Accueil We Love Tennis Mag Julie Gervais : « Le tennis, c’est toute ma vie »

Julie Gervais : « Le tennis, c’est toute ma vie »

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Au cours d’une carrière, le tennis peut devenir un allié pour chasser ses démons et retrouver son moi. Celle de Julie Gervais symbolise tout cela et force le respect. Elle confirme aussi que le sport permet de s’émanciper, d’ouvrir des perspectives, de se construire un avenir. Alors peu importe qu’au bout du chemin, il n’y ait eu ni un tour de qualifications à Roland-Garros ni même un premier tour dans un tournoi WTA, la vérité est ailleurs.

Cet entretien est tiré du numéro 75 de We Love Tennis magazine dans le réseau depuis vendredi.

Ton annonce de quitter le circuit professionnel a beaucoup ému nos lecteurs sur le site welovetennis.fr, d’autant qu’elle était accompagnée d’un très beau témoignage. As-tu aussi ressenti cet élan dans ton entourage ?
Oui, un peu, et je ne m’explique pas totalement ce succès. En y réfléchissant davantage, je pense que mon parcours atypique et ma sincérité ont touché les passionnés. J’en suis fière, car c’est bien ma passion pour ce sport qui m’a guidé tout au long de cette carrière sur le circuit ITF. 

Pourquoi avoir pris cette décision ?
Tout simplement parce que plusieurs choses sont arrivées au même moment. D’une part, il y a eu cette pause liée au Covid-19, et de l’autre, une proposition d’emploi de mon club, La Raquette de Villeneuve-d’Ascq, pour intégrer le staff technique en septembre. Ces événements, qui n’étaient pas prévus, m’ont en quelque sorte «  poussée  » à prendre une décision. De plus, je ne me voyais pas repartir, au vu de la situation précaire du circuit international en ce moment.

Tu vas donc continuer à jouer au tennis ?
Bien évidemment, c’est ma carrière internationale qui est terminée. De toute façon, il est inconcevable pour moi d’arrêter de taper dans une balle. Le tennis, c’est toute ma vie. Je connais cette «  drogue  » depuis l’âge de 4 ans et je jouerai tant que je le pourrai. J’ai bien envie de continuer à embêter des adversaires sur le circuit CNGT, et de me maintenir à un classement décent pour continuer à défendre les couleurs de mon club.

Il n’y a pas un peu de tristesse à se dire que le circuit pro, c’est vraiment terminé ?
De la tristesse, jamais de la vie. C’est juste une page qui se tourne. Je suis heureuse du chemin accompli, car je ne le dois qu’à moi-même.

C’est-à-dire ?
J’ai toujours tout fait toute seule. Je n’ai jamais eu de coach. Lors de mes deux périodes sur le circuit ITF, j’ai tout géré  : mes séances d’entraînement tennis, ma préparation physique, mes réservations d’hôtels, d’avions, mon programme, mon calendrier, ma période foncière, tout, absolument tout. 

Tu es une solitaire ?
Pas du tout. Mais mon parcours de jeune a été plus que difficile, cela a été pour être franche un vrai traumatisme. Donc quand tu ne fais plus confiance à personne, il vaut mieux se centrer sur soi-même.

Tu parles d’un traumatisme, peux-tu être plus claire ?
Au cours de ma jeunesse, j’ai été placée dans plusieurs pôles France et je n’y ai jamais vraiment trouvé ce que je recherchais. Je ne m’y suis jamais sentie à l’aise. Par la suite, je suis allée dans une académie, mais cela n’a pas été beaucoup plus efficace. En fait, je n’ai jamais trouvé ma place dans ce type de structure. Pire, j’ai souffert mentalement, car j’ai connu de longues périodes où mes coachs m’expliquaient sans cesse que je n’avais pas d’avenir, que j’avais un physique trop fragile et que, malgré ma volonté, je ne parviendrais jamais à atteindre le haut niveau. Il est vrai que j’étais assez fluette, que j’avais eu des blessures à répétition, mais ce n’était vraiment pas la peine de m’enfoncer continuellement. Inutile de préciser que j’ai très mal vécu cette période. J’étais jeune, c’est le moment où l’on construit sa personnalité. Avec le recul, je me dis que tout cela aurait pu tuer ma passion. 

À ce point-là ?
Exactement. Maintenant, le temps a fait son œuvre et j’y repense d’une façon différente. Cela a même été un moteur quand je me suis lancée sur le circuit. Je voulais me prouver que c’était possible et démontrer que mes entraîneurs s’étaient trompés, et surtout qu’ils n’étaient pas parvenus à briser mon rêve. Une fois que l’on est dans ce processus et cette dynamique, on avance vite, on acquiert de la confiance, et surtout on se construit une estime de soi, car c’est essentiel dans le tennis, mais aussi dans la vie. Après, il ne faut surtout pas réduire mon parcours à une «  vengeance  » pour faire taire des critiques. C’est beaucoup plus fin que cela. C’est un vrai cheminement personnel après avoir été fragilisée.

Le tennis de compétition a donc été une forme de thérapie ?
C’est vrai. Aujourd’hui, je peux dire ça, mais quand je me suis lancée, j’étais très loin d’imaginer tout ce que cela allait pouvoir m’apporter.

Tu te souviens de ton premier match sur le circuit ITF ?
Pas du tout, j’étais en mode découverte. Cela a duré cinq ans, de 2007 à 2012, avec des hauts et des bas. À un moment, je sentais que je bloquais alors j’ai décidé de faire un stop et de passer mon DE. Je ne savais pas si j’allais avoir la motivation pour revenir sur le circuit. J’ai aimé me former, apprendre. J’étais entourée, il n’y avait pas de stress ni de fatigue. C’était très enrichissant.

Du coup, en 2014, tu es repartie de zéro qui est d’ailleurs ton classement de l’époque…
C’est une belle coïncidence, non ? En effet, je décide de m’y remettre, de me pousser un peu. J’ai de bonnes sensations. Quand je remporte le Championnat de France seconde série en 2015, je sens un truc, une envie, je me projette. J’ai changé. Je suis différente. Je veux me mettre en danger et profiter de ma première expérience pour aller plus loin. Je décide donc de me fixer comme objectif de revenir sur le circuit ITF. Je sais que je serai seule, que je devrai trouver des solutions, que je n’ai pas d’appui financier, mais je sais aussi que c’est ce que je veux faire.

Donc pas d’entraîneur ? 
Surtout pas. Mais un fidèle, mon père, qui est là pour me soutenir et me lancer les balles lors de mes séances d’entraînement. C’est moi qui rédige mon programme. Au niveau physique, je m’appuie sur les compétences de Bernard Cabassol qui est un expert et qui m’accompagne à distance. Pour progresser, je trouve mes sparrings comme je peux. Cela paraît dingue et cela fait amateur, mais ça paye car cela me convient. Je progresse, et je peux repartir sur le circuit.

Le circuit a-t-il changé en ton absence ?
Non, il y a toujours des joueuses qui se lèvent à 6 heures du matin pour taper la balle et d’autres qui sont moins professionnelles. 

Tu arrives à te faire des amies ?
Oui, et j’aimerais d’ailleurs les remercier car sans Audrey Albié et Tess Sugnaux, je ne sais pas où je serais aujourd’hui. On a toujours été ensemble, on s’est beaucoup aidées, on a passé des moments merveilleux.

Quelle a été ta meilleure période ?
L’année 2019. Je me souviens que j’avais les mêmes sensations que lorsque je suis devenue championne de France. J’atteins les demi-finales à Cherbourg (ITF 15 000 $) en battant Amandine Hesse, je sens la balle comme jamais et physiquement, je suis dans le coup. Derrière, j’enchaîne par une victoire dans le 15 000 $ de Stockholm. J’étais euphorique. C’était mon premier titre depuis trois ans. On est en octobre 2019, je plane un peu, je viens de traverser le tableau sans perdre un set. En novembre, j’atteins logiquement mon meilleur classement  : 374e.

Tu penses que tu aurais pu aller encore plus haut ?
On peut toujours aller plus haut, mais comme je l’ai dit dans mon témoignage, je ne me suis jamais menti et c’est là l’essentiel. J’ai adoré être une compétitrice, ne rien devoir à personne. Vu comment ma carrière avait démarré, c’est un petit miracle ce qu’il m’est arrivé. Mon père a été un soutien indéfectible, il est devenu au final mon coach sans avoir de compétences techniques, et ma maman, ma préparatrice mentale [rires]. Bref, j’avais finalement constitué un team comme les grands champions du tour [rires].

Parlons-en des grands. Tu as un joueur préféré ? Tu les regardes jouer ?
C’est une drôle de question. Je crois que tu n’as pas compris. Je te l’ai dit, le tennis c’est ma vie. Donc oui, je suis attentive à leurs performances, même s’il y en a un que j’admire plus particulièrement.

Laisse-nous deviner  : Roger Federer ?
Raté, Rafael Nadal. Tout ce qu’il dégage m’a inspiré. C’est un joueur qui ne s’avoue jamais battu. Sa combativité, sa pugnacité, tout me touche chez lui.

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