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Bartoli‐Lisicki : mystère, mystère…

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C’est le grand jour ! Marion Bartoli va disputer la deuxième finale de Grand Chelem de sa carrière ! Une nouvelle occa­sion après 2007 d’ins­crire son nom au palmarès d’un tournoi majeur. Face à une adver­saire, Sabine Lisicki, qui fait, sans aucune doute, partie des plus grandes spécia­listes de la surface. Un grand moment.

Marion Bartoli, en confé­rence de presse : « Nous frap­pons toutes les deux la balle plutôt fort, plutôt à plat. Sabine, elle, sert sans aucun doute plus fort que moi, surtout en première balle. Elle prend aussi peut‐être la balle plus tôt. Mais nous avons un peu le même style, à jouer très à plat du fond de court en essayant de frapper des points gagnants. Nous sommes simi­laire de cette façon. »

Sabine Lisicki, en confé­rence de presse : « Elle joue un tennis agressif, ça va donc être un match tota­le­ment diffé­rence de ma demi‐finale. Mais j’ai relevé beau­coup de chal­lenges diffé­rents dans ma route pour la finale, avec des joueuses agres­sifs, d’autres très solides, d’autres qui se dépla­çaient très bien. C’en sera un autre aujourd’hui ! Je veux juste entrer sur le court pour gagner la rencontre. Être meilleure que mon adver­saire. »

LE HEAD‐TO‐HEAD, ICI.

Indécise : voilà bien l’ad­jectif qui carac­té­rise le mieux la finale dames de l’édi­tion 2013 de Wimbledon. Nul n’at­ten­dait ces deux joueuses en lutte pour le titre. Certes, Marion Bartoli avait déjà goûté à cet insigne honneur en 2007, certes, le gazon convient bien à son jeu, mais elle semblait telle­ment perdue depuis quelques mois, qu’il fallait être mara­bout chan­ceux pour l’en­vi­sager à ce stade de la compé­ti­tion. Quant à Sabine, même si l’on sait qu’elle renaît, chaque année, sur cette herbe qui lui fait couler son char­mant petit nez malheu­reu­se­ment aller­gique, elle n’était qu’out­sider, préten­dante à la deuxième semaine. Qu’elle batte succes­si­ve­ment Schiavone, Vesnina, Stosur, Serena, Kanepi et Radwanska… alors qu’elle n’avait pas gagné plus de deux matches d’af­filée depuis le mois de février… 

Ce listing de noms assez impres­sion­nant, son tableau de chasse dans ce tournoi 2013, c’est juste­ment son avan­tage sur Marion Bartoli à l’heure de l’af­fronter en finale. Sabine, « Boom Boom Bina » pour les intimes, surfe sur une dyna­mique et une confiance assez excep­tion­nelles. Elle s’est offerte les scalps de la tenante du titre et de la fina­liste sortante, quand Marion, elle, faisait face à son plus grand défi en quarts : Sloane Stephens, 17ème joueuse mondiale. Lisicki a donc pu régler la mire tout au long de ce tournoi face à des adver­saire expé­ri­men­tées, parmi les meilleures au monde, quand Bartoli, elle, surpre­nait avant tout par sa capa­cité à gagner des matches, une capa­cité qu’elle semblait avoir perdue depuis plusieurs semaines. Aucun d’entre nous n’au­rait été surpris de la voir gagner contre Svitolina, McHale, Giorgi, Knapp, Stephens et Flipkens il y a un an de cela. L’adversité, c’est le terreau des cham­pionnes, celui des grandes histoires. Clairement, Lisicki y a planté un peu plus ses racines.

L’adversité pour Lisicki, la fraî­cheur pour Bartoli ?

Mais, para­doxa­le­ment, c’est aussi l’un des points d’in­cer­ti­tude : Marion n’a pas eu à puiser dans ses réserves au cours de cette quin­zaine. Mieux, elle a vécu un entraî­ne­ment de luxe en demi‐finale, contre la 20ème joueuse mondiale, qui, dimi­nuée, s’est trouvée tota­le­ment surclassée. Sabine, elle, a peut‐être laissé un chouïa d’énergie, une once de moti­va­tion, l’ombre d’une volonté lors de ses succès en trois manches sur Serena Williams, 6–2 1–6 6–4, et Agnieszka Radwanska, 6–4 2–6 9–7. Le bonheur affi­chée par l’Allemande en ces deux occa­sions peut s’avérer piégeur à l’heure de s’at­ta­quer à cette ultime étape : une étape qui, réussie ou non, restera pour elle une immense perfor­mance. Bartoli, elle, ne devrait pas souf­frir de ce mal : même si elle semble avoir vécu avec une joie intense sa quali­fi­ca­tion jeudi, elle possède l’ex­pé­rience d’un dernier rendez‐vous en Grand Chelem. En 2007, elle s’était inclinée face à Venus Williams 6–4 6–1. Marion voit poindre à nouveau une chance, SA chance : elle ne peut pas se permettre de la laisser passer, car elle sait ce que c’est que de manquer une telle opportunité.

Un nouveau point de ressem­blance entre les deux joueuses ? A une autre échelle, celle de la vie, Sabine Lisicki connaît, elle aussi, cette impres­sion d’avoir peut‐être tout perdu. Blessée à la cheville en 2010, elle a dû quasi­ment repartir de zéro, voyant le spectre d’une retraite préma­turée se profiler à l’ho­rizon. Aujourd’hui, elle ne vit plus de rêves éveillés, mais s’est éveillée aux rêves qu’elle concré­tise – c’est toute la diffé­rence. Ce qui n’est pas sans rappeler ces mots de Marion Bartoli, hier, au micro de Canal+ : « Quand on comprend que le tennis n’est qu’une toute petite partie de la vie, on rela­ti­viser bien plus ce qu’il peut arriver sur un terrain. » Ajoutez à ces manières d’ap­pré­hender l’his­toire qu’elles sont en train de vivre un style de jeu aux mêmes fonda­men­taux : gros coup droit à plat, grosse présence en fond de court, grosse volonté et mental à tout épreuve – le service mettant un peu plus l’Allemande à l’hon­neur… Vous obtenez un cock­tail à la recette bien mysté­rieuse et au gout tout aussi diffi­cile à définir. Mais qui va l’emporter ? Qui ?

Une finale de Grand Chelem se joue aussi dans la tête. Nous n’avons pas les idées bien claires à l’heure d’ima­giner le nom de la vain­queur. Mais cette dernière, elle, c’est une certi­tude, les aura eues un peu plus que son adver­saire aujourd’hui.

A partir de 15h00 heure fran­çaise.

Cote pour la victoire de Sabine Lisicki : 1,32 ; pour la victoire de Marion Bartoli : 2,60.

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A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.