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Amélie Mauresmo : « Cette adrénaline qui se répand dans tout le corps »

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C’est au Viking, le meilleur cous­cous de Boulogne‐Billancourt qu’Amélie Mauresmo nous avait donné rendez‐vous pour dessiner le GrandChelem numéro 11. En marge de son travail de rédac­trice en chef, Amélie nous a donc accordé une longue inter­view qui nous permet de balayer les deux ans qui nous séparent du premier numéro de GrandChelem et de sa victoire à Wimbledon. Cette inter­view est ici livré en inté­gra­lité contrai­re­ment à sa publi­ca­tion dans le numéro 11 de Grand Chelem

Il y a deux ans et demi pour le numéro 1 de GrandChelem, au moment où l’on te rencontre, tu gagnes Wimbledon et tu deviens numéro 1 mondiale. Il y a un mois on voulait te revoir et tu gagnes l’Open GDF‐Suez de Coubertin. C’est toi qui as de la chance ou alors c’est nous ?

Je crois que c’est vous (rires). Non, sérieu­se­ment, il y a deux ans et demi, c’était bien pour tout le monde que ce soit comme ça. J’avais eu aussi un peu de chance parce qu’il y a toujours une part de chance dans le sport, mais d’avoir gagné Wimbledon j’ai l’impression que ça ne vous avait pas vrai­ment dérangé pour lancer votre journal. Et puis chacun a fait son chemin, comme on dit. 

Pourquoi nous as‐tu donné notre chance pour ce premier numéro alors qu’on sortait de nulle part ?

C’est vrai que quand on est numéro 1, on a beau­coup de solli­ci­ta­tions et c’est facile d’aller vers l’exposition média­tique. Mais en même temps, il n’y a pas 15 maga­zines consa­crés unique­ment au tennis, gratuit en plus. Et puis le feeling était bien passé entre nous. Le chal­lenge était intéressant. 


Alors tu viens de gagner Wimbledon, rétros­pec­ti­ve­ment comment vis‐tu cette période ?

Il y a d’abord une satis­fac­tion liée à une persé­vé­rance. Après la victoire tron­quée en Australie, c’était impor­tant d’aller au bout d’un Grand Chelem. Même s’il y avait eu la victoire aux Masters où j’étais allé cher­cher ce titre, c’était une plus grande satis­fac­tion d’accrocher un tournoi comme Wimbledon dans ce lieu mythique. Et encore aujourd’hui, même en étant fran­çaise, si on me dit « Tu as l’opportunité de n’en gagner qu’un seul », je te dirais que c’est Wimbledon. C’est magique. 

Et puis c’est l’endroit où tu as joué une balle de Grand Chelem.

Oui, j’ai joué une balle de match, je l’ai gagné et j’ai ressenti toute l’émotion que ça comporte. 


On t’avait inter­rogé sur ce que voulait dire être numéro 1 et tu nous avais répondu : « C’est un petit peu abstrait parce que pour moi ce sont des souve­nirs. Martina Navratilova, Chris Evert, c’est un rêve. En fait je n’arrive pas à penser que la numéro 1 c’est moi, il y a quelque chose qui ne s’imprime pas, je ne m’en rend pas compte ».

C’est vrai que quand on est au sommet, c’est complè­te­ment abstrait, c’est un chiffre. Alors ça corres­pond à un niveau de jeu, mais pas toujours. 


Ah bah si, ça corres­pond à un niveau de jeu !

Oui, mais d’un jour sur l’autre, ça peut varier. En tout cas ça corres­pond à une constance. Mais il est vrai que deux ans après, je me rends beau­coup plus compte de ce que ça signifie. Ce n’est pas que je n’en ai pas assez profité, parce que j’ai quand même vécu des moments extra­or­di­naires mais (silence)… on ne savoure pas suffi­sam­ment. Parce que ça arrive comme ça, c’est quasi­ment naturel, on ne savoure pas, et puis on enchaîne les tour­nois et puis les semaines, et puis les mois et on va d’un conti­nent à l’autre, et ça semble normal jusqu’au jour où boum ! tu as la coupure, et où tu n’as plus ça, et là tu te dis tout à coup « Ce que j’ai fait, mais… (silence) mais c’est extra­or­di­naire ! ». J’étais vrai­ment tout là‐haut et… (silence) c’est incroyable. 


(Silence) Les grands anciens disent toujours à leur cadet avant d’aller cher­cher une coupe : « Prends ton temps ». Tu n’as pas assez pris votre temps ?

Non. Et je ne parle même pas de l’obtention de la place de numéro, je parle des Masters, de l’Australie, de Wimbledon. Ce sont des moments qui passent extrê­me­ment vite. Un claque­ment de doigt et c’est terminé. Au moment où on prend la coupe, l’émotion s’est déjà quasi­ment envolée. Finalement on est un peu maso parce qu’on fait tous ces efforts‐là pour à peine quelques secondes de bonheur… (Ses yeux brillent, et un magni­fique silence salue son émotion)


Quand on parlait de persé­vé­rance, c’est 15 ans de travail pour 10 secondes.

Oui, c’est ça. C’était déjà le cas il y a deux ans, et ça l’est rede­venu à Coubertin pour le GDF‐Suez. C’était à nouveau…pfffffffffff…une énorme décharge. 


Ce moment d’émotion, il se découpe comment ?

Il y a deux sensa­tions. Il y a l’émotion pure avec l’adrénaline qui se décharge dans tout le corps et qui s’arrête quasi­ment quand on va cher­cher le trophée. J’exagère parce qu’il y a encore de l’adrénaline mais déjà ce moment de la remise du trophée ne nous appar­tient plus vrai­ment. En revanche, cette espèce de sensa­tion d’être sur un nuage, cette confiance où te tu sens bien, ça… ça reste. 


Des jours…

Des jours, des semaines, des mois, c’est là. 


Donc toute la suite de la saison 2006 jusqu’aux Masters…

Oui, ça reste, c’est là. (Sourire)


Une finale encore contre Justine Hénin aux Masters.

Oui, un peu ines­pérée parce que j’ai une bles­sure après l’US Open. Mais je finis bien l’année. Alors un peu fati­guée, émotion­nel­le­ment et physi­que­ment, mais je suis bien. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’un an avant, aux mêmes Masters, je me prends la pancarte de la fille qui n’arrivera jamais à gagner un gros titre, et neuf mois après, on se demande si je vais faire un petit chelem. 


Alors fin 2006, tu coupes…

Oui, clas­sique, trois semaines sans toucher la raquette, puis une prépa­ra­tion de cinq semaines à la montagne. Bon j’ai une petite gastro donc je ne me sens pas très bien en Australie, mais ça repart très bien entre Coubertin, Anvers et Dubai. 


Donc t’es dans tes objec­tifs ? Je veux dire que t’as encore faim à ce moment‐là ?

Ah oui tota­le­ment, j’ai faim. Je viens de faire une bonne saison indoor, un bon Dubai pour préparer Miami. Je me dis que je vais faire l’impasse Indian Wells. Je suis prêt et bing ! appen­di­cite. Et là c’est… (silence) bah c’est la cata quoi. Instinctivement je ressens quelque chose lors des semaines qui suivent l’opération, c’est « Je ne m’en remet­trai jamais ». 


Terrible intui­tion.

Oui et mais je me sens dimi­nuée physi­que­ment et je ne pense pas que ça aurait cet effet‐là. La suite on la connaît, je reprends trop tôt. Roland Garros, je n’étais pas prête, je n’aurais jamais dû le faire. Derrière il y a perte de poids, perte de muscles, donc ça commence à te toucher là (Amélie désigne sa tête). J’ai envie de défendre le titre à Wimbledon donc je ne peux pas faire l’impasse, même si je ne suis pas bien. Et là tu tombes dans un engre­nage où (silence) bah t’es pas bien quoi…t’es pas bien physi­que­ment, donc tu perds confiance, tu perds tes repères. Petit à petit le niveau de jeu se dégrade, les bles­sures s’enchaînent donc tu ne peux plus travailler comme tu veux. Et là tu te dis (elle siffle)… bon bah break, euh…qu’est-ce qui se passe ? est‐ce qu’il faut que j’arrête ? je ne m’en remet­trai jamais physi­que­ment, est‐ce que c’est un signe ? Donc voilà, toutes les ques­tions qui te tombent dessus et zéro lucidité. 


Et autour de toi ?

Oh toujours les encou­ra­ge­ments, les soutiens. Je partage mes doutes avec les gens et les gens écoutent, essayent de me faire parler. Je finis la saison sans réelle convic­tion sur ma volonté de conti­nuer et sur mes capa­cités à produire un bon niveau de jeu. Voilà pour 2008.


Pendant ce temps‐là le milieu du tennis allume…

Oui, c’est « Faut qu’elle arrête », il y a le clas­se­ment qui chute. 


Tu lis la presse ?

Non. Et heureu­se­ment ! Mais je tombe à la télé sur des débats et je n’ai pas envie d’écouter ça. Moi je suis déjà en plein ques­tion­ne­ment, je n’ai pas envie d’écouter tout ça et j’ai bien fait parce qu’il y a déjà des belles choses à la sortie. 

Alors comment fait‐on pour sortir de ses doutes ? 

Comment on fait ? D’abord il fallait que je retrouve une inté­grité physique parce que je ne sais pas bien combien de bles­sures j’ai enchaî­nées sur ces deux ans. Jusqu’à l’US Open, je ne pouvais toujours pas enchaîner deux victoires de suite. 

Oui, en fait on voit que sur toute l’année, tu ne dépasses jamais trois victoires

C’est ça, et là tu te dis « C’est pas possible », tu ne peux pas gagner de tour­nois si tu n’enchaînes pas les matches. Mais c’était la même chose à l’entraînement. Je faisais trois ou quatre jours d’entraînement intenses, et bing le physique qui dégrin­gole, les blessures


Horrible

Oui (silence) Mais il y a une petite amélio­ra­tion à la fin de 2008 : le physique tient. J’ai des matches accro­chés, le niveau de jeu n’est pas extra­or­di­naire mais je vois des petits signaux qui me font dire que ça peut reprendre. En paral­lèle, on fait le point avec Loïc et on sent qu’on arrive à la fin d’une aven­ture. Je prends la déci­sion d’arrêter mais je sens qu’il est dans la même optique. 

La déci­sion, tech­ni­que­ment elle se prend comment ? au télé­phone ? au restaurant ? 

La déci­sion a été prise… trop tardi­ve­ment mais quand on a l’affectif qu’on a avec Loïc, quand on a vécu les périodes diffi­ciles mais qu’il y a eu à la sortie tous ces titres, on pense qu’on peut toujours y arriver, traverser tout ça et faire repartir la mayonnaise. 

OK, tu quittes Loïc, est‐ce que tu te sens obligé de reprendre un entraîneur ? 

Oui, parce que je ne me voyais pas repartir tout seul, gérer tout seul, je n’avais pas envie de ça. Alors j’en parle tout de suite à Hugo (Lecoq).


Pourquoi à lui ?

Parce que je le connais et il me connaît. Le tennis sur le circuit, c’est un couple. On voyage toute l’année ensemble alors s’il n’y a pas une entente natu­relle, ça ne peut pas fonc­tionner. En tout cas pour moi. J’ai donc appelé Hugo, je lui ai dit « Je pense à toi pour repartir ». 

A la même période de sa carrière, Yannick Noah décide de prendre Dennis Ralston et découvre avec lui un tas de trucs qui lui permettent de claquer un super début de saison en Australie. Ralston était quelqu’un de très expé­ri­menté, est‐ce que fina­le­ment tu n’as pas fait le choix inverse ? 

Oui, je ne cher­chais pas forcé­ment quelqu’un qui avait une grande expé­rience et qui allait m’imposer son savoir sur le tennis. Je savais que j’allais pouvoir aiguiller Hugo sur des pistes de travail et que lui allait pouvoir m’apporter un nouveau départ et un certain entrain. (Elle réflé­chit) Oui, l’entrain, c’est ça qui faisait défaut. 


Alors oublions les résul­tats et cette victoire au GDF‐Suez, disons que tu t’es fait éliminé au 2ème tour, qu’est-ce que Hugo et toi avez préparé comme plan pour cette saison ?

Tout d’abord le plan s’est élaboré ici (NDLR : au restau­rant Le Viking, le meilleur cous­cous de Boulogne‐Billancourt). Le plan, c’était et c’est toujours de retrouver des forces au service et en retour. Ce sont deux coups qui avaient énor­mé­ment chuté depuis deux ans. Le but, c’était de retrouver sur les deux, trois premiers coups de raquette une vraie puis­sance. L’autre objectif, c’était de gagner des tour­nois. Toute à l’heure on parlait d’adrénaline. C’est un moteur pour moi. J’avais envie d’aller soulever des trophées et, tant qu’à faire, des trophées pres­ti­gieux. Des Grands Chelems bien sûr, mais avant ça des tour­nois comme le GDF‐Suez. Je vois qu’il y a un beau plateau…

… donc tu viens pour gagner le GDF‐Suez

Oui, oui. Mais théo­ri­que­ment on ne pensait pas gagner aussi tôt dans la saison et je n’aurais certai­ne­ment pas annoncé que je pensais remporter le Gaz de France. J’aurais dit « Je pense que les choses se mettent en place, dans les choix tactiques, dans la façon de mener la partie et quand tout sera en place, ça peut le faire ». 

Elle est quand même un peu éton­nante cette semaine, parce qu’elle part d’un drôle de week‐end de Fed Cup. 

Oui, mais déjà contre Pennetta, je joue bien. Je perds parce que les nerfs, parce que la tension, je me laisse rejoindre par le manque de confiance à ce moment‐là. On prend 5–0, petit coup de massue. Le lundi, je ne tape pas. Le mardi, on joue trois quarts d’heure et là je tape très bien. Ca fait long­temps que je n’avais pas eu de sensa­tions comme ça et à partir de là, je fais un premier match où c’est solide. C’est très solide. Et après, c’est un peu ma spéci­fi­cité : quand j’ai cette confiance‐là et ces sensa­tions de balles qui sortent de ma raquette, c’est incroyable. Derrière contre Jankovic ou Dementieva, même si je lâche des sets parce que je me sens moins bien physi­que­ment, j’ai cette sensa­tion posi­tive que je n’avais plus depuis deux ans, qui revient et qui fait que je deviens inébran­lable. Alors comment expli­quer ça ? 

Justement, est‐ce que le fait d’avoir déjà été numéro 1 mondial ne te permet pas de gérer encore mieux ces moments où la confiance est de retour ? 

Oui. Oui, parce que dès le moment où j’enchaîne comme ça, je suis sur des rails. Il faudrait demander à Hugo comme il a ressenti ça la chose. Moi c’est assez drôle parce que je sentais que tout était réglé. 

Qu’est-ce que vous vous êtes dit avec Hugo en sortant du match ?

En fait on ne s’est pas beau­coup vu. Il faudrait lui demander comment il a ressenti ça. Moi j’extrapole un petit peu mais j’imagine la satis­fac­tion du travail accompli. Je pense juste que comme moi, il était surpris que ça arrive si tôt dans la saison. Mais surtout cette victoire ouvre de nouveaux hori­zons et ça réduit les chan­tiers. On se dit « On a fait ça », on va pouvoir main­te­nant être plus précis. 

Car fina­le­ment on n’est qu’en février. La suite ce sera quoi ? 

Oui, on n’est qu’en février, et pour moi rien n’a changé, je pars pour une saison et si les fabu­leuses sensa­tions se concré­tisent, ça ouvrira une porte sur 2010. Si ce n’est pas le cas, on fera le point fin 2009. 

On a décidé de finir cette inter­view par un petit port­folio tech­nique sur la gamme de coups entrevus lors de la finale. On commence par ce nouveau service. Qu’est-ce que vous avez travaillé ? 

On a décidé de travailler le lancer parce que ça partait un peu à droite à gauche. Pour ça on a écourté la prépa­ra­tion et l’armé. J’ai moins d’incertitude sur le trajet du bras avant. On a retra­vaillé la posi­tion des pieds pour améliorer la poussée de jambes et aller cher­cher la balle un peu plus haut. On s’est d’ailleurs servi du fameux terrain labo­ra­toire du team Lagardère. Hugo avait quelque chose de précis en tête. On a comparé l’ancienne tech­nique et la nouvelle. C’était top, ça nous a beau­coup servi. 

Ce coup droit d’attaque les deux pieds dans le court. 

Là on a passé énor­mé­ment de temps sur les appuis, sur les épaules, sur l’orientation du corps parce que le coup droit c’est la base de mon jeu et dès les premiers coups, je veux prendre l’ascendant sur le point. Quand le coup droit est là, tout mon jeu se met en place. En compa­raison, j’ai assez peu travaillé sur le revers. 

Ce coup droit de défense longue bombée sans consistance. 

Oui, c’est un des coups de varia­tions que je n’utilisais plus vrai­ment. Bon, parfois cette balle est trop court et je me fais planter, mais sinon elle est diffi­ci­le­ment atta­quable, elle tombe dans une zone où la fille ne peut pas faire grand‐chose. Et quand tu tombes contre des filles qui jouent à 15 000 des deux côtés, ça me permet de gagner un petit peu de temps et de rega­gner ma ligne. 

Ce revers chopé qui a terri­ble­ment perturbé tes adversaires

Oui, même chose, il a beau­coup gêné Elena en finale, mais il faut quand même le jouer parfai­te­ment, en cisaillant vrai­ment la balle, en obli­geant vrai­ment la fille à descendre sur ses appuis. S’il flotte, tu te fais planter. Mais ça fait partie de la varia­tion de coups que j’ai à ma dispo­si­tion pour casser le rythme des filles. 


Ce revers lifté qui a égale­ment fait très mal en finale

Je l’ai moins travaillé cet hiver que le coup droit. Mais mon revers, c’est le signe de la confiance. Ces derniers temps, je ne tentais même plus un seul revers le long de la ligne donc je ne pouvais plus fixer les filles parce qu’elles savaient que je ne lâchais plus. Au GDF‐Suez, j’ai fait énor­mé­ment de points avec. Je le sentais parfaitement. 


Un bilan un peu plus mitigé sur ton passage au filet

Oui, parce que ça passe de mieux en mieux, ça retourne de mieux en mieux, c’est de plus en plus périlleux aller au filet sans une bonne prépa­ra­tion. C’est pour ça que je dois être agres­sive et bien préparer mon attaque pour limiter les ripostes. Sur la photo, tu vois bien le style de volée que j’ai dû jouer contre Jankovic ou Dementieva, souvent en bout de raquette, à l’arrache, pas facile du tout.


Le saut de cabri vers le public

Oui, je pense que ça faisait au moins deux ans qu’on ne l’avait pas vu. Peut‐être la dernière fois à Anvers. Mais ça faisait partie des objec­tifs qu’on s’était fixés avec Hugo avant le début de saison. Je voulais reprendre du plaisir sur le terrain. Et à Coubertin, c’était évidem­ment encore plus facile qu’ailleurs.


Hugo Lecoq au coin du court, mais on a l’impression que tu tournes moins vers ton camp que les autres joueuses.

En fait c’était déjà le cas avec Loïc, je ne le regar­dais pas tout le temps, mais avec Hugo il faut qu’on se trouve un peu plus. Souvent en finale je l’ai regardé et lui ne me regar­dait pas vrai­ment. On a encore à parfaire cette commu­ni­ca­tion visuelle. Quant à maman, elle est égale­ment hyper calme. De toute façon, dans mon camp, c’est pas des excités. Ils sont là, ils sont dedans, c’est suffisant. 


Ce moment très émou­vant où tu es resté long­temps sous ta serviette

Oui, c’est un moment où tout remonte à la surface, l’émotion, les doutes, les galères pendant deux ans. Des moments où je me suis dit « Je ne rega­gnerai jamais rien, je ne retrou­verai jamais mon niveau de jeu ». Et ce moment‐là, je ne m’y atten­dais pas du tout. Mais encore une fois cette émotion‐là a complè­te­ment disparu quand je suis allé cher­cher le trophée. 

Alors un discours très sobre. 

Oui, tout à fait, j’avais en tête ce que je voulais dire. J’y avais un peu pensé le matin. Même si ça ne se passe jamais comme tu veux. Mais en même temps, cette victoire était une grosse surprise pour moi. D’ailleurs quand j’ai gagné la balle de match, je me suis dit « C’est pas possible, c’est pas possible ». Je ne m’attendais pas une victoire si tôt dans la saison. 


Ces trophées une fois soulevés, ils vont où ?

Ils vont à la maison, il y a certains qui vont chez ma mère, ils sont un peu partout (rires) mais ce que je peux te dire c’est que les trophées des Masters, de l’Australian, de Wimbledon, et Fed Cup, ils sont tous au même endroit. 


Enfin un mot sur le public, sur tes fans.

Incroyables, ils ont été incroyables et puis dès le premier jour. Quand je rentre sur le terrain, je le sens, je le sais, que je joue bien ou mal, ils seront derrière moi. Il faut juste que je donne mon maximum. Et après ça, à 90%, quand je me présente à cet Open, je joue bien.

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