu décisif bien mieux négocié par Federer qui profita d’une erreur impar­don­nable du Serbe en revers à 2 points partout pour prendre l’avan­tage et ne plus jamais laisser revenir son adversaire(tie-break conclu 72).

La bataille faisait déjà rage depuis 55 minutes lorsque les deux joueurs atta­quèrent la seconde manche. Tous deux très solides sur leur enga­ge­ment (61% de premières pour Federer et 78% de réus­site derrière, 86% de premières pour Djokovic et 67% de réus­site derrière), se rendant coup pour coup pendant toute la durée de la manche, les deux hommes n’eurent pas à sauver la moindre balle de break jusqu’au douzième jeu. Et c’est Djokovic, alors mené 6–5 qui dut s’y coller. Évidemment pourrait‐on presque dire. Les deux premières furent sauvées par le Serbe qui profita d’un brin de fébri­lité dans le bras de Suisse. Mais le coup droit décroisé décoché par Federer sur la troi­sième balle de break lui fut fatal. La situa­tion deve­nait alors plus que critique pour le numéro 4 mondial, qui, malgré un excellent set et un niveau de jeu tout à fait satis­fai­sant, voyait Federer se déta­cher dange­reu­se­ment. On compre­nait aisé­ment le regard incré­dule du Serbe à son clan à cet instant là de la partie. Car revenir dans un match et espérer le gagner lorsque l’on est mené deux sets zéro par l’homme aux 15 titres du Grand Chelem est une mission bien déli­cate. Quasi impos­sible même. 

Mais là où beau­coup auraient lâché dès les premiers échanges du troi­sième set, Djokovic tint bon. Et encore une fois, après avoir disputé un très bon set (12 coups gagnants, 2 aces, 71% de points gagnés derrière la première), le Serbe céda dans le money time. C’était pour­tant bien lui qui avait eu 2 balles de break à disputer à quatre jeux partout alors que Federer était au service. Mais de nouveau, Roger avait sortit l’ar­tillerie lourde au service et en coup droit pour remporter ces deux points cruciaux. L’artillerie lourde spéciale points hyper impor­tants. De nouveau, Roger avait pris l’avan­tage. De nouveau Roger s’était mis dans une situa­tion plus qu’in­té­res­sante. Et à 7675 54, 0–30 service Djokovic, le numéro 1 mondial sortit un point dont il a le secret. Un point magni­fique qui mystifia litté­ra­le­ment son adver­saire, lui qui allait devoir faire face à 3 balles de match. Ce tour de magie réalisé par Federer vaut vrai­ment la peine d’être vu. Tentative d’ex­pli­ca­tion. Alors que le Suisse fonce vers le filet pour récu­pérer une balle courte de son adver­saire, lui même monté à la volée, il doit faire face à un lob pour­tant parfai­te­ment exécuté par le Serbe. Roger sprinte, dos au filet, ne se retourne pas, arme et dégaine entre les jambes. La balle fuse, croisée, et Djoko est planté. Le numéro 1 mondial, pas peu fier de son inso­lente réus­site, lève les bras au ciel et savoure l’ins­tant, tout sourire. Le point suivant, suite à un missile le long de la ligne en retour de coup droit, le Suisse pouvait une nouvelle fois lever les bras au ciel. Cette fois, ce n’était pas pour célé­brer un « simple » coup, mais bien pour savourer sa sixième quali­fi­ca­tion d’af­filée en finale à Flushing Meadows.

Le dernier obstacle de Federer pour remporter son 16ème titre du Grand Chelem, le 3ème cette saison, est de taille. Du haut de ses 1m98, Juan Martin Del Potro tentera d’empêcher le numéro 1 mondial de conquérir une sixième couronne sur le ciment new yorkais. Autant dire que pour une première finale en Grand Chelem, le numéro 6 mondial n’aura pas la tâche facile. Djokovic il y a deux ans et Murray l’an dernier, en tant que novices en termes de finales en tournoi majeur, s’y étaient cassé les dents. Mais Del Potro sort d’une saison, d’un tournoi, qui l’ont vu monter en puis­sance. Sa dernière victime n’est autre que Rafael Nadal à qui il s’est permis d’in­fliger une véri­table correc­tion (6÷2 62 62). Une chose est sûre, demain à partir de 16 heures à New York City, le ciment du Stadium Arthur Ashe trem­blera. Il pour­rait voir le Suisse pour­suivre la construc­tion de sa légende ou bien la vrai acte de nais­sance d’un cham­pion argentin.

Voici le fameux passing « between the legs » desi­gned by Roger Federer.

A propos de l’auteur

Pauline Dahlem

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.