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Messieurs Luka et Nikola Karabatic !

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Crédit photo : S.Pillaud/FFHB

La page Guest Star, qui clôt le maga­zine, est un moment à part, l’un de ces instants où l’on donne la parole à des person­na­lités passion­nées, spec­ta­trices exté­rieures de ce petit monde du tennis. Parmi ces guest stars qui nous ont marqués figurent des forts carac­tères comme Pierre Menès, Frank Leboeuf, Bixente Lizarazu, Michel Troisgros et, dans le tennis, Andre Agassi, John McEnroe ou Björn Borg… Pour ce numéro 50, place à un duo de choc, un duo de gagneurs : les frères Karabatic.

Quand vous étiez jeune, regardiez‐vous le tennis à la télévision ?

Nikola Karabatic (N.K.) : « Bien sûr ! Comme Luka a commencé à jouer très tôt, c’était presque obli­ga­toire (rires). »

Luka Karabatic (L.K.) : « Mon enfance a été marquée par les duels entre Sampras et Agassi. Sampras reste le joueur qui m’a le plus impres­sionné. Et puis, il y a eu Gustavo Kuerten. Quand il a gagné ses trois Roland Garros, c’était magique ! »

Luka, ton parcours est assez incroyable : tu as joué au tennis, tu as été cham­pion de France à 11 ans et tu étais encore −4÷6 à 19 ans. Pourquoi avoir dit stop ?

L.K. : « Effectivement, quand j’arrête le tennis, je suis −4÷6, soit mon meilleur clas­se­ment. J’ai réussi très tôt après avoir commencé à six ans. A sept ou huit ans, j’étais bour­sier, à neuf‐dix ans, j’étais pris en équipe de France… On m’a proposé d’intégrer le pôle France de Boulouris avec un an d’avance. Je n’y suis entré qu’à 13 ans. En fait, pendant quelques années, je faisais du tennis et du hand­ball en même temps. Et le tennis m’a un peu choisi, dans le sens où j’avais déjà des obli­ga­tions, car je devais faire des tour­nois pour progresser au clas­se­ment. Même jeune, je partais à l’étranger. Un peu malgré moi, j’ai arrêté le hand et je me suis consacré au tennis. Mais, au fond de moi, j’avais toujours cette passion pour le hand. Elle m’a simple­ment rattrapé (sourire). »

Et toi, Nikola, tu as joué au tennis ?

N.K. : « Oui, j’ai joué, mais pas en compé­ti­tion, seule­ment en loisirs. Je jouais avec Luka, jusqu’à ce qu’il me batte ! Bon, je ne me souviens plus de l’âge, mais je sais que c’est arrivé très tôt (rires). »

C’était quoi, vos styles de jeu ?

L.K. : « Je m’appuyais beau­coup sur mon service. C’était vrai­ment mon point fort (NDLR : Luka mesure 2m03), comme mon physique. J’étais costaud et assez endu­rant. Lorsque je deviens cham­pion de France des 11 ans, je me souviens que mon revers à deux mains était solide, mais que mon point fort restait mon coup droit. Après, il s’est un peu effrité quand je suis parti en pôle France, où l’on a voulu changer ma technique. »

N.K. : « Moi, je n’étais pas aussi à l’aise tech­ni­que­ment (rires). Du coup, j’essayais d’écourter les points en montant très souvent au filet… »

Lors du mondial 2009, en Croatie, Nikola, tu avais subi une pres­sion énorme et beau­coup de provo­ca­tions au cours de la finale. Mais tu as tenu bon. Cette force mentale me fait penser à celle Novak Djokovic, je me trompe ?

N.K. : « Cette force mentale est essen­tielle. Si tu t’appelles Djokovic, Federer ou Nadal, tu ne peux pas être tout en haut sans la posséder. Je dirais même qu’elle est aussi impor­tante que le physique et la technique. »

L.K. : « Quand Federer était jeune, il fracas­sait des raquettes. Il était nerveux. Djokovic, égale­ment, était un peu fou‐fou. C’est un travail sur soi à mener. Il faut de la sagesse et de la matu­rité pour y parvenir. Cela vient avec l’expérience. Tu apprends à gérer ton stress et à ne rien laisser transparaître. »

Dans notre dernier numéro, nous avions rendu hommage à la saison stra­to­sphé­rique du Serbe. Néanmoins, certains obser­va­teurs pointent le manque d’aura de ce joueur qui vient d’un petit pays, la Serbie. Le comprenez‐vous ?

N.K. : « Dans les gènes des spor­tifs qui viennent des Balkans, il y a cette rage de vaincre, une envie de tout gagner. Cela nous donne une force supplé­men­taire. Alors les juge­ments sur l’aura, c’est secon­daire. Ce qui compte, ce sont les titres. Federer vient égale­ment d’un petit pays, mais plus puis­sant finan­ciè­re­ment. Pour moi, ce n’est pas la prove­nance qui te donne l’aura. »

L.K. (il coupe) : « Pour moi, Djokovic a apporté quelque chose de nouveau. Il est plus drôle que les autres grandes stars du circuit. Entre Federer, Nadal et Djokovic, je préfère choisir Novak, sans hésitation ! »

Ce numéro est notre numéro 50. Voici quelques Unes réali­sées au cours de ces 10 ans d’exis­tence, notam­ment celle de GrandChelem 38, « Coacher n’est pas jouer », avec Toni Nadal. Cela doit vous parler, quand on voit votre réus­site avec Claude Onesta…

N.K. : « Au tennis, comme dans tous les sports, le coach est essen­tiel. Il joue le rôle de mentor, de guide. J’ai lu le livre de Rafael Nadal. Son oncle, Toni, est présent depuis le début. C’est grâce et avec lui qu’il est parvenu au sommet. Dans le même temps, c’est assez éton­nant de voir que certains joueurs n’ont pas besoin de coach. Il est déjà arrivé à Roger d’évoluer sans coach. D’autres vont en changer toutes les saisons. Nous, on ne change pas aussi souvent. D’ailleurs, nos coachs peuvent inter­venir sur le terrain, ce qui n’est le cas qu’en Coupe Davis, au tennis. Autre diffé­rence, le coach de tennis n’a qu’un seul joueur à gérer et peut se concen­trer unique­ment sur lui. Finalement, ce sont deux métiers diffé­rents : l’un axé sur l’individu, l’autre sur le groupe. »

En somme, c’est la notion d’esprit d’équipe que tu évoques… Cette Une de GrandChelem 17, « Esprit d’équipe, es‐tu là ? », doit aussi vous inspirer…

L.K. : « Ce que j’ai toujours préféré en jouant au tennis, ce sont les matchs par équipe. Quand j’étais en équipe de France, chez les jeunes, on dispu­tait deux simples, un double… C’est toujours là que je jouais le mieux, où j’étais le plus motivé. C’était prémo­ni­toire : la dimen­sion collec­tive me manquait. »

N.K. (il coupe) : « C’est là qu’on s’aperçoit à quel point le sport collectif est diffi­cile. Quand l’équipe de France a remporté la Coupe Davis, on n’avait pas forcé­ment les meilleurs joueurs au monde, mais des indi­vidus qui savaient se mettre au service de l’équipe. Au regard du poten­tiel que l’on a avec Jo, Richard, Gaël et Gilles, une de nos plus belles géné­ra­tions, c’est assez doulou­reux de voir qu’on n’y arrive pas. »

Je sais qu’un ancien coéqui­pier, Mladen Bojinovic, joue au tennis avec le père de Kristina Mladenovic, Dragan. Ça vous arrive de taper la balle tous ensemble ?

N.K. : « Effectivement ! On connaît bien le papa de Kristina, il était gardien à Dunkerque et rempla­çant de notre père en Serbie. Kristina vient nous voir au PSG et on était aux Jeux Olympiques de Londres ensemble. On la suit depuis qu’elle est toute petite. Ce qui est marrant, c’est que nos pères ont joué ensemble. »

GrandChelem n°50, le numéro anni­ver­saire en télé­char­ge­ment gratuit

Retrouvez gratui­te­ment et en inté­gra­lité le numéro 50 « Dix ans de passion », le numéro anni­ver­saire de notre maga­zine GrandChelem… Bonne lecture !

A propos de l’auteur

Loïc Revol

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.