Toujours difficile d’analyser le tirage au sort d’un tournoi du Grand Chelem et le tableau qui en découle. Néanmoins, difficile également d’y couper. Il faut dire que, de tout temps, l’Homme fait appel aux augures à l’aube d’un événement important. Alors lançons‐nous dans l’interprétation… Qu’impliquent les adversaires et les potentielles affiches à venir pour ce Wimbledon 2013 ? Petit condensé sur les têtes couronnées.
« Un boulevard jusqu’en finale » pour Djokovic, un « tableau impossible » pour Rafael Nadal – et, par extension, pour Roger Federer, pour Jo‐Wilfried Tsonga, pour Andy Murray, pour les 60 autres malheureux d’une moitié propice à vous voir terminer dans un fauteuil roulant tellement elle paraît exigeante. Tels étaient les sons de cloche retentissant aux pignons de la campagne anglaise, ce matin, à l’issue du tirage. Mais non, mais non, voyons !
Certes, le numéro un mondial semble être l’un des hommes les plus épargnés du Big Four. Néanmoins, il devra se méfier : débuter un tournoi aussi important en affrontant Florian Mayer, ce n’est pas un cadeau. Oui, Djokovic n’a jamais laissé un set en route face à Mayer en trois confrontations. Oui, il l’a battu 6–4 6–1 6–4 en quarts de finale de cette même épreuve, l’année dernière. Mais un Mayer amoureux du gazon au premier tour, ce n’est pas la même chose… Il faudra être rôdé d’emblée et éviter les pollutions coupables d’un moteur diesel. Si on voit mal Djoko buter au deuxième tour contre Steve Johnson ou Bobby Reynolds, il devra rester prudent contre Jérémy Chardy au troisième. Bon, il avait aussi battu Chardy à Wimb’, en 2011, 6–4 6–1 6–1… En huitièmes de finale, les choses (très) sérieuses pourraient commencer, avec un possible choc face à Tommy Haas. Nul besoin de rappeler que Tommy avait battu Djoko il y a quelques semaines, à Miami.Que Djoko a depuis pris sa revanche en quarts, à Roland. Que Tommy est un adepte du gazon et qu’il avait atteint les demi‐finales dans le Grand Chelem londonien en 2009. Enfin, mettons que Nole passe encore cet obstacle et il pourrait jouer contre Tomas Berdych ou Richard Gasquet en quarts. Berdych, ex‐finaliste ici‐même, qui a battu Djokovic à Rome, en mai. Gasquet, un autre aficionado de la surface… Evidemment, tomber potentiellement sur David Ferrer en demi‐finale de Wimbledon pourrait être considéré comme un cadeau. Mais la moitié de Novak est loin d’être aussi facile qu’elle ne le paraît.
Ce même Ferrer est peut‐être le plus heureux des membres du top 4. Alors, évidemment, quand on parle de Ferrer, on n’imagine pas un de ces garçons qui boufferait du vert et tondrait des pelouses à longueur de journée. Néanmoins, l’Espagnol a remporté deux titres sur gazon et atteint les quarts au All England Club l’an passé. Ses deux premiers tours devraient être des formalités, son troisième potentiel contre Alexandr Dolgopolov, loin de sa forme optimale, également. Attention à Milos Raonic et Philipp Kohlschreiber en huitièmes. Encore que… Milos n’a montré que de très faibles affinités avec le gazon jusqu’à présent. Oui, ce n’est pas parce que vous êtes un grand échalas au service monstrueux que vous aimez particulièrement l’herbe – Janowicz peut en témoigner, il en a horreur, comme il l’affirmait dernièrement : « Je n’aime pas jouer sur gazon. Le gazon rend les joueurs de tennis presque tous égaux, il nivelle les différences entre eux. » Kohlschreiber, quart de finaliste l’année dernière, serait un beau client. Mais il n’a pas vraiment perfé lors de cette saison sur gazon. Enfin, en quarts, David Ferrer pourrait retrouver Kei Nishikori, Andreas Seppi, Juan Martin Del Potro… ou Grigor Dimitrov. Il est peut‐être là, d’ailleurs, son plus sérieux client. Pour Dimitrov, ce tournoi se présente bien pour être – enfin ! – celui de l’explosion ! Même si un Del Potro ne doit jamais être pris à la légère. Ferrer‐Dimitrov pour une place en demi‐finale, ce serait alléchant, non ?
Ferrer épargné, mais Federer aussi… jusqu’en quart
Alléchant, comme l’inévitable Fedal qui se profile dès les quarts de finale dans l’autre moitié du tableau. Rafa tête de série numéro cinq, il fallait forcément qu’un gros récupère le missile en pleine face. Pas de bol pour Roger, c’est bien lui et c’est un très vilain cadeau qu’offre Wimbledon à son septuple vainqueur. Federer aurait lassé les dieux ? Encore faut‐il que les deux se hissent jusqu’aux quarts. Pas forcément facile pour Nadal, qui, après Darcis et Kubot ou Andreev, pourrait jouer contre Benoît Paire, avant d’envisager un huitième face à John Isner, Stanislas Wawrinka… voire Lleyton Hewitt. On y croit. L’opposition semble de qualité, même si l’on ne voit pas Nadal se vautrer en route, comme il avait pu le faire en 2012, débordé par un Lukas Rosol en feu. Aujourd’hui, il est prévenu… Pour Roger Federer, les quarts peuvent être envisagés sans mal : Victor Hanescu pour commencer, Stakhovsky ou Dutra‐Silva pour suivre ; ce même Rosol ou Fognini au troisième tour ? Pas tellement effrayant. Avant un huitième contre Nicolas Almagro, qui n’a jamais atteint ce stade à Wimb’, Jerzy Janowicz, qui est loin d’être un fana du gazon, comme on l’a déjà dit, voire Radek Stepanek, qui n’a plus pris le moindre set à Roger depuis huit rencontres. S’il n’y avait ce Nadal‐là en quart, le tableau du Suisse jusqu’à ce stade s’imposerait comme étant le plus simple. Mais voilà… Pour la première fois depuis l’inégalable finale de Wimbledon 2008, les deux rivaux pourraient croiser le fer sur herbe, surface fétiche du Suisse. Autant sur terre, il n’y aurait pas combat. Autant ici, l’issue nous paraît indécise. L’avantage de la dynamique se manifeste en faveur de Nadal, mais Federer, chez lui, là où il a vécu ses plus grandes émotions, pourrait bien aborder cette rencontre comme il s’était attaqué à Novak Djokovic à Roland 2011. Enfin, après la montagne Rafa, il resterait encore deux cols hors‐catégorie à gravir…
Car Andy Murray squatte le bas du tableau. Et les Britanniques peuvent tordre du nez, eux qui espéraient voir leur poulain succéder enfin à Fred Perry sur le gazon londonien. S’il y parvient, Murray pourrait se targuer d’un parcours exceptionnel… Dans le pire des cas, il devrait enchaîner : Benjamin Becker, Yen Hsun‐Lu, Nicolas Mahut, Mikhail Youzhny, Jo‐Wilfried Tsonga, Roger Federer ou Rafael Nadal, puis Novak Djokovic… Trois spécialistes pour débuter – en forme pour deux d’entre eux. Un quart de finaliste de l’édition 2012 ensuite. Puis un demi‐finaliste. Et un tenant du titre… ou un ex‐vainqueur. Que du bon ! Evidemment, on n’imagine pas qu’Andy chute avant les quarts, mais il lui faudra éviter de s’embringuer dans des matches compliqués, qui pourraient l’être encore plus si la météo s’en mêle. Malheureusement, si ces perspectives ne semblent pas forcément réjouissantes pour l’Ecossais, elles apparaissent carrément terrifiantes pour notre Jo national. Ce dernier débutera lundi face à David Goffin. Avant de poursuivre contre Ernests Gulbis. D’enchaîner avec Julien Benneteau ou Xavier Malisse. Se farcir Marin Cilic, huitième de finaliste l’année dernière, vainqueur du Queen’s en 2012 et finaliste perdant en 2013… Avant de s’attaquer à Murray en quarts. Bref, dans cette moitié de tableau, il faudra être fort. Très fort.
Mais c’est évidemment le cas pour tous les joueurs, comme à chaque tournoi du Grand Chelem. Les prévisions sont souvent contredites… Les coupeurs de tête annoncés perdent eux‐même la tête, les cadors ratent leurs rendez‐vous – rappelez‐vous Berdych en 2012 – et voici ce fameux tableau complètement ouvert. Imprévisible. Alors attendons lundi… let’s see !
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Publié le vendredi 21 juin 2013 à 14:31



