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Parole aux hommes de terrain !

La défaite n’a pas toujours le même poids, en fonc­tion de son appren­tis­sage de la compé­ti­tion ou de son niveau de jeu. Pour la comprendre et apprendre à mieux l’ac­cepter, nous avons rencontré des témoins du terrain, au niveau amateur comme au haut‐niveau.

Patrick Labazuy, entraî­neur national à la FFT au centre de Poitiers : « Il est néces­saire d’enlever la pres­sion de l’échec, de dédra­ma­tiser cette situation ».

La défaite doit‐elle être gérée diffé­rem­ment chez les jeunes ?

« Avec les jeunes que j’encadre à Poitiers, j’aime bien utiliser deux phrases. La première est de Jean Mermoz : « Ce sont les échecs bien supportés qui donnent le droit de réussir. » La deuxième est une phrase de Lelouch : « Tout ce que j’ai réussi, je l’ai raté avant. » Le jeune joueur est en phase de construc­tion. Alors oui, il a le droit à l’erreur – et c’est mon leit­motiv. Chaque entraî­neur, dans le parcours de forma­tion du jeune, doit lui laisser ce droit. En revanche, il n’y a aucune place au manque de comba­ti­vité. Afin de renforcer la confiance du joueur, il est néces­saire d’avoir une analyse très pointue pour qu’il puisse mémo­riser ses forces et ses faiblesses. C’est un ingré­dient essen­tiel qui permet de rebondir pour mettre en place diffé­rents processus néces­saires à la réus­site. J’essaie d’effectuer des compa­rai­sons avec le monde du travail. Un jeune qui entre au centre de Poitiers, c’est comme s’il signait un contrat. Chaque jour, tu dois travailler. Nous essayons de les faire grandir par rapport à la situa­tion d’échec. Beaucoup de monde s’in­vestit pour eux. Il est évident que la réus­site viendra d’eux. Ils ont le droit de gagner ou de perdre, mais pas de ne pas se bagarrer. C’est de la psycho­logie. L’enfant peut réagir de manière diffé­rente. La réac­tion dépend de chacun, de son milieu, de son enfance… Il est néces­saire d’enlever la pres­sion de l’échec, de dédra­ma­tiser cette situa­tion qui n’est pas néga­tive, mais qui doit être construc­tive. L’entourage du joueur doit égale­ment avoir une telle démarche, sinon il se retrouve dans un milieu qu’on peut quali­fier d’hostile. »

Parce que la défaite, c’est aussi celle contre un 15⁄5 alors qu’on est 30⁄1, nous sommes allés à la rencontre de deux DE qui sont, tous les jours, sur le terrain. Comment appré­hender la défaite du joueur passionné ? Comment devient‐on un « winner » ? Leur réponse à ces deux questions‐clefs. Quand un joueur que vous entraînez revient de son match enragé, profon­dé­ment déçu, en larmes, quelle est votre réponse à ce désarroi ?

Christophe Jourdan a été le respon­sable du Tennis‐Etude du Chambon sur Lignon pendant 15 ans. Il a formé des joueurs qui ont atteints des places numé­ro­tées et a suivi des joueurs sur le circuit profes­sionnel (Futurs et Challengers). Aujourd’hui, il travaille dans une académie au FC LYON et continue à former des jeunes qui ont le projet d’at­teindre le haut‐niveau.

« J’explique au joueur qu’il doit aborder son match comme un défi, un problème que lui pose l’ad­ver­saire et qu’il doit résoudre. Également que le plus impor­tant n’est pas le résultat, mais d’avoir tout essayé pour trouver la solu­tion, d’avoir fait de son mieux et pris du plaisir en ayant donné le maximum. Elle est là, la véri­table victoire. Enfin, s’il réagit comme cela face à l’échec, c’est qu’il se met trop de pres­sion. L’un des moyens d’éva­cuer cette pres­sion, c’est d’ac­cepter la défaite si l’on n’a pas trouvé la solu­tion, si l’on n’a pas donné le meilleur de soi‐même ou, simple­ment, si l’ad­ver­saire était plus fort. Le joueur doit accepter l’idée de perdre, et seule­ment l’idée, tout en cher­chant à gagner. Et ne pas oublier que le match est un moyen d’éva­luer les progrès réalisés à l’en­traî­ne­ment. À travers une défaite, il doit tirer un ensei­gne­ment positif pour progresser, se fixer de nouveaux objec­tifs et comprendre les raisons qui l’ont conduit à cet échec pour ne pas répéter les mêmes erreurs. Comprendre aussi que dans le sport, comme dans la vie en général, l’im­por­tant n’est pas tant de sortir vain­queur des épreuves, mais d’en sortir meilleur. »

Guillaume Claveloux est ensei­gnant au TC Charly, il est diplômé du DE du second degré.

« J’échange avec lui sur un ton calme, afin de l’aider à tempérer son état. Je le ques­tionne sur les causes et lui fais prendre conscience de ses méca­nismes et de ses repré­sen­ta­tions qui l’ont plongé dans cet état. Avec l’idée, ensuite, de convenir d’ob­jec­tifs pour son prochain match, selon le problème rencontré afin de l’amener à déve­lopper du contrôle dans ce type de situa­tions. Il me faudra lui faire entendre que, s’il se retrouve dans cet état, c’est qu’il est impliqué dans la qualité de sa pres­ta­tion, mais qu’il lui faut encore déve­lopper des outils person­nels pour faire face à des matchs mettant ses émotions à rude épreuve et où son niveau de jeu devient moins fiable. »

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A propos de l’auteur

Loïc Revol

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.