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Sam Sumyk, un parrain toujours présent

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Pour débuter une aven­ture, il faut toujours un guide, un parrain, appelez cela comme vous voulez. Pour GrandChelem, tout a été une ques­tion de hasard. Au cours d’une discus­sion, lors d’un événe­ment d’une marque améri­caine, nous avons eu la chance de rencon­trer un passionné, Thierry Moulon. Après avoir pris connais­sance de notre projet nais­sant de créer un maga­zine gratuit, il décide de nous mettre en rela­tion avec l’un de ses amis. Cet ami, c’est Sam Sumyk.

Nous sommes en mai 2006. A l’époque, Sam, un Breton au grand cœur, est le coach d’un team composé d’Elena Likhovtseva, Meilen Tu et Vera Zvonareva. Le courant passe tout de suite. Nous déci­dons de mettre en place une rubrique régu­lière au sein du maga­zine. Son nom : les Samy’s Angels. Avec le temps, GrandChelem grandit ; Sam aussi. Notre Breton prend en charge Victoria Azarenka et la mène à la première place mondiale. Il se fait un nom, devient l’un des experts fran­çais les plus reconnus du circuit. Et pour­tant… Tout au long de cette ascen­sion, jamais Sam ne lâche GrandChelem. Toujours à notre écoute, toujours dispo­nible ; toujours simple et le cœur jamais trop loin de ses racines, la mer et le bon pinard, la vie, quoi. Logique, donc, que nous lui rendions un hommage appuyé dans ce numéro très spécial en vous offrant le meilleur de ses inter­ven­tions. Avec cette double règle très simple et effi­cace : ne jamais parler pour ne rien dire ; ne jamais inter­venir sur un sujet qui ne l’in­té­resse pas. 

GrandChelem n°1, septembre 2006 :

Épisode 1 des Samy’s Angels

Pour toi, ce métier, c’est plutôt un rêve ou une paren­thèse dans ta vie ?

« C’est un rêve. Je ne pensais pas que cela allait être possible. Heureusement, j’ai eu de la chance et, désor­mais, c’est mon métier. J’ai trois joueuses pros dont je m’oc­cupe, je tourne à plein temps. Vivre de sa passion est effec­ti­ve­ment un vrai privilège. »

Tu exerces une profes­sion diffi­cile. Est‐ce que tu parviens à te projeter dans dix ans ?

« J’adore mon boulot, donc je vais peut‐être conti­nuer un peu. Combien de temps ? Je n’en sais rien. Pour avoir la chance de faire carrière dans ce milieu, qui plus est au plus haut niveau, il faut que des joueurs et des joueuses fassent appel à moi. Si je pouvais être comparé à Tony Roche dans quelques années, cela me ferait plaisir. »

GrandChelem n°21, janvier‐février 2011 :

Dossier « Où sont les femmes ? »

Un lieu commun dit les femmes plus émotives que les hommes, faisant du mental la problé­ma­tique essen­tielle du tennis féminin…

« L’émotion est, en général, le signe d’une belle et saine intel­li­gence. On ne voit rien chez le débile… Tu as raison de parler de « lieu commun ». Les filles sont plus émotives ? L’émotion est un patri­moine commun aux deux sexes. Quant à la gestion des émotions… Pour l’avoir très souvent observé, une femme gère aussi bien qu’un homme ses émotions. Parfois, mieux, même. La problé­ma­tique du mental est une fausse problé­ma­tique. Elle est la même chez tous les êtres humains, quelle que soit leur acti­vité ou leur métier. Pour résumer : beau­coup de femmes nous montrent chaque jour qu’elles ont une sacrée paire de… Et beau­coup d’hommes, que règne dans leur slip, le vide, l’ab­sence, un courant d’air… Ah, quelle émotion ! »

GrandChelem n°23, mai‐août 2011 :

Dossier « Paris forever »

Un vrai coach, c’est quel­qu’un qui donne plus qu’il ne reçoit ?

« Oui, on est là pour donner, sinon on ne ferait pas ce métier. Donner, donner et encore donner. Mais aussi guider un peu. Après, faire un boulot qui te plaît, cela n’a pas de prix. Mon père a été artisan pendant 45 ans. Moi, ce que je fais, c’est de la rigo­lade ! Il faut prendre conscience de la chance que l’on a. Mes certi­tudes, aujourd’hui, sur mon parcours, elles sont simples : j’adore partir d’une feuille blanche. C’est le processus en lui‐même qui me plaît. J’adore entraîner, c’est clair. »

GrandChelem n°30, septembre‐octobre 2012 :

Dossier « Dans l’œil du cyclone »

Au tennis, cela veut dire quoi « avoir un bon œil » ?

« Je suppose qu’il vaut mieux avoir 10 sur 10… 1 sur 10, tu ne joues pas au tennis (rires) ! Pour moi, c’est un organe. A moins que l’on consi­dère qu’a­voir un mauvais œil porte… la poisse. Y voit‐on plus clair ? Pas sûr. Que peut faire l’œil seul sans cannes pour courir ou sans vitesse de bras ? Il est, pour moi, complé­ment des autres organes permet­tant de lancer la balle. »

GrandChelem n°31, novembre/décembre 2012 :

Dossier « Road to Roger »

Chez Federer, qu’est‐ce qui t’a toujours le plus impressionné ?

« Sa simpli­cité. Une merveille. Ce joueur‐là est resté intact. Médiatiquement harcelé… les suppor­ters excités… l’hys­térie collec­tive – et j’en passe. Une femme, des fillettes, une partie de tennis, une vie tran­quille, des espaces à lui… Le même qu’à l’ori­gine, je pense. La vérité nue, comme au premier jour. Rare d’être ainsi dans le milieu du tennis. « Authentique » serait aussi un terme appro­prié, ordi­naire dans sa qualité de star, humain sans doute… et son jeu… « Ma Doué ! » comme on dit chez moi. Un jeu de benjamin, où tout coup devient simple et biblique. Ça caresse la balle, ça lifte beau et, en plus, ça place où ça veut, ça va à 10 000 et, surtout, plus encore, c’est… intel­li­gent. Jamais rien vu de si beau. A force de le voir et de le revoir produire son tennis de rêve, il est arrivé à nous faire croire que tout cela est, en défi­ni­tive, d’une simpli­cité enfan­tine, magique, gran­diose. Quel bonheur, quel privi­lège j’ai de voir ce mec‐là sur le circuit presque toute la semaine… »

GrandChelem n°32, février‐mars 2013 :

Hommage « Breizh Spirit »

Sam, ça doit faire plaisir ce deuxième titre du Grand Chelem de Vika, en Australie…

« Évidemment, c’est une grande joie, beau­coup plus intense que la saison passée. Vika a vécu trois semaines diffi­ciles. A l’en­traî­ne­ment, elle ne sentait pas la balle ; physi­que­ment, elle était juste. J’ai dû trouver les mots chaque jour pour la tenir à flots. Sincèrement, on revient de l’enfer. »

Cela te fait quoi de faire la Une de GrandChelem ?

« Je vais l’af­fi­cher dans ma chambre (rires) ! Non, c’est chouette, surtout avec le titre « Breizh Spirit »… ça me va bien. »

GrandChelem n°38, février‐mars 2014 :

Dossier « Coacher n’est pas jouer »

Est‐ce qu’il existe de meilleurs coachs que d’autres ?

« Je consi­dère qu’il n’y a pas de bons coachs. Cela impli­que­rait qu’il y en ait de mauvais. Non, il y a de bons et de moins bons joueurs. A charge au coach de rendre meilleur celui qui l’est moins, ce qui implique des dizaines de para­mètres à harmo­niser. Comme tous les coachs essaient de faire au mieux dans l’in­térêt de leur poulain, je dirais que tous les coachs, à des niveaux de signi­fi­ca­tion diffé­rents, sont excel­lents. Il n’y pas de grands entraî­neurs non plus. La noto­riété dont jouissent certains ne repose pas sur une qualité parti­cu­lière. La diffi­culté, à mon sens, est de réunir plusieurs qualités, le plus souvent discrètes, et de ne jamais céder au triom­pha­lisme en cas de réus­site ponc­tuelle. Car c’est le doute qui permet d’avancer. »

GrandChelem n°42, septembre‐octobre 2014 :

Dossier « Caractères et caractériels »

On dit souvent que le tennis rend fou. Penses‐tu que la structure‐même de ce jeu engendre effec­ti­ve­ment plus de « psycho­pathes » que d’autres disciplines ?

« Oui, le tennis rend fou, fou d’ar­ri­visme, fou dans le compor­te­ment, fou dans l’in­ves­tis­se­ment, parano de la balle jaune… et la plus grande folie, c’est dans la vie quoti­dienne. Variété subtile d’une margi­na­li­sa­tion parti­cu­lière que seuls les tennismen peuvent partager et comprendre. Le plus beau proto­type que je connaisse est un vieux pote. A le voir, c’est un chic garçon, bien élevé, commu­ni­catif, poli, tout bien, quoi… On l’ima­gi­ne­rait tout à fait écouter calme­ment du Vivaldi ou du Beethov’. Derrière ce calme appa­rent, se cache pour­tant une réalité bien diffé­rente, une violence que seul le tennis peut engen­drer. Metallica est son quoti­dien. Vamos, mon pote ! Voilà un raccourci de cette belle, saine et solide amitié et, tout cela, grâce au tennis. Néanmoins, le mot « psycho­pathe » me paraît abusif. Et si c’était les autres qui étaient, eux, trop normaux ? Le tennis engendre de belles et solides amitiés dans cette douce et belle folie… Il faut y faire un distinguo entre sport collectif et indi­vi­duel – notre sport crée des liens étranges, indé­fec­tibles. Ouais, c’est vrai qu’on est tous dingues… de perfection. »

GrandChelem n°47, juillet‐août 2015 :

Dossier « Chip and Charge »

Faut‐il consi­dérer que le slice est désor­mais révolu et qu’il est plus un aveu de faiblesse qu’un coup d’attaque ?

« Il faudrait demander à Roger Federer si le slice est révolu. Je ne pense pas qu’il serait d’ac­cord. Dans tous les cas, il ne l’uti­lise pas mal et pas trop mal, il me semble… Plus récem­ment, pendant Roland Garros, Stanislas Wawrinka a égale­ment eu recours à cette faiblesse évoquée et je trouve qu’au final, il s’en est bien sorti, lui aussi. Pour preuve, il a gagné le tournoi. Pour résumer, le slice est une arme encore d’ac­tua­lité et, ce, quelle que soit la surface. Simplement, certains le maîtrisent mieux que d’autres qui ne l’uti­lisent pas ou ne peuvent, ni ne savent l’utiliser. »

Sam Sumyk et nous

Juste avant que l’Open d’Australie ne commence, nous avons encore une fois solli­cité notre parrain, afin de lui poser trois ques­tions qui résument sa rela­tion avec GrandChelem.

Te rappelles‐tu de cette inter­view mythique, la première, à Roland Garros, en juin 2006 ?

« Tu fais appel à mes souve­nirs qui ne sont… que des souve­nirs… Je ne suis pas spécia­le­ment passéiste et le passé appar­tient au passé. Interview mythique, dis‐tu, en 2006 ? Interview sympa­thique, certes, à Roland Garros qui plus est… Le début d’une belle histoire qui perdure encore aujourd’hui. Je réponds toujours à tes solli­ci­ta­tions… c’est du patri­moine, tout ça ! »

Te rappelles‐tu de la Une du numéro 32 de GrandChelem ? Te rappelles‐tu de ce moment où l’on t’avait contacté pour un scoop et où cela te gonflait ?

« Me rappeler de la Une de GrandChelem 32, là, tu m’en demandes beau­coup (rires). Je ne me souviens pas non plus du moment où tu m’as contacté pour un scoop… Au fait, c’était quoi, le scoop (rires) ? Par contre, je te confirme que cela me gonflait sûre­ment… Exactement comme aujourd’hui. Je n’aime pas parti­cu­liè­re­ment l’exer­cice de l’in­ter­view. Je t’ac­corde que j’ai une rela­tion toute parti­cu­lière avec GrandChelem, mais je n’ac­corde peu ou pas d’in­ter­views à d’autres médias. »

Te rappelles‐tu d’avoir lu GrandChelem ?

« Tu me demandes encore si j’ai lu GrandChelem ? Mais je les lis tous, comme je dévore toute la presse liée à notre sport. Mais je garde une tendresse parti­cu­lière pour Big Chelem (sourire). Il est agréable, bien fait, inté­res­sant, solide et tech­nique. Et puis, il y a le summum, les inter­views des menhirs. »

GrandChelem n°50, le numéro anni­ver­saire en télé­char­ge­ment gratuit

Retrouvez gratui­te­ment et en inté­gra­lité le numéro 50 « Dix ans de passion », le numéro anni­ver­saire de notre maga­zine GrandChelem… Bonne lecture !

A propos de l’auteur

Loïc Revol

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.