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Andy vs Andy : pour la gloire ou l’histoire

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Andy Murray affronte Andy Roddick en demi‐finale de Wimbledon. Petit tour d’ho­rizon des forces en présence.

Andy Murray y est. Une petite marche à fran­chir avant de se retrouver en finale de son tournoi de Wimbledon. Une grosse marche à sauter avant de remporter son premier tournoi du Grand Chelem. Pour l’empêcher de parvenir à ses fins et déce­voir une nation entière, c’est un ami de Roger Federer qui se dresse sur sa route : Andy Roddick. Cette demi‐finale, ce duel des Andy promet d’être explosif. D’un côté, le meilleur service du circuit. De l’autre, le meilleur relan­ceur. D’un côté, un ex‐numéro un mondial. De l’autre, un futur numéro un mondial.
Au palmarès, la lutte est inégale. C’est évidem­ment Andy, l’Américain, qui domine son cadet. 27 titres, 4 finales du Grand Chelem, dont une victoire à l’US Open : l’âge a ses avan­tages. En face, Andy, l’Ecossais, de quatre ans plus jeune, n’a que 12 babioles dans sa salle aux trophées, ainsi qu’une finale en Grand Chelem. 

Roddick, aussi bon au même âge

On aurait envie de dire que Murray est un surdoué, que Roddick, au même âge, était loin d’avoir ce palmarès ou de drainer autant d’es­poirs. Aussi surpre­nant que cela puisse être, ces allé­ga­tions sont fausses. On a tendance à l’ou­blier mais, à 22 ans, Andy Roddick avait remporté 15 titres, 3 Master Series, 1 US Open, tout en étant numéro un mondial 13 semaines durant. Et il servait déjà aussi bien, l’année 2004 le voyant battre des records de vitesse : 241, 246, puis 249 km/h.

Murray et l’ère nadalo‐federienne

Une diffé­rence, cepen­dant, et c’est aussi ce qui rend la progres­sion d’Andy Murray aussi impres­sion­nante : le contexte. Andy Roddick, en 2004, était le dernier numéro un mondial avant l’ère Federer. L’avaient précédé : Juan Carlos Ferrero, Marat Safin, Andre Agassi, Lleyton Hewitt ou Gustavo Kuerten. Si les noms sont ronflants, on sait que Ferrero, Safin ou Kuerten n’ont pas eu la carrière qu’ils auraient pu avoir. Andy Murray, lui, profes­sionnel depuis 2005, a fait son trou entre deux géants du tennis mondial, deux joueurs qui marque­ront l’Histoire, deux joueurs records : Roger Federer et Rafael Nadal. Voilà qui donne un aperçu de la qualité du gamin. Ses statis­tiques contre ses deux aînés égale­ment : Murray mène 6–2 contre Federer et tient Nadal en échec depuis l’US Open, 2–2.

Un joueur contre une nation

Andy Roddick contre Andy Murray, c’est un duel de géné­ra­tions, les années 2000 contre les années 2005. C’est une oppo­si­tion de style, entre un joueur qui a servi 136 aces depuis le début du tournoi et un joueur qui est en tête de tous les clas­se­ments en matière de retour : il est celui qui gagne le plus de points derrière la première balle adverse, derrière la seconde balle, celui qui convertit le plus souvent ses balles de break et celui qui réalise le plus de breaks. Mais c’est aussi la lutte d’un Texan en quête d’une troi­sième finale à Wimbledon et d’un Britannique, en quête d’un premier titre depuis 1936. Demain soir, Andy Murray ne sera pas tout seul sur le court. 15 000 Anglais, Gallois, Ecossais ou Nord‐Irlandais seront derrière lui pour voir le premier Britannique en finale de Wimbledon depuis 1938 et Henry Austin. Pour voir, peut‐être, le premier des leurs à s’im­poser en Brittania depuis Fred Perry, en 1936.

L’éternelle ques­tion de la pression

Le match de Murray contre Wawrinka avait rassemblé 12,6 millions de spec­ta­teurs sur BBC1. Cette ardeur, cette chaleur, cette folie qui suit les pas de l’Ecossais peut‐elle le désta­bi­liser ? C’est une ques­tion qui revient à chaque match. Son début de tournoi était poussif, malgré des victoires rela­ti­ve­ment faciles. Son huitième de finale était limite et lui‐même doit encore se demander comment il est parvenu à gagner. Son quart était enfin convain­cant, mais son entame très nerveuse. La ques­tion de la pres­sion est récur­rente car il semble bien qu’en terme de qualité tech­nique et de jeu pur, l’Ecossais soit au‐dessus. Le numéro trois mondial mène d’ailleurs assez large­ment dans ses confron­ta­tions avec Andy Roddick : il l’a vaincu 6 fois, ne perdant qu’à 2 reprises. Par ailleurs, la qualité de relance de Murray laisse assez opti­miste quant à sa faculté de breaker le service de l’Américain. D’autant plus que le natif de Dunblane sert égale­ment très bien. Auteur de 73 aces depuis le début de la quin­zaine, son pour­cen­tage de points gagnés derrière sa première balle est supé­rieur à celui du Texan. En revanche, c’est en deuxième que le bâs blesse un peu. Mais Ferrero lui‐même le disait à l’issue de son quart : « Il sert extrê­me­ment bien. »
Murray favori ? C’est probable. Mais il ne faut pas occulter la qualité du jeu que son adver­saire déve­loppe sur gazon. Sur cette surface, tous les espoirs sont permis. L’Américain a remporté 83% des matches qu’il a disputé sur herbe, y accu­mu­lant 4 titres. En face, Andy Murray n’a pas la même expérience.

Difficile de prévoir ce qu’il se passera, demain, sur le Court Central. A vous, spec­ta­teurs, amateurs et suppor­ters, de choisir votre camp : expé­rience ? jeunesse ? service ? retour ? puis­sance ? finesse ? De quoi alimenter de belles discus­sions sur WLT…

A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.