Henin : « Avec Amélie, nous en étions arri­vées à ne plus nous dire bonjour »

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Alors que l’une repart au charbon, l’autre range défi­ni­ti­ve­ment ses raquettes. Justine Henin et Amélie Mauresmo se sont côtoyées au sommet du tennis féminin pendant plusieurs saisons, attei­gnant toutes deux la place de numéro 1 mondiale et s’af­fron­tant par 7 fois en finale, dont 4 dans des évène­ments majeurs (JO d’Athènes 2004, Australian Open 2006, Wimbledon 2006, Masters 2006). La Belge est revenue pour le JDD sur la retraite de l’une de ses plus grandes rivales, avec qui les rela­tions n’ont pas toujours été au beau fixe. C’est malgré tout un certain respect qui semble nourrir les propos de la quadruple vain­queur de Roland Garros. Extraits. 


Avez‐vous été surprise par la déci­sion d’Amélie Mauresmo ?

Non. Depuis deux ou trois ans, tout le monde se deman­dait quand ça allait arriver. Elle a quoi, 30 ans ? J’ai entendu à la radio qu’elle se sentait au bout du chemin. Le dire main­te­nant, ce n’est pas la même chose qu’à 25 ans (l’âge d’Henin lors de l’an­nonce de la fin de sa première carrière). […] Moi, j’ai voulu passer très jeune à autre chose. Pour Amélie, c’est plus logique.

« Amélie avait un côté impré­vi­sible. Je détes­tais l’affronter »

Quels souve­nirs gardez‐vous d’elle ?

Elle était diffé­rente. La plupart des filles jouent toujours au même rythme. Elle, au contraire, appor­tait de la fraî­cheur. C’est pour cela que les gens aimaient la voir jouer. C’est pour cela aussi que je détes­tais l’affronter. J’appréhendais son côté impré­vi­sible. La balle n’arrivait jamais de la même façon, j’avais beau­coup de problèmes pour me régler. C’était éprou­vant nerveu­se­ment, une bataille tactique perma­nente. Son départ, c’est une perte énorme. Ce n’est pas demain qu’on retrou­vera une nouvelle Mauresmo. A titre personnel, elle a été actrice d’une de mes grandes désillu­sions, la finale de Wimbledon 2006, que je pensais avoir en main (ndlr, victoire d’Amélie 2–6, 6–3, 6–4).

« Depuis la finale de l’Open d’Australie 2006, il y a eu une incom­pré­hen­sion qu’on n’a jamais réussi à régler »


Celle de l’Open d’Australie 2006 a aussi été marquante. Votre abandon (à 6–1, 2–0 pour Amélie) a brouillé vos relations.

C’est dommage parce qu’avant, on allait de temps en temps dîner ensemble, on prenait plaisir à partager des entraî­ne­ments. Depuis cette finale, il y a eu une incom­pré­hen­sion qu’on n’a jamais réussi à régler, même si c’est resté respec­tueux. Fin 2006, on s’était même croi­sées en vacances aux Seychelles. A l’évidence, elle a eu du mal à digérer. Moi aussi j’ai eu du mal. Même si j’avais déjà gagné des Grands Chelems, cet Open d’Australie, je ne le voulais pas moins qu’elle. J’avais mis ma santé en péril ce jour‐là. Cela dit, je comprends sa réac­tion, elle n’a pas eu le plaisir de la balle de match. Elle l’a fina­le­ment connu contre moi à Wimbledon et c’était, je crois, une belle déli­vrance pour elle. Quand on y repense, c’est bête. Nous en étions arri­vées à ne plus nous dire bonjour pour des futi­lités. Les filles entre elles, c’est parfois une catastrophe !

Mauresmo assure que la page tennis est refermée, comme vous tout au long de votre
retraite. Pensez‐vous qu’elle s’en tiendra là ?

Oui. Moi, après un bon break, je peux me dire que j’ai encore quelques belles années devant moi. Si Amélie, après avoir pris du temps pour elle, se pose à nouveau des ques­tions par rapport au tennis, elle se dira sans doute qu’il est déjà tard.

9 Juillet 2006. Amélie Mauresmo s’ef­fondre. Elle vient d’ins­crire son nom au palmarès de Wimbledon après avoir battu Justine Henin en finale (2÷6 63 64). C’est le dernier titre du Grand Chelem remporté par une joueuse française. 

A propos de l’auteur

Pauline Dahlem

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.