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Paul‐Henri Mathieu : « Je veux être maître de mon destin »

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Par sa vision du tennis et son parcours, Paul‐Henri Mathieu est un cham­pion « Made in GrandChelem ». Pour fêter notre numéro 50, il a donc accepté de nous accorder un long entre­tien, histoire de faire le point sur dix années de tennis.

On fête nos dix ans ; alors, si tu devais retenir un match dans cette période, ce serait lequel ?

« C’est diffi­cile d’en sortir un, mais si vous m’obligez (rires)… Celui face à Rafael Nadal à Roland Garros, en 2006. J’étais loin et pas loin à la fois. Je me souviens que j’étais vrai­ment en forme et que cela m’avait profon­dé­ment frustré de le jouer au troi­sième tour. Je n’ai jamais atteint les quarts de finale à Roland et je savais que, cette année‐là, j’en avais les moyens. »

On se souvient tous de ce combat tita­nesque… Avant d’en­trer sur le court, tu avais un vrai plan de jeu ?

« À cette époque, face à Rafael Nadal, c’était plutôt diffi­cile de se dire « je vais faire ça et ça va marcher ». En tout cas, l’idée, c’était de frapper fort en revers pour contrer sa fameuse diago­nale de coup droit. Chercher égale­ment à atteindre son revers au maximum. Si j’ai bien démarré la rencontre en gagnant le premier set, ma diffi­culté, par la suite, c’est d’avoir été breaké très tôt dans chaque manche. Cela m’a contraint à faire des efforts impor­tants pour recoller et, face à Nadal, c’était un peu mission impossible. »

Est‐ce que tu as des regrets par rapport à cette rencontre ou à d’autres grands matchs dans ta carrière ?

« Sur ce match, non, sur d’autres, oui (rires). Si je regarde ma carrière, je ne suis jamais parvenu à faire une grosse perfor­mance dans les tour­nois du Grand Chelem. Quelques fois, cela a été une affaire de malchance, ou une bles­sure, un gros tirage… En fait, systé­ma­ti­que­ment, quand j’ai réussi à atteindre la deuxième semaine, je suis arrivé cramé. Cela a notam­ment été le cas à Wimbledon, en 2010, toujours face à Nadal. »

Dans une inter­view pour le numéro 8 de GrandChelem, tu nous confiais que tu étais trop gentil…

« Je le suis moins (rires). Néanmoins, plutôt que « gentil », je dirais « sensible ». De toute façon, on ne change pas sa façon d’être. Sur le court, c’est vrai que cette sensi­bi­lité pouvait me jouer des tours, car je manquais de confiance en moi dans les moments‐clefs. Cela m’empêchait d’avoir confiance en ma capa­cité de battre les meilleurs. Il m’ar­rive encore d’avoir cette fragi­lité, aujourd’hui, je ne le nie pas. C’est une chose sur laquelle je peux travailler, mais qui est aussi très ancrée en moi. Et, si cela peut présenter des aspects néga­tifs, cela a aussi des aspects très posi­tifs dans d’autres circons­tances de la vie. »

Dans ce même entre­tien, tu nous avais confié vouloir arrêter ta carrière autour de trente ans…

« Comme j’ai commencé à jouer très tôt sur le circuit, à beau­coup voyager dès 12 ans, je n’ima­gi­nais pas aller au‐delà de mes trente ans. De plus, je savais que j’étais fragile physi­que­ment, donc cela me semblait impos­sible de passer la tren­taine. J’avais ce plan de carrière en tête. Mais, par la suite, ma carrière ayant été parsemée de bles­sures, j’ai eu la volonté de revenir à chaque fois. Tant que je sentirai que je peux pousser un peu, je le ferai, mais c’est évident que je suis plus proche de la fin que du début. »

Ces bles­sures, ce n’est pas un mal pour un bien ?

« La bles­sure grave, cela reste la hantise de tous les joueurs de haut‐niveau et c’est encore plus dur de se dire que l’on pour­rait arrêter sa carrière sur l’une d’entre elles. J’ai toujours souhaité rester maître de mon destin et je veux arrêter quand je l’aurai décidé. »

Est‐ce que l’exer­cice qu’on est en train de faire, ce long entre­tien, te plaît ? On a toujours l’im­pres­sion que tu es sur la réserve…

« Je dis toujours ce que je pense ! Je ne manie pas la langue de bois comme ça peut être le cas dans notre milieu. Mais j’ai pris du recul par rapport aux médias et la vie du circuit. »

Puisqu’on parle du circuit, si tu avais une baguette magique, quelle réforme mettrais‐tu en place ?

« Je pense que je comp­ta­bi­li­serai les défaites dans le système de clas­se­ment, comme cela se faisait au tout début. Aujourd’hui, les joueurs jouent toutes les semaines et les défaites n’ont plus d’im­pact. Je ne trouve pas cela normal. Pour moi, cela fausse le clas­se­ment. Avec ma réforme, les joueurs ne se présen­te­raient que lors­qu’ils sont vrai­ment prêts. Cela évite­rait quelques matchs bizzaroïdes… »

Tu penses que les joueurs ont vrai­ment du poids lors­qu’ils veulent pousser de nouvelles idées sur le circuit ?

« Vu de l’ex­té­rieur, j’ai envie de dire « non ». Cela dit, si on se présente au bureau, comme le fait actuel­le­ment Gilles Simon, cela peut apporter des choses et donne du poids à ses sugges­tions. Mais je n’en sais pas plus. »

Revenons au jeu, sur cette décennie… Qu’est‐ce qui a changé tech­ni­que­ment dans le jeu ?

« Pas grand‐chose, même si les joueurs sont de plus en plus forts physi­que­ment. Ils sont entourés d’un prépa­ra­teur physique, d’un kiné, d’un conseiller tennis… C’est aussi pour cela qu’ils jouent plus long­temps, car ils sont, fina­le­ment, mieux entre­tenus, mieux suivis. Les jeunes percent égale­ment beau­coup plus tard que dans le passé. C’est une donnée à prendre en compte : le niveau est plus resserré en haut de la pyra­mide, les places sont plus dures à prendre. Mais, pour revenir à la tech­nique pure, il y a quand même quelque chose d’assez marquant, c’est l’ar­rivée de la glis­sade sur les surfaces rapides, qui implique des joueurs plus souvent en appuis ouverts. C’est une véri­table évolu­tion et ce n’est pas prêt de changer. Cela prouve, d’ailleurs, que les joueurs sont plus forts physi­que­ment, car il ne faut pas avoir peur de lancer ses appuis. Et, le pire, c’est que j’ob­serve même ça dans les clubs. C’est une tendance lourde, quel que soit le niveau de jeu. »

Pour 2016, quels sont tes objectifs ?

« Le premier, il est simple : ne pas être blessé, pouvoir jouer toute la saison. Si je peux faire ça, je sais qu’il peut y avoir plusieurs semaines qui vont me sourire dans l’année. Depuis le milieu de l’année dernière, je sens que j’ai retrouvé de bons repères, qu’il se passe quelque chose. Après Kitzbühel, j’ai eu un coup de moins bien, car j’ai enchaîné très vite sur ciment, alors que je sais que les courts en dur ne me réus­sissent pas trop – c’est très éprou­vant, surtout en outdoor. »

Tu vas donc te concen­trer sur la terre battue ?

« Sur l’ocre, j’ai l’im­pres­sion que je peux poser mon jeu, que j’ai plus de marge de manœuvre. De toute façon, chaque année, mon objectif reste Roland Garros. Et, même si la tournée sud‐américaine a lieu en février, loin de Roland, je vais y aller, car je sais que ce sera un vrai plus pour la saison sur terre. »

Puisqu’on parle de terre battue, quel regard portes‐tu sur toutes ces polé­miques autour de l’équipe de France ? Il t’ar­rive de penser que, si tu avais un meilleur clas­se­ment, tu pour­rais encore prétendre à une sélec­tion en Coupe Davis ?

« Honnêtement, je suis complè­te­ment sorti du moule. Je ne suis dans aucun dossier, sur aucune liste, même si elle est composée de dix ou onze joueurs. Je ne consi­dère pas que j’ai ma place, mais je pense qu’avec mon expé­rience, je pour­rais aussi apporter quelque chose. Si on doit m’ap­peler pour être spar­ring ou rempla­çant, je serais partant à 100%. »

Et toutes ces crises…

« Je trouve dommage que l’on ne prenne pas des avis un peu plus larges, car cela pour­rait permettre de faire avancer les choses. Vu de l’ex­té­rieur, on a l’im­pres­sion qu’il y a plusieurs clans. »

Tu dois avoir des informations…

« Non, pas du tout, j’ai les mêmes infos que vous. Pour moi, c’est un problème de commu­ni­ca­tion. Les joueurs sont cinq ou six à pouvoir prétendre jouer dans cette équipe. Je pense que ce serait assez constructif qu’ils se réunissent et qu’ils parviennent, ensemble, à commu­ni­quer. Utiliser les médias pour faire passer des messages, ce n’est jamais très effi­cace, bien au contraire. »

Comment as‐tu vécu la nomi­na­tion de Yannick Noah ?

« Le choix de Yannick, ce n’est pas un problème, c’est juste la façon dont Arnaud Clément a été évincé qui n’a pas été correcte du tout. Je crois qu’on aurait même pu faire de Yannick un conseiller, par exemple, comme cela se passe dans d’autres équipes. »

Tu aime­rais plus t’im­pli­quer dans ce type de projets ?

« M’impliquer ? Moi, je ne suis pas du genre à m’im­poser. Je ne suis pas du tout poli­ti­cien, ça ne m’in­té­resse pas de tenter d’être dans les petits papiers d’untel pour espérer être sélec­tionné ou écouté. »

Là, tu sous‐entends qu’il faut faire ça pour être dans le team France ?

« Non, mais c’est parfois l’im­pres­sion que cela donne, malheureusement. »

Fermons la paren­thèse équipe de France… De tous les joueurs que tu as affrontés, lequel t’a le plus marqué ?

« C’est diffi­cile à dire. Il y a forcé­ment Roger Federer, car il fait des coups qu’on n’a plus l’ha­bi­tude de voir. Mais je pense aussi au Rafael Nadal de la grande époque sur terre battue, car il était vrai­ment très, très impres­sion­nant, beau­coup plus, fina­le­ment, que le Novak Djokovic d’au­jourd’hui, même s’il est dans une autre dimension. »

Dans dix ans, tu te vois encore dans le monde du tennis ?

« Je ne sais pas, je n’en suis pas sûr. Tout est possible. Je ne sais pas quoi dire. C’est diffi­cile de se projeter, tout dépend des rencontres que l’on peut faire. Je pense quand même que j’ai des choses à apporter. »

On sent que tu as cette envie…

« Oui et non, mais ce dont je suis certain, c’est que personne ne sait vrai­ment tout ce que j’ai vécu. C’est inima­gi­nable et ce serait dommage de ne pas pouvoir partager cette expé­rience, surtout avec des plus jeunes. »

Qu’est‐ce que tu aime­rais qu’on dise de PHM quand il aura rangé ses raquettes ?

« Que j’ai été une personne honnête avec moi‐même et mes proches. Que j’ai toujours donné le maximum sur un court. Que j’ai toujours été un combat­tant, que je n’ai jamais rien lâché, malgré les bles­sures physiques, mais aussi morales. »

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A propos de l’auteur

Loïc Revol

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.