Ah, les tournois du Grand Chelem, leur faste, leurs facilités… Ces tournois qui sont comme des Rolls‐Royce pour les joueurs de tennis, où tout est pris en charge, où tous sont aux petits soins, où on gagne de l’argent… Malheureusement, ces lieux communs ne résistent pas à la réalité des qualifications. Oui, car les qualifications font partie intégrante d’un tournoi du Grand Chelem. Un « pré‐tournoi », avant le « grand » tournoi. Un « pré‐tournoi », qui rassemble quand même… 256 joueurs et joueuses. Et, manifestement, tous les tournois du Grand Chelem ne traitent pas ces qualifications de la même manière…
C’est ce qu’a pu constater Frank Dancevic. Le Canadien, 106ème joueur mondial, surfe actuellement sur une belle dynamique : oui, il vient de remporter le Challenger de Kosice, un 35 000 sur terre battue, qui se déroule en Slovaquie. Vainqueur du titre samedi dernier, Frank a filé, dans la foulée, du côté de Wimbledon. Ou, plus précisément, de Roehampton, où le National Tennis Center de la fédération britannique accueille les qualifications. Dans le viseur ? Trois matches, lundi, mardi et ce jeudi, avec, il l’espère, une victoire à chaque fois, pour se qualifier pour le tableau final d’un des plus grands tournois du circuit. Et avec des espoirs, car, si Dancevic n’a plus eu de bons résultats sur gazon depuis quelques temps, il avait atteint tout de même une finale à Eastbourne et une demi‐finale à Newport, par le passé.
Mais tout ne s’est pas déroulé comme il l’avait prévu… La victoire a été au rendez‐vous, certes. Un premier tour gagné 7–5 4–6 6–3 face à Victor Crivoi. Un deuxième remporté 6–7(4) 7–6(4) 6–2 contre Marius Copil. Et c’est là, après ce deuxième tour, que Dancevic a découvert la face cachée de ce tournoi de Wimbledon. Avec, à la clef, un gros, gros coup de gueule du Canadien contre l’organisation du tournoi et le mépris qu’elle réserve aux joueurs engagés dans ses qualifications. « Mépris », tout du moins l’a‐t‐il vécu ainsi. Une chose est sûre : il y a un énorme fossé entre l’image de Wimbledon et la réalité de ses qualifs. Est‐ce surprenant ? Un peu, forcément, venant d’un tournoi comme le Grand Chelem londonien.
Voici le témoignage de Frank Dancevic, qui a posté le récit de sa soirée chaotique de mardi sur Facebook.
Frank Dancevic dispute ce jeudi son troisième tour des qualifications de Wimbledon, contre Jimmy Wang.
« Je dois dire que je suis extrêmement déçu du service aux joueurs aux qualifications de Wimbledon, cette année. Etant donné qu’il s’agit du plus grand tournoi du monde, on pourrait s’attendre à ce que les joueurs se sentent les bienvenus et soient à l’aise sur le site. Laissez‐moi vous raconter mon expérience de mardi soir.
J’ai joué mon match du deuxième tour des qualifications à partir de 18h00. Je m’en suis sorti 6–7(4) 7–6(4) 6–2 (victoire sur Marius Copil). Le match a duré près de 2h30. Vu que je n’étais arrivé que samedi, sortant de ma saison sur terre battue (NDLR : il a gagné le Challenger de Kosice la semaine dernière), et que le dernier tour des qualifications, sur gazon, est programmé le jeudi (NDLR : soit cinq jours plus tard) et qu’il se joue au meilleur des cinq sets, je devais faire très vite, tout très vite, et travailler ma récupération‐nutrition le plus vite possible. Mon plan d’attaque était de prendre mes boissons de récupération, m’étirer, faire un bain de glace, d’aller au massage et d’aller dîner. Je devais vraiment faire le plus vite possible pour me reposer. Voilà comment ça s’est réellement passé…
A 20h45, je sors de la douche. Je vais au restaurant des joueurs. Il ferme à 21h00. Donc je n’ai pas le choix : je dois prendre mon sac de tennis, un « doggy‐bag » et manger au Player’s Lounge. Pas de problèmes. Au menu ? Du Thaï ou des pâtes et de la sauce à la viande. Pas un repas idéal pour un après‐match, mais okay, va pour un bol de pâtes et de la sauce à la viande.
Ensuite, je me précipite chez le kiné en espérant qu’il soit encore dans le coin pour m’étirer. Je vois qu’il y a une file d’attente et quelques gars devant moi, pas de problèmes… J’attends 15 minutes et me fait une bonne séance avec le kiné.
Place au bain de glace. Le kiné me dit : « Désolé, Frank, il n’y a pas de bain de glace sur le site. Les joueurs utilisent une poubelle qu’ils remplissent avec de l’eau et de la glace. » Ahah… QUOI ?… « Mais, malheureusement, le staff est déjà parti et il n’y a plus de glace. » Vous êtes sérieux ? Une fédération multi‐millionnaire avec tant de telles installations qui n’a pas de bains de glace pour les joueurs… Okay. Pas de problèmes.
Prochaine étape : le massage. Je vois une file de joueurs qui ont fini avant moi et qui attendent. Je demande au thérapeute le temps d’attente. Il me dit qu’il n’est pas sûr, mais que ce sera au minimum une heure. Et là, voici un autre gros problème : il n’y a que deux masseurs pour 128 joueurs. Vous êtes sérieux, les gars ? On est aussi des joueurs de Wimbledon ! Ajoutez deux thérapeutes de plus et tout le monde a fini à 20h30. C’est injuste pour tout le monde.
Okay. Pas de problèmes, je dois attendre pour mon massage parce que j’ai un match en cinq manches qui m’attend au troisième tour. Alors que je suis allongé sur la table à attendre ce massage, mon coach arrive en courant, paniqué. « Pu****, les voitures officielles ne veulent pas nous attendre. La deadline est à 22h00, les chauffeurs veulent s’en aller. » QUOI ? Ahah. Je dis à mon coach d’y retourner et de discuter avec eux pour qu’un d’entre eux nous attende juste une trentaine de minutes. Il y va, et revient me voir : « Non, ils ne veulent pas attendre. » La direction des chauffeurs lui a dit : les avions n’attendent pas leurs passagers ; pourquoi devrait‐on vous attendre, nous ?
On lui a également expliqué qu’il était riche et qu’il pouvait appeler un taxi. AHAHAH… A ce moment‐là, je n’en crois pas mes yeux. Il est 22h00, il y a encore deux joueurs avant moi qui sont en train de se faire masser. Tout va bien, quoi. L’un de ces deux gars entend mon coach et court aux voitures pour en avoir une. Je redis à mon coach d’aller voir les chauffeurs pour les prier de me garder une voiture, vu que je passe un peu plus tôt que prévu au massage. Je finis à 22h35. Je réalise que j’ai laissé mon sac au Player’s Lounge. J’y vais, j’essaie d’ouvrir la porte. C’est fermé. MAIS VOUS ÊTES SERIEUX ? Je ne peux pas récupérer mon sac, il n’y a plus personne du staff sur le site, la voiture ne m’a pas attendu. Tout le monde est parti.
Et me voici, maintenant, à 22h45, à attendre avec un autre joueur dans la même situation. Pas de sac, pas de voiture. A ce moment précis, j’ai juste envie de me poser. Après avoir marché tout autour du centre, j’ai fini par trouver un gars de la sécurité. Il était adorable. Il m’a ouvert le Lounge, où j’ai pu récupérer mon sac, prendre mon téléphone et appeler un taxi. Nous avons finalement quitté le site à 23h00. Triste de voir que ça se passe comme ça dans le tournoi le plus prestigieux du monde ! »
La raquette de Djokovic un vrai compromis de polyvalence et puissance
Publié le jeudi 19 juin 2014 à 17:41



