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Lisnard : « Remettre l’humain au centre de tout dans la vie d’un club » (3/3)

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Dans le cadre du numéro 73 de Welovetennis Magazine, nous sommes partis inter­roger Jean‐René Lisnard, fonda­teur de l’Elite Tennis Center de Cannes où s’entraîne Daniil Medvedev. Une inter­view que vous retrou­verez en trois parties.

Daniil Medvedev est entraîné ici dans ta struc­ture par Gilles Cervara depuis bientôt six ans. Toi qui sembles fuir la médiatisation, comment ton équipe gère-t- elle cette nouvelle situation ?
Avec Gilles, notre idée de départ était de former deux joueurs du Top 100. Et comme on ne fait pas de « com », on a souvent eu des joueurs tombés du camion. Malgré cela, nous sommes parvenus à former trois Top 100 en sept ans, comme quoi… Mais nous voulons conti­nuer dans le style qui est le nôtre. Nos jeunes ont envie, et il est de notre devoir de rester simple, de ne pas penser que la réussite de Daniil signifie que nous avons des recettes toutes prêtes. Dans ce métier, il ne faut jamais arrêter de se remettre en cause, et ne pas oublier que c’est sur le court que ça se passe. Bien sûr, nous sommes heureux que l’on considère notre travail, mais ça s’arrête là. Sans oublier que le fait d’être médiatisé me permet aussi parfois de l’ouvrir, car j’aime bien rétablir certaines vérités.

Est‐ce que tu t’attendais à tout ce qui se passe avec Daniil Medvedev ?
En fait, un bon entraîneur fait d’abord son boulot. Donc au départ, vous ne vous attendez à rien. Bien sûr, vous voyez que ce joueur comprend plus vite que les autres. Cela s’est produit dès la première année, puis à nouveau la deuxième. Jusqu’au moment où vous n’êtes plus surpris : le mec s’adapte, il ne perd jamais face au même adver­saire plusieurs fois de suite. Arrive alors ce moment où vous vous surprenez à dire que, fina­le­ment, ce mec n’a pas de limites, sauf celles qu’il voudra bien se fixer.

Est‐ce que cette réussite vous donne envie de grandir ?
Peut‑être, mais on ne veut surtout pas perdre la qualité dans notre ensei­gne­ment, notre présence. On ne veut pas devenir une académie lambda, car j’aurais l’impression de voler les gens, et avec Gilles, cela ne nous ressemble pas. Depuis trois ans, nous avons une ving­taine de joueurs et cela nous convient bien. Notre qualité, c’est l’exigence que met chaque entraîneur dans son travail et l’idée que le but est de toujours faire progresser nos joueurs. L’un de nos joueurs était 36 à 18 ans, deux ans après il était 15. Alors, ça ne fait pas les grands titres dans L’Équipe, mais j’en suis très fier car c’est le cœur de notre métier. Notre vraie réussite, c’est de pouvoir dire que 90% des joueurs qui sont venus chez ETC ont progressé au classement.

Quels sont tes critères de sélection ?
Principalement, l’état d’esprit, même s’il faut aussi avoir un certain niveau de jeu. En termes d’enseignement, nous avons des règles précises. Ce n’est pas aux parents de nous expli­quer ce qui est bien ou pas bien. Quand vous mettez votre gamin dans une grande école, ce n’est pas vous qui allez dire aux profes­seurs les domaines sur lesquels il faut travailler en prio­rité. Eh bien, chez nous, c’est pareil.

On explique qu’il y a une crise dans le tennis, qui serait liée à sa diffi­culté d’apprentissage. Toi qui es aussi très impliqué dans la vie de l’ASLM Cannes, quel diag­nostic fais‐tu ?
Si je pense que l’on a un petit souci avec la culture de la gagne dans le tennis de haut niveau, je dirais que les choses sont large­ment différentes quand on parle de pratique. Je pense qu’il faut traiter les deux sujets prin­ci­paux de façon différente. Quand on détecte des joueurs faits pour la compétition, il faut leur donner les moyens, leur faire comprendre l’exigence au quoti­dien qu’il faut avoir pour progresser et donc être plus perfor­mant. Un gamin n’est jamais effrayé par l’exigence s’il comprend à quoi cela va lui servir, notam­ment pour faire de belles perfs. Il va aimer. Pour la pratique loisir, il faut changer d’axe pour donner beau­coup plus de plaisir. La clé est donc de mettre des ensei­gnants compétents dans chaque domaine d’activité, de remettre l’humain au centre de tout dans la vie d’un club. Et vous verrez, il y aura du monde, des sourires, car quoi qu’on en dise, le tennis reste un sport incroyable.

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