On y est ! A la Rédaction, c’est le match qui retient notre attention depuis 48 heures : Jo‐Wilfried Tsonga‐Novak Djokovic. Deux raisons : un Français en mesure d’aller en finale d’un tournoi du Grand Chelem, ça se savoure ; en cas d’exploit monstrueux et de titre final, GrandChelem/Welovetennis devra, bien évidemment, se mettre en quatre de quelque manière que ce soit pour saluer la performance. Quitte à être impartiaux !
« Ahurissant », « crazy », « follement heureux », « un rêve ». Une victoire aux superlatifs : celle de Jo‐Wilfried Tsonga sur Roger Federer. Aux superlatifs mérités et presque insuffisants, certes. Mais ces superlatifs, à l’aube d’un affrontement décisif – ils le sont tous, à ce stade de la compétition – contre Novak Djokovic, c’est la première des craintes et de nos interrogations : comment notre Jo national aura‐t‐il récupéré de cette incroyable montée d’adrénaline ?
Une performance victorieuse, c’est bien. Mais, le tennis est ainsi fait : la performance qui compte, c’est toujours la suivante et celle qui vous mène une marche plus haut. Jusqu’à trôner, vainqueur, sur la première d’entre elles. Trop souvent, on a vu des joueurs s’écrouler après l’émotion d’une victoire surprise, encaissant trois sets secs au tour d’après. Côté Français, les exemples sont récents : Tsonga, lui‐même, à l’Open d’Australie 2010, vainqueur en cinq sets du sieur Djokovic, qui prend deux, trois et deux, en demie, contre Maître Roger. Mais c’est aussi Monfils, à Roland, ou Richard, ici‐même, à Wimbly. La « zone », qui vous permet d’atteindre un degré de concentration et une réussite maximum nécessaires aux plus grandes performances, peut voir sa bulle brisée par un trop d’émotion, par un trop de passion. Le contre coup est d’autant plus terrible.
Plus de « crazy » qui vaille
« Oublier Federer », c’est « la bonne attitude », selon Guy Forget. On est d’accord, le quart est à mettre au placard. Place à cette demi‐finale, face à un Serbe à l’incroyable saison, mais qu’on sent fragilisé depuis Roland Garros et parfois à la peine sur une surface qu’il semble peu priser. Objectivement, Jo‐Wilfried Tsonga n’a aucune raison de se présenter sur le court, tout à l’heure, en victime expiatoire, ni même de placer une victoire sur Mister Djokovic au panthéon de ses exploits passés. Plusieurs raisons : Jo « kiffe » le gazon – finaliste au Queen’s, vainqueur de Rafael Nadal, tout juste vaincu par Andy Murray et désormais bourreau d’un des plus grands spécialistes, un certain Suisse himself ; Djokovic est, parmi les membres du big four, celui qui lui réussit le plus – Tsonga mène 5–2 dans leurs confrontations directes, confrontations sur dur. Sur herbe, pourquoi n’aurait-il pas l’avantage ?
« Oublier Federer »
Novak Djokovic n’est pas dupe : « Faut que je bosse sur mon jeu. J’espère que je serai meilleur vendredi, car j’ai vu les derniers jeux de Tsonga. Il a vraiment bien servi et n’a pas cédé sous la pression. Je m’attends à un match très serré. » Evidemment, lui, comme nous, ne ferons pas l’erreur de sacrer Jo Tsonga favori. Quand on s’appelle Novak Djokovic, on sait gérer ce type de rendez‐vous et, généralement, hausser son niveau de jeu tant dans les moments clefs du tournoi, que dans ceux d’une rencontre. A meilleurs niveaux égaux, le Serbe aurait l’avantage, plus constant, plus complet. Le Français relativise, d’ailleurs, sa potentielle supériorité sur gazon : « Le gazon est peut‐être la moins bonne surface de Novak, mais s’il gagne Wimbledon dimanche, on dira que c’est un spécialiste. » Un spécialiste qui deviendrait THE spécialiste, world number one, en cas de victoire. On a vu pire carotte…
Néanmoins, si Jo est parvenu à rester dans sa bulle, après sa victoire sur Roger Federer, et parvient, malgré l’adrénaline et l’influx dépensés, à jouer au même niveau que cette dernière semaine, si Novak, de son côté, pratique le même tennis qu’en quarts… Bien sûr, il faudra bien servir, limiter les fautes et user intelligemment du « revers crapuleux ». Bien sûr, mais dans ces conditions : why not ?
Jo en a fait la promesse : « J’aimerais changer les choses, contre Djokovic, j’ai toujours un petit truc en travers de la gorge depuis 2008. Je l’ai battu plusieurs fois, c’est vrai, mais j’aimerais le faire dans un vrai grand moment… Quand je vais entrer sur le court, je serai un mort de faim. » C’est tout ce qu’on lui souhaite, pour son plaisir et celui de nos yeux !
Publié le vendredi 1 juillet 2011 à 12:01



