Numéro un, numéro nain ?

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Ce lundi, Kim Clijsters s’est emparée de la première place mondiale, succé­dant à Caroline Wozniacki… qui est en mesure de la récu­pérer lundi prochain en cas de bons résul­tats à Dubaï. Ce jeu de chaises musi­cales pour­rait consa­crer, enfin, une vraie riva­lité en tête de la hiérar­chie mondiale. Et, pour­tant, aucune des deux ne semble vouloir affi­cher ses ambi­tions ou quelque détermination.

« Je n’en ai rien à faire. » Ce furent les premiers mots de Caroline Wozniacki, après avoir appris la perte de sa première place. Une désin­vol­ture éton­nante, pis, une forme de rési­gna­tion. « Tôt ou tard, ça devait arriver. » Drôle de compor­te­ment pour une cham­pionne. On imagi­ne­rait, quand même, chez une joueuse de tennis, une ambi­tion plus marquée, une volonté plus affermie, l’envie de se battre pour être consa­crée meilleure joueuse du moment… 

Ce phéno­mène n’est pas une singu­la­rité. Kim Clijsters expli­quait, au cours de l’Open GDF SUEZ, que « retrouver [sa] première place n’[était] pas une prio­rité. » De même, chez les hommes, Rafael Nadal affir­mait que « la place de numéro un n’[était] qu’un numéro et non un objectif ». Des discours qui peuvent surprendre, quand on sait que ce clas­se­ment est, pour­tant, le moteur pour nombre de joueurs et un vrai rêve d’enfant pour ceux qui le dédaigne.

Pourquoi un tel désin­térêt ? « Le clas­se­ment a moins d’impact qu’un succès en Grand Chelem », continue Kim Clijsters. Les joueurs préfé­re­raient donc une victoire en Grand Chelem à une place de numéro un ? « Ca me choque, person­nel­le­ment, qu’une joueuse occupe cette place sans même avoir atteint une finale de Grand Chelem dans l’année. » Cet avis de Patrick Mouratoglou illustre bien l’opinion géné­rale et actuelle… La vraie numéro une, le vrai numéro un, c’est celle et celui qui gagnent les majeurs. L’Histoire se conquiert de cette manière. Preuve en est : un Patrick Rafter, une semaine numéro un, mais double vain­queur à l’US Open, conserve plus d’aura qu’un Marcello Rios, numéro un durant un mois et demi, mais seule­ment fina­liste dans un tournoi majeur.

« Le clas­se­ment a moins d’im­pact qu’un succès en Grand Chelem »

Autre raison, pour­tant para­doxale : on fait d’un objectif qui devrait être durable et sacre la longueur, une victoire ponc­tuelle, moins atti­rante dès lors qu’elle a été conquise une première fois. Avoir été consi­déré une fois au moins meilleur joueur du moment, de l’année permet de dire : « C’est fait, passons à autre chose. » Numéro un, dans ces cas‐là, c’est la cerise sur ce gâteau à pâte de Grand Chelem. On ne se bat pas pour l’avoir, mais celui ou celle qui la décroche s’en délecte certai­ne­ment. « Je suis très contente de rede­venir numéro une, c’est incroyable d’avoir réussi ça aussi vite après mon come‐back », recon­naît Kim Clijsters. Pour Caroline Wozniacki , même chose, on passe du chaud au froid : « J’ai atteint un de mes objec­tifs prin­ci­paux, celui d’être numéro une. » Ses objec­tifs suivants, le clas­se­ment comp­tant moins : remporter des Grands Chelems.

Chez les hommes, Novak Djokovic ne l’a jamais été. Son discours le fait sentir : « L’objectif de ma vie, c’est de devenir numéro un mondial et cela restera mon rêve jusqu’à ce que je le réalise. » « Jusqu’à ce [qu’il] le réalise. » Mais après ? Dommage de ne pas en faire un objectif continu, une lutte du long terme – d’autant qu’être numéro un ne découle pas, natu­rel­le­ment, des victoires en Grand Chelem, comme on a pu le voir chez ces dames, Caroline Wozniacki, Jelena Jankovic, Dinara Safina, Amélie Mauresmo et même… Kim Clijsters, quelque année passée. Chez les messieurs, avec Nadal et Federer, la donne est différente. 

« Un rêve, jusqu’à ce que je le réalise »

On peut voir une forme de beauté dans la capa­cité d’un joueur ou d’une joueuse à être en tête de la hiérar­chie mondiale au décompte de ses meilleures perfor­mances lors de l’année écoulée. « Jouer son titre sur un tournoi ou en disputer 50, ça relève d’un choix personnel », explique Sam Sumyk, entraî­neur de Victoria Azarenka. « Valoriser le talent ou valo­riser la capa­cité d’en­ga­ge­ment, un certain physique, ainsi qu’une sérieuse abné­ga­tion, ça me parait éminem­ment respec­table. »

Quoi qu’il en soit, c’est avec des riva­lités que l’on construit des histoires. La viva­cité et l’intérêt du tennis féminin passe par là. Espérons que le duel Clijsters‐Wozniacki, pour le moment passager, pour le moment à distance et par tour­nois inter­posés, accou­chera, à l’avenir, d’une riva­lité durable et de confron­ta­tions régu­lières. Sur le court, au meilleur du tennis.*


*Caroline Wozniacki et Kim Clijsters se sont déjà affron­tées deux fois sur le circuit WTA, en finale de l’US Open et en finale des Masters, pour deux victoires de la Belge. Aux Masters, l’écart semblait se resserrer. Attendons‐en d’autres !

A propos de l’auteur

Rémi Cap‐Vert

Journaliste / Rédacteur chez We Love Tennis.