AccueilLe blog d’ApollineFederer et Nadal sont le plus grand joueur de tous les temps

Federer et Nadal sont le plus grand joueur de tous les temps

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Dimanche, Apolline était au Rwanda et ça change tout

1er set

Dimanche Apolline s’est levée très tôt car elle voulait aller tourner à la lumière rasante du soleil levant la scène secrète de son prochain film. Elle a posé sa caméra sur une des mille collines que compte ce beau pays en recons­truc­tion et elle a attendu que ça se passe. A un moment ça s’est passé, prati­que­ment imprimé tout seul sur la pelli­cule. C’était une belle émotion. 

A 8 heures, Apolline est revenue à Kigali où elle s’est rendue à l’église de Zion pour aller suivre la messe où une de ses amies dansait pour toute sa commu­nauté. C’était une jolie céré­monie alternée de chants et de choré­gra­phies, deux heures d’une douce montée vers cette trans­cen­dance puri­fi­ca­trice qu’Apolline expé­ri­mente d’ha­bi­tude par des dimanches soirs teintés de caipi­rinha et de samba. Mais il était un peu tôt pour trans­former l’église en samba­drôme. Elle écouta donc tout ça reli­gieu­se­ment. C’était une émotion vivifiante. 

A 11 heures, Apolline avait rendez‐vous avec son ami Claude pour aller visiter un des mémo­riaux consa­crés au géno­cide d’avril 1994 dont Apolline rappelle pour infor­ma­tion qu’il a provoqué la mort d’un million de personnes en cent jours juste avec des fusils, des gour­dins et des machettes. Avant de se rendre au mémo­rial, Apolline avait déjà une solide connais­sance de cette tragédie complétée depuis quelques jours par la vision des films de réfé­rence sur le sujet (J’ai serré la main du diable, Sometimes in April, Hotel Rwanda, Shooting Dogs), films visionnés en compa­gnie de la famille qui l’ac­cueillait. Une famille, vous l’aurez compris, tutsie, soit l’ethnie rwan­daise prin­ci­pa­le­ment victime de ce géno­cide. Arrivée au mémo­rial, votre Apolline a fermé la mâchoire et ne l’a plus desserrée de la visite. Elle a vu, lu et entendu des choses insou­te­nables mais qu’il faut malheu­reu­se­ment bien comprendre, bien saisir si on veut progresser dans la vie et ne pas commettre les mêmes erreurs. Elle a vu autour d’elle tous les visages des visi­teurs se fermer les uns après les autres. Elle a vu tout le monde finir sa visite en apnée. Comme les autres, Apolline est sortie du mémo­rial pour respirer et retourner à la vie. C’était une émotion à part. 

A 14 heures, Apolline avait rendez‐vous au Centre sportif de Kigali pour jouer avec Martin et Jimmy, les deux profs de ce petit club qui entre­tient dans des condi­tions diffi­ciles six terres battues d’ex­cel­lente tenue. L’ambiance y est sympa­thique, et Apolline bouillait telle­ment d’im­pa­tience à ne plus pouvoir jouer depuis main­te­nant un mois qu’elle avait décidé de sortir sa grande tenue de cham­pionne et de montrer de quel chip and charge elle se chauffe (car vous ne le savez peut‐être pas encore, mais Apolline joue comme Federer et c’est une infor­ma­tion à retenir pour la suite de ce texte). Après avoir pris la mesure tennis­tique de ses deux hôtes (tout en leur lais­sant quelques jeux, sens de l’hos­pi­ta­lité oblige), elle voit un jeune ving­te­naire trainer le long du court avec un air de dire « Toi, la blan­chette, tu fais la mariole mais dans dix minutes tu ne vas plus rigoler du tout ». Et quand effec­ti­ve­ment, Martin et Jimmy ont fait comprendre à Apolline que le dénommé Dieudonné avait très envie de jouer avec elle, elle s’est exécutée, et quelle ne fut pas sa douleur.… Passé la stupé­fac­tion d’un jeu à se faire atta­quer sur son premier service par des chops plein centre et des volées claquées au cordeau, Dieudonné a très vite réglé son service kické, puis son passing shot de revers et enfin son coup droit lifté décroisé, et six jeux plus tard c’était marre. Le revers chopé de votre Apolline et surtout cette volée qui fait l’ad­mi­ra­tion des bambins venaient litté­ra­le­ment de voler en éclats devant les coups de boutoir du cham­pion local. En sortant du court, ce dernier, char­mant garçon, révé­lait qu’il était le numéro 3 de l’équipe de Coupe Davis du Rwanda. Apolline était un peu soulagée mais n’en restait pas moins sonnée par cette impres­sion terrible de ne pouvoir maitriser « physi­que­ment » le lift et la puis­sance de feu de Dieudonné. Et c’est une sensa­tion tenace qui la pour­suit encore à l’heure d’écrire ces lignes. 

Et puis à 16 heures (heure locale) démar­rait la finale qu’Apolline a suivie avec tous les gens du club devant la petite chaine du câble qui retrans­met­tait la rencontre. Et ce fut une sensa­tion unique au monde. 

Pourquoi Apolline vous raconte tout ça ? Pour plein de raisons, mais retenez la prin­ci­pale, tirée du grand ensei­gne­ment de ce mois autour du monde. Nous ne vivons pas dans un monde de faits mais dans un monde d’émo­tions. Transcrit dans le langage techno : toutes les données sont numé­ri­sables à l’ex­cep­tion du divin présent en soi, cette poiesis, cette capa­cité qu’a le siège de nos émotions à relier des choses qui n’ont rien à voir, qui ont tout à voir. 

Dimanche, Apolline était au Rwanda et ça change tout. 

2ème set

Ce premier set empoché 6–4, Apolline a envoyé à Laurent Trupiano ce SMS qu’elle vous retrans­crit fidè­le­ment « Et de un ! Ceci dit, quel vent ! Federer va être très mena­çant. Il monte dès qu’il peut ».

Comme les lecteurs de GrandChelem le savent car elle l’a longue­ment expliqué il y a dix mois dans son dernier texte en 5 sets, Apolline est nada­lienne. Dimanche, elle était donc pour Rafael Nadal. A bloc. A fond derrière l’Espagnol. Mais comme beau­coup de jeunes lecteurs de Welovetennis n’ont pas connu GrandChelem, Apolline va prendre la peine de rappeler ce que ça veut dire « être nada­lienne ». Et elle va venir fustiger la grosse erreur que les commen­taires laissés sur le site font encore transpirer. 

Une bonne fois pour toutes, tenez le vous pour dit, l’ob­jec­ti­vité, la réalité et la vérité ne sont pas de ce monde. Ne demandez à personne sur cette terre et encore moins à un jour­na­liste d’être objectif, il n’en est pas humai­ne­ment capable et pour en connaître qui marchent encore à ce genre d’im­pos­ture pour se donner bonne conscience, quand Apolline entend un jour­na­liste parler de vérité, de déon­to­logie, d’im­par­tia­lité, d’ob­jec­ti­vité, elle sort son fusil. Au contraire si Apolline reven­dique une compré­hen­sion des arcanes d’un certain nombre de sujets de société dont celui du tennis, c’est qu’elle laisse parler sa subjec­ti­vité, sa sensi­bi­lité et ses émotions person­nelles avec le plus de liberté de ton possible, et c’est là où elle gagne la partie. Dimanche, Apolline a vécu mille émotions avant le match, mille pendant, mille après et c’est ce mélange de tout : de la scène de cinéma du matin, des chants et des danses dans l’église, des témoi­gnages du géno­cide, de la branlée encaissée contre Dieudonné avec des images de volées qui flottent au ralenti dans l’air rwan­dais et de l’état d’apo­plexie dans lequel l’a mis le passing de revers de Federer qui vont construire son papier, qui vont lui donner sa force, une force qu’elle tentera alors de trans­former en petits ou grands mots selon son inspi­ra­tion du jour. Mais sans parti pris, sans favoris, sans chou­chous, ajou­tons même, sans une certaine forme de fana­tisme, et pour exagérer le propos de fana­tisme reli­gieux, pas de grands mots à dispo­si­tion, pas de grands textes en consé­quence, pas de commu­nion à la clé, pas de lien social au bout. Dans un envoi récent, Apolline a retourné toute sa mailing liste person­nelle, toute la colonie d’athées mollas­sons et d’in­cultes du culte qui lui tient lieu d’en­tou­rage, avec deux textes consa­crés au fait reli­gieux, expli­quant pour­quoi non seule­ment Dieu ne dispa­raitra pas mais surtout s’il dispa­rais­sait, la néces­site de lien social sur une idée abstraite mais confor­table, celle de Dieu, serait réin­ventée dans les dix minutes pour permettre à l’être humain de pouvoir reprendre de la hauteur, c’est à dire de l’es­poir. Nous avons besoin de prendre parti et nous avons besoin de croire que ce parti est bon pour respirer à plein poumons. Nous avons besoin de ce sectarisme‐là, il est fonda­teur et ordon­na­teur pour la hiérar­chie de nos émotions, même pour leur bon fonc­tion­ne­ment cardiaque. Il est désor­mais démontré que la reli­gion est médi­ca­le­ment conseillée, tant pour se ratta­cher à une commu­nauté qu’à une idole, y compris dans ce qu’elle implique d’ex­clu­sion des autres groupes ou des autres idoles. C’est un senti­ment qui permet de se rassurer et de se struc­turer, c’est terrible mais c’est comme ça. Car si c’est de ce réflexe mal condi­tionné que naissent les actes géno­ci­daires ou ostra­ci­sant, c’est aussi de ce réflexe bien condi­tionné que nait la société. Appliquée au sport, une étude récente montrait à quel point il était néces­saire à tout néophyte confrontée à la vision d’un match dans un sport inconnu de devoir rapi­de­ment choisir son camp afin d’y atta­cher l’in­térêt néces­saire à la construc­tion et la soli­di­fi­ca­tion de ses émotions. Sans ce parti pris, rien ne s’im­pri­mait en lui, rien ne lui permet­tait d’éta­blir la diffé­rence entre être heureux ou être déçu en rela­tion aux agis­se­ments du clan choisi. Sans ce parti pris, pas d’iden­ti­fi­ca­tion, pas de rêve de faire parti du clan, d’en être une des compo­santes actives et donc pas de possi­bi­lité d’être soi. Relisez bien ça : pas de rêve d’être un autre et donc pas de possi­bi­lité d’être soi ; on ne peut pas être soi si on ne peut pas imiter les autres, ceux du clan dont on a envie de faire partie. Sans chou­chou et sans totem, nous ne sommes que des chiens perdus sans collier. 

Si Apolline, fan compul­sive (même dans un combat de coq, elle n’at­tend pas plus de 5 secondes pour sentir sur quelle crête elle a envie de miser) a pris le statut de chro­ni­queuse des passions, c’est bien parce que les gens qui lui ont donné envie d’écrire sont ceux qui ont pris le parti le plus clair de cette sensi­bi­lité et de ces choix radi­caux. Richard Evans est le plus grand jour­na­liste du monde du tennis parce que quand Apolline lui demande devant la caméra pour­quoi il est tombé amou­reux de McEnroe au premier regard, Richard répond « Pour deux raisons. D’abord parce que nous sommes tous les deux verseaux. Et la deuxième raison… ». Mais la deuxième raison, la plus sérieuse, Apolline s’en fout. Richard Evans est grand parce qu’il sait ça, il sait que la vie, la passion pour quel­qu’un, ça peut ne tenir qu’à ce genre de détails, ce petit totem qui dépasse de la poche, un signe astro­lo­gique et toutes les croyances un peu sottes que nous y atta­chons pour nous sentir liés les uns aux autres. Apolline en sait quelque chose… elle est verseau (premier décan). Ecoutons encore le plus grand jour­na­liste de tennis fran­çais, l’écri­vain Denis Lalanne (qui n’est pas verseau ; nobody is perfect) signer dans Tennis Magazine à la sortie du match McEnroe‐Lendl de Roland Garros 1988 un texte inti­tulé « Le Crépuscule éclairée » et entamer le deuxième para­graphe par ces mots : « Mais je tiens à évoquer sans le secours d’au­cune note, plutôt comme un croquis de mémoire, comme un billet grif­fonné le cœur battant sous un para­pluie de circons­tance le rendez‐vous que ce génie avait donné à Paris et à son tournoi ». Vous lisez ? Vous entendez ? « Sans le secours d’au­cune note », « comme un croquis de mémoire », « un billet grif­fonné le cœur battant », « un para­pluie de circons­tance ». Ces mots‐là, dans cet ordre‐là, dans ce rythme‐là, Apolline les connait par cœur depuis 20 ans et ça, ça lui parle, ça la fait vibrer, ça la fait voler, ça lui donne envie de jouer au tennis et d’écrire dessus. Ajoutons encore cet élément essen­tiel qui enté­rine la force des artistes comme Evans et Lalanne. On a beau­coup reproché aux deux de soutenir John McEnroe dès le premier papier et de laisser trans­pirer ça dans leurs écrits tout au long de leur carrière. Mais c’est bien là l’hon­neur de cette profes­sion que d’avoir joué ce rôle : être un obser­va­teur qui voit clair, qui voit tôt et qui explique que « Non, on se trompe. Non, on n’a pas compris. Non, il faut bien regarder à deux fois ». Evans et Lalanne soute­naient McEnroe dès 1977 quand la majo­rité des scri­bouillards en étaient encore à parler de Borg la larme à l’œil en 1982. Ces derniers sont aujourd’hui tombés dans l’oubli, demandez‐vous pourquoi ? 

En cela, Apolline est une artiste, impri­mant sa vision d’ar­tiste libre, impu­dente, égotiste. Les statis­tiques, ça ne lui parle pas. La soi disante objec­ti­vité des statis­tiques et des conclu­sions qu’il faudrait en tirer, ça ne lui parle pas. Si elle avait envie de reprendre chacune des feuilles de statis­tiques des matches en tennis, et par exemple celle de cette finale, elle montre­rait que toutes les chiffres sont faux, voilés par l’aveu­gle­ment gros­sier qui stéri­lise tous les critères et les rend inopé­rant. Apolline ne recon­naît pas la moitié des fautes directes qu’on impute à Roger Federer dans ce match. Ce ne sont pas des fautes directes, ce sont des points indi­rects de Rafael Nadal, ce sont des troi­sièmes, quatrièmes ou cinquièmes coups lourds et longs de suite que Federer ne parvient plus à contrôler avec un revers à une main, pas plus lui qu’un autre d’ailleurs ; même à deux mains, le Rafa il aurait du mal à les contrôler ses propres balles. Apolline ne recon­naît pas plus le nombre d’er­reurs qu’on met sur le paletot du Suisse en retour de service. Si on ne prend pas en consi­dé­ra­tion la mons­truo­sité qu’est devenue la combi­naison d’ef­fets que met Nadal sur son enga­ge­ment, on ne comprend pas pour­quoi Federer passe la moitié des jeux à dévisser en retour. Combinez les stats et faites le compte (Apolline ne le fera pas pour vous) et vous verrez que ça n’a pas de sens de venir comparer les coups gagnants de Federer et de Nadal. Ceux du premier mettent l’Espagnol à trois mètres de la balle, ceux du second mettent le Suisse sous l’étei­gnoir en revers pendant près de 4 heures. Mais pour faire entendre ça il faut laisser parler sa sensi­bi­lité, humer l’air, sortir son doigt et le mouiller, ratta­cher des sensa­tions passés et présentes, passer des heures et des heures au stade, arrêter de tout commenter depuis sa télé, même si pour la circons­tance c’est du même endroit que la majo­rité des lecteurs qu’Apolline s’ex­prime. Et voyez vous, l’in­térêt de cette passion, c’est que ça permet égale­ment de voir clair sur l’ad­ver­saire, ici Federer, et de comprendre sa problé­ma­tique surtout quand deux heures avant, l’ami Dieudonné vous a mis la même pres­sion et vous a démonté vos deux coups forts. 

Pour autant quand elle lit que Welovetennis devrait se tenir juste­ment à un équi­libre des fans, genre « S’il y a un papier pro‐Nadal, il en faudrait aussi un pro‐Federer pour contre‐balancer », elle lève les yeux au ciel. Et pour­quoi pas un article sur chaque joueur du top 10 pendant qu’on y est ! Une cuillerée pour Djokovic, une cuillerée pour Murray et une cuillerée pour Gasquet ? La fessée oui ! Celle qu’Apolline a admi­nis­trée à Richard il y a 7 ans sur Sport24 le jour même où il venait de remporter la finale junior de l’US Open. Une fessée qui ne mérite aucune contre‐partie « pour faire la balance », encore moins au regard de ce qui se passe depuis ce jour‐là. Et si Apolline a un jour besoin de remettre une couche, elle en remettra une sans se demander si c’est le moment ou pas de le faire, si c’est de l’achar­ne­ment ou non. Un journal n’est pas une campagne prési­den­tielle avec temps de parole égal pour tous calculé à la seconde près par le CSA, ce n’est pas non plus une réunion d’al­coo­liques anonymes à niveau de témoi­gnages semblables, c’est un lieu d’ex­pres­sion d’une vision du monde passionnée et assumée, certes remise en jeu chaque jour mais passionnée et assumée. On y vient pour faire part de sa sensi­bi­lité qui est une énorme charge de sélec­ti­vité et de subjec­ti­vité en essayant de faire en sorte que cette sélec­ti­vité et cette subjec­ti­vité fassent sens pour le lecteur, qu’elles l’obligent à se poser des ques­tions, à réagir, à s’in­ter­roger, à se situer sur l’échi­quier des maitres, à trouver ceux qui méritent l’ad­mi­ra­tion et ceux qui ne le méritent pas, à voir ce qui définit un cham­pion de ce qui ne le définit pas.

Depuis deux ans, Apolline ne cesse d’in­ter­roger les lecteurs et elle ne peut pas le faire mieux qu’en prenant fonciè­re­ment partie, en dévoi­lant ses gouts, en avouant ses attentes, ses espoirs, ses irri­ta­tions. C’est un jeu sacré­ment risqué parce que depuis deux ans tout le monde l’at­tend au tour­nant. Mais c’est ça le haut niveau. Apolline annonce « Tenez » (bien prononcé le z sinon l’Anglais ne comprend pas), elle sert et derrière elle envoie la sauce du fond du court, elle gratte, elle fritte, elle martèle, elle pousse tout le monde dans ses retran­che­ments, elle ne fait de cadeau à personne. Est‐elle breakée 4–1 par une lettre de départ d’Elmar, fan de Federer (qui est prié d’ar­rêter de bouder quand ça ne va pas dans son sens) ? A partir de là, elle ne va plus faire une seule faute. D’abord elle va prendre tout son temps pour écrire son papier, aller cher­cher la limite des 25 secondes après chaque phrase. Qui le lui repro­chera ? Qui ose encore repro­cher à Apolline de prendre du temps pour préparer son service ? Qui n’a pas encore compris que c’est bien dans ces moments‐là qu’Apolline réin­tro­duit du céré­mo­nial, de la respi­ra­tion, du temps faible et du temps fort, de ces temps faibles qui font encore plus ressortir le gros temps fort. Alors Apolline revient, point par point, jeu pas jeu, à sa main, à son rythme, à son tempo. 

Elle empoche le deuxième set 6–4. Elle mène deux sets à zéro. Ne cher­chez pas ailleurs, il est là le tour­nant du match. 

3ème set

La dernière ques­tion en date qu’Apolline a posée à ces lecteurs était pour­tant claire, elle tour­nait juste­ment autour de cette notion de rêve, c’est à dire une fois de plus d’émo­tion. Cette problé­ma­tique, on pouvait d’ailleurs la voir de diffé­rentes façons : « Qui Federer fait‐il rêver ? Qui a envie d’être Federer ? Après Roland Garros, qu’est‐ce qui peut encore trans­pirer de nouveau du Corps‐Federer ? ». Pourtant personne n’a vu qu’Apolline l’avait posé d’une manière très spéci­fique, très person­nelle en fait. Elle l’a posé du point de vue ciné­ma­to­gra­phique, qui est celui de la mémoire. En gros qu’est‐ce qu’il reste de Federer quand on a tout oublié et si on avait donc un film à faire sur Federer, on parle­rait de quoi ? on montre­rait quoi pour que le long‐métrage soit un tantinet intéressant ?

Or Apolline est désolée de commencer le 3ème set sur le même rythme que les deux premiers mais elle a lu les commen­taires, et elle n’a stric­te­ment rien trouvé de concluant ni même de passion­nant dans la soixante‐dizaine de posts rédigés. Bien sûr Elmar a tenté de nous expli­quer que Federer c’était la petite musique des rivières souter­raines, que c’était inté­rieure, qu’on ne pouvait pas comprendre si on n’était pas là au début. Mais on était là au début, ami Elmar, et les contours de l’in­time peuvent encore trouver quelques mots pour déployer leur essence. Cela s’ap­pelle la poésie. On vous vit plus inspiré, camarade. 

Alors afin de mettre à nouveau tout le monde à contri­bu­tion, votre Apolline va lancer un petit défi à ses lecteurs : écrire un bon scénario. Attention, un bon scénario ne fait pas forcé­ment un bon film, cela n’as­sure pas le succès de l’en­tre­prise mais ça indique très vite si le réali­sa­teur a un goût de chiottes ou non. Apolline va demander à nos artistes en herbe de définir une histoire en cinq scènes clef sur Federer. 

1) La scène d’ou­ver­ture, géné­ra­le­ment une scène qui pose d’en­trée le person­nage ou l’in­trigue que soulève ce person­nage (par exemple pour un film sur John McEnroe : McEnroe est en train de contester sur un arbitre et se fait siffler)
2) La scène porte­man­teau : le fameux fil sur lequel on tire et toute la pelote du person­nage se déroule. Cela peut être un lieu symbo­lique, un jour symbo­lique, un match symbo­lique (par exemple les deux sets et demis joué sous la pluie à Paris contre Lend en 1988) 
3) La scène miroir défor­mant : une scène qui révele la face cachée du person­nage (par exemple La biogra­phie de McEnroe qui balance une vanne à sa mère « How much is enough ? »)
4) La scène momentum : un moment soit de gloire, soit de chute du cham­pion (par exemple : McEnroe perd en 1984 après avoir mené 2 sets 0 et 4 balles de break contre Lendl. Il est effondré sur sa chaise et ne bouge plus pendant 5 minutes)
5) La scène finale : la scène qui boucle la boucle soit par une anec­dote, soit par un petit pied de nez qui répond à la scène d’ou­ver­ture (McEnroe sur le Senior Tour discu­tant avec les arbitres avec les gens qui applaudissent).

Voilà, vous avez dix minutes et pendant que vous réflé­chissez, Apolline bâche le terrain car on annonce un peu de pluie sur la Tamise. 

1ère Interruption

Quand Federer et Nadal sont revenus à 2–2 dans le 3ème set, Apolline a envoyé un deuxième SMS à son amie Zelia : « Le vent est tombé. C’est un nouveau match qui commence. Nadal en grand danger ». 

Le vent.

Apolline est surprise que personne n’ait relevé ce facteur essen­tiel dans cette finale. C’est pour­tant un élément que Federer a pointé en confé­rence de presse et sur lequel il s’est fina­le­ment plus attardé que sur la ques­tion très embar­ras­sante de l’obs­cu­rité. Le vent a été très péna­li­sant pour le Suisse pendant les deux premiers sets. Apolline entend déjà les commen­taire : le vent, c’est pour les deux. Oui mais non. Cela n’a pas la même influence dans l’ar­ché­type de l’échange nadalo‐federien. Les consé­quences pour celui qui bombe la balle avec son coup droit ne sont pas les mêmes que pour celui qui défend à plat ou en slice avec un revers à une main. 

Cette affaire du vent avait déjà marqué une finale de Grand Chelem, celle de Gustavo Kuerten contre Alex Corretja à Roland Garros. En 2001, il y avait un zef à décorner les bœufs à la Porte d’Auteuil pendant un set et demi, et l’hor­loge Kuerten avait semblé long­temps grippé, entrai­nant l’ir­ri­ta­tion à peine cachée du futur triple vain­queur. Là aussi le lifteur Corretja avait eu plus de faci­lité que le puncheur Kuerten a tenir la balle dans le court, à se régler et à jouer avec les éléments éoliens. Mais le vent une fois tombée, c’était un autre match qui avait commencé, un match où le Brésilien retrou­vant son place­ment et pouvant s’ap­puyer sur une balle qui cessait de tour­billonner comme une feuille morte avait pu prendre petit à petit la mesure du trop tendre Alex. Quand l’an dernier Apolline a discuté avec ce dernier pour le dossier Federer à Roland, c’est la première chose que l’Espagnol lui a dit : « Dès que le vent est tombé, il m’a mis en difficulté ». 

Bon c’est pas tout ça mais ça y est, vous les avez vos cinq scènes ? Non ? Ah oui mais, mes enfants, là il y a déjà trois balles de break pour Rafael. Dans 10 minutes, ça fera 6–4 6–4 6–4 et le plus grand joueur de tous les temps, il pourra aller relire tous les textes d’Apolline depuis deux ans, et il ne pourra pas dire qu’elle ne l’avait pas prévenue. 

Car les jeunes lecteurs de Welovetennis et les anciens de GrandChelem sont malvenus de dire que made­moi­selle Apolline (oui elle est céli­ba­taire) a enclen­chée la curée à la sortie du dernier Roland Garros. Au contraire si on connait bien la chro­no­logie des faits, elle bouclait là la fin du tir groupé sur cible mouvante, un côté « Que Toto se fasse déchirer défi­ni­ti­ve­ment dans son propre jardin et qu’on puisse enfin passer à autre chose, y compris pour lui ». Le début de sa campagne anti‐Federer, Apolline l’a en effet déclen­chée le soir de sa finale à l’Open d’Australie 2007 contre Gonzalez. Oui, vous avez bien lu. Le soir où après avoir étrillé tout le gratin du tennis mondial en 3 sets secs avec sa nouvelle K‑Factor, les jour­naux du monde entier ont commencé à débla­térer sur le Roi Roger, parti pour dominer encore 5 ans, avec plus de 20 Grands Chelems à la fin de sa carrière et tout le bastringue. Quand tout le monde s’est caressé sur son Word pour faire le texte le plus orgas­mo­tron sur la future carrière du Suisse, Apolline a écrit simple­ment« S’il veut rentrer dans l’his­toire, il y a trois problèmes qu’il va devoir résoudre bien au‐delà de la ques­tion des titres : 1) gagner Roland Garros, le tournoi symbo­lique où les préten­dants précé­dents ont chuté en masse, le tournoi le plus dur pour les atta­quants, 2) dominer Rafael Nadal au nombre de leur duel sinon ça va poser un problème à tous les fans 3) rentrer en transe parce qu’un joueur mythique c’est avant tout un corps, une façon de bouger qui laisse une impres­sion sur la rétine. A ces questions‐là, Apolline a laissé entendre au premier soir austral qu’elle avait les plus sérieux des doutes sur leur probable réali­sa­tion. Alors que pour tout le monde, et dans l’eu­phorie du sans‐faute à Melbourne, ce n’était plus qu’une ques­tion de mois. Mais un an et demi plus tard, 1) Roger Federer n’a toujours pas gagné Roland Garros et paraît en posture de plus en plus diffi­cile pour les prochaines éditions, 2) Il perdait 6–3 contre Rafael Nadal, il perd main­te­nant 12–6 et vient de se faire battre sur sa surface préférée, 3) Pour la transe, on attend encore mais c’est pas avec ce qu’on a vu à Roland et pendant les deux premiers sets à Wimbledon qu’on est rassu… 

Et Apoline n’a pas eu le temps de finir sa phrase qu’un petit courant d’air lui est passée dans le dos entrai­nant un léger frisson trau­ma­tique. Ce petit courant d’air de Kigali qui annon­çait la tombée verti­gi­neuse de la nuit à 18 heures pétantes et simul­ta­né­ment celle du vent à Londres. L’effet papillon sûre­ment. Le t‑shirt de Nadal arrê­tait de voler, le col de Federer se tenait droit. Alors Apolline a fait un calcul rapide : Federer mené pour la 1ère fois de sa vie deux sets à zéro dans une finale de cette impor­tance (avec Nalbandian à Shanghai, c’était spécial), dans l’im­pos­si­bi­lité totale de lâcher la partie vu le prix du match dans sa carrière, commen­çant enfin à pouvoir rentrer dans le terrain, et de moins en moins emmerdé sur son service, ça commen­çait à sentir l’ou­ver­ture de la messe à l’église de Zion. Les Kigaliens à mes côtés s’in­quié­taient un peu vite pour ces fameuses trois balles de break au milieu du 3ème mais Apolline n’avait pas desserré les dents : « Il va revenir ». D’où l’envoi du SMS. Quelques jeux plus tard et multi­pliant les déca­lages de coup droits décroisés, c’est logi­que­ment que Federer glanait ce premier tie‐break qu’il avait dominé. 

Deux sets à un. Mais deux sets à un, quand on est Nadal, ça veut dire qu’on a toujours qu’un set à gagner alors que l’autre il en a deux. C’est pour ça que le tour­nant du match se situe à la fin du second. 

4ème set

Et tout à coup, Federer a mis du wasabi dans les sushis d’Apolline, et la mère Apolline, elle est devenue toute rouge

« Du wasabi dans les sushis », beau titre pour un film, non ? C’est que ça fait déjà dix minutes et Apolline n’a toujours pas reçu de projet de script en 5 manches. Elle prend donc les devants. Du wasabi dans les sushis, ça marche­rait bien pour un film comique, et il faut bien avouer que la première fois qu’Apolline a lu cette expres­sion sous la plume de Roger Federer, elle s’est fran­che­ment fendue la poire. 

Souvenez‐vous, c’était l’an dernier, la semaine où Roger assu­rait la tenue du blog sur le site de l’ATP. Dans une chro­nique qu’il avait nourri avec beau­coup de sérieux et son honnê­teté habi­tuelle, avouant sans complexe que ses jour­nées avaient quelque chose d’assez réglées et chiantes en terme d’ho­raires mais qu’a­près tout c’était comme ça qu’il se sentait bien, on avait compris que la grande affaire de la semaine, c était l’his­toire du wasabi dans les sushis. Marque de son intré­pide espiè­glerie, Roger avait mis discrè­te­ment du wasabi dans les sushis de Mirka, sa compagne, et Mirka était devenue toute rouge. Voilà la bonne blague qu’il lui avait faite et dont il pensait qu’elle allait bientôt entrainer des repré­sailles de la part de sa fiancée.

Que dire ?

Toujours être honnête, c’est à dire avouer avec la même fran­chise qu’en révé­lant le genre de farces qui agré­men­taient son quoti­dien, Federer incar­nait par ce petit bout de la lorgnette tout ce ce qui gonflait genti­ment Apolline au‐delà même du joueur de tennis. Cette façon d’en­dormir tout le vestiaire depuis 3 ans en chan­tant « Bonne nuit, les petits ». Cette façon de filer les bons de sortie et les mauvais points pour les nouveaux arri­vants : Djokovic invité à s’ex­pli­quer sous prétexte qu’il disait vouloir devenir d’ici peu le numéro 1 ; le même prié de se calmer sur ses imita­tions alors qu’elles concer­naient très peu le Suisse et qu’elles avaient fait l’una­ni­mité de tous les fans en terme de drôlerie. Vous voyez, ce petit côté fils bien peigné de la tradi­tion, chéri de Wimbledon, jouant l’aris­to­crate gent­leman pour montrer qui était le nouveau gérant de la maison ITF. A la vision de cette finale de Wimb 2007 où un joueur, en nage et en tenue, était rentré avec sa raquette pendant que l’autre en pantalon de pique‐nique faisait comprendre qu’il avait laissé la sienne au bureau, Apolline n’avait pas pu s’empêcher de balancer « C’est vrai­ment le direc­teur du Crédit Suisse de Bâle. Faites gaffe, il ferme le guichet à 17h15 ». Apo pensait alors se rabattre sur sa biogra­phie pour trouver quelque chose de passion­nant, elle n’en­fi­lait que les pires des poncifs sur son enfance et sa carrière. Elle croi­sait un jour les mecs de Nike, et elle compre­nait qu’ils étaient égale­ment tous très emmerdés avec Federer, ne sachant pas quoi faire de lui et de son image (il suffit de voir leur dernier film avec Roger qui navigue entre la parodie de James Bond et celle de Peter Sellers dans la Panthère rose pour comprendre le malaise du corps Federer). Elle grat­tait un peu sur ses inves­tis­se­ment à Dubai. Dubai, tu bailles, oui. Son amitié avec Tiger Woods ? On imagine les folles soirées entre les deux couples à parler d’in­vin­ci­bi­lité en regar­dant la lune se découvrir. 

Restait le wasabi. 

Pour ceux qui ne le savent pas, le wasabi est la petite pâte verte épicée que l’on met sur le bord d’un plateau de sushis. Elle relève le goût de ce petit paque­tage riz‐saumon ou riz‐thon de plus en plus prisé dans le monde. Et main­te­nant qu’elle a fait le tour du monde, Apolline peut vous certi­fier qu’on trouve des sushis dans tous les pays avec du wasabi sur le coin du plat. Partout… sauf au Japon. 

Au Japon, le wasabi est direc­te­ment intégré dans le sushi, caché entre le riz et le saumon. Et ça, ça change tout. Ca fait que si on engloutit le sushi sans faire gaffe, le condi­ment peut se diluer direc­te­ment dans le palet, et ça fait comme avec la moutarde : vous devenez tout rouge avec les naseaux qui fument. 

Dimanche, dans le tie‐break du 4ème set, à 8–7 service pour Nadal, Apolline a fait une erreur gros­sière. Elle a englouti son sushi sans voir que Federer avait mis deux fois plus de wasabi sous la tranche de saumon. Après deux heures passées sans pouvoir tirer un revers gagnant, après avoir pris dans les dents un passing mons­trueu­se­ment nada­lien au point précé­dent, Federer au bord du gouffre a sorti son coup de « plus grand joueur de tous les temps » et Apolline est devenue toute rouge. Deux points plus tard, Roger sautait comme un cabri en rigo­lant de sa bonne blague, pendant qu’Apo était à deux doigts de s’étouffer sous la table. 

Deux sets partout. On a apporté une énorme bouteille d’eau à Apolline qui a bu un litre en une seule gorgée, les yeux encore embués d’émo­tion et qui a promis devant témoins que plus jamais elle ne se moque­rait de Roger Federer. 

Roger, tu es défi­ni­ti­ve­ment le plus grand joueur de tous les temps. Même Rafael Nadal le dit. 

5ème set

Nadal a aussi dit ce que lui avait inspiré la perte du 4ème set : « Eh bien c’est la finale de Wimbledon, donc je dois conti­nuer à me battre avec une atti­tude posi­tive. Je joue bien alors pour­quoi je devrais m’in­cliner, hein ? J’ai gagné deux sets 6–4 6–4, j’ai perdu deux tie‐break et je n’ai pas été très chan­ceux. J’ai joué deux points terribles à 5–2 sur mon service, et après il a très bien joué. J’ai accepté ça, avant tout accepté l’idée d’avoir très mal joué à 5–2 et que lui ait très bien joué. Donc j’ai juste essayé de rester concentré sur moi, de bien jouer. S’il avait eu un break dans le 5ème et m’avait battu, je l’au­rais féli­cité et je serais rentré chez moi. C’est tout ». 

Si depuis deux ans, Apolline a été le plus fidèle soutien de l’Espagnol et si à son atti­tude au début du 5ème set, elle a compris qu’il irait au bout (ne croyez pas qu’Apolline se la raconte, là elle a carré­ment décider d’ap­peler la France pour dire que Nadal allait gagner parce qu’il avait mené 2 sets à 0), c’est pour ce genre de décla­ra­tion et pour tout ce qu’elle doit inspirer à tous les jeunes qui nous lisent. Soit exac­te­ment le contraire de ce qu’on leur seriné depuis le début et qu’Apo a démonté pièce par pièce, patiem­ment, en essuyant tous les quoli­bets du monde pendant deux saisons. 

Non Rafael Nadal n’est pas un bourrin surdopé avec des gros bras, c’est exac­te­ment le contraire, et c’est la chose qui frappe la première fois qu’on le rencontre : Nadal est grand, élancé, avec des segments longs, un très beau port de tête et une muscu­la­ture tout ce qu’il y a de plus normal. Si Federer et Nadal échan­geaient leur tenue, que Rafa recou­vrait ses bras avec une chemise large pendant que Roger décou­vrait les épaules avec un juste au corps, les gens seraient très étonnés du résultat. La baraque n’est pas forcé­ment celui qu’on pense. 

Non Rafael Nadal n’est pas un idiot bredouillant un discours creux de veau espa­gnol bêlant l’an­glais avec plein de « no » inter­ro­ga­tifs, c’est un mec super intel­li­gent, doué pour son âge d’un bon sens et d’une capa­cité d’ana­lyse hallu­ci­nante sur ce qu’il fait de bien et sur ce qui lui reste à améliorer. Pour vous situer le person­nage il y a deux ans, Apolline vous avait repris une de ses cita­tions après sa défaite à l’US Open 2006 contre Youzhny. Pas plus ennuyé que ça par une correc­tion pour­tant assez sévère, Nadal avait utilisé quatorze fois le mot « Improve » en 5 phrases. Et tout était dit. 

Non Rafael Nadal n’est pas unique­ment un grat­teur du fond du court débi­tant du lift à 3000 tours/minute, c’est aussi un joueur de toucher subtil, qui a claqué des amortis et des contre‐amortis à un Federer pour­tant passé maitre dans l’exer­cice. Nadal c’est égale­ment un revers glissé croisé qu’il joue désor­mais à merveille. Nadal c’est encore une volée que son intense pratique du double a ciselé et rendu tout à fait valable. Nadal c’est enfin des coups de squash impos­sible comme cette balle de Federer qui l’a dépassée et dont il a fait le tour pour aller la remettre dos au jeu avec un coup de patte félin. 

Non Rafael Nadal n’est pas un tricheur qui joue avec le règle­ment pour récu­pérer son souffle mais quel­qu’un qui a appris à calmer sa surac­ti­vité par un certain nombre de rituels qui lui prennent du temps. Trop ? Ce n’est pas à lui d’en juger, il y a des arbitres pour ça et quand ils mettent un aver­tis­se­ment pour dépas­se­ment à l’Espagnol, ce dernier ne bronche jamais. 

Et enfin non le jeu de Rafael Nadal n’est pas le genre de jeu que joue Apolline et qu’Apolline aime­rait fait jouer à ses enfants. Elle défendra toujours le jeu de Federer en consé­quence, elle n’a cessé de le faire depuis deux ans. Mais la passion pour un joueur, ce n’est pas là‐dessus que ça se déclenche. L’amour, le love at first sight, c’est ce truc que la personne dégage, c’est cette histoire de mojo. C’est comme ça. Parce que c’est lui, parce que c’est moi. Parce que son oncle a raison : Nadal a un truc que les autres n’ont pas. Un truc auquel une femme est très sensible. On peut même aimer Nadal parce qu’on trouve qu’il a un beau p’tit cul. Et Nadal a vrai­ment un beau p’tit cul. 

Mais Apolline est déjà toute mouillée. Oh non pas l’ex­ci­ta­tion, juste la pluie. 

2ème Interruption

Quand Federer et Nadal sont revenus sur le terrain pour la dernière fois, ils ont fait rentrer le jeu dans une autre dimen­sion, cette espace temporel où la victoire et la défaite n’ont plus aucune impor­tance. C’est pour ça que le sport est unique, parce qu’il doit redou­bler la crudité de son résultat d’une sorte de victoire morale qui, elle, se discute jusqu’au bout de la nuit. Il n’est qu’à lire Welovetennis depuis deux jours pour le comprendre. L’herbe était trop longue, les balles trop grosses, la nuit trop noire, tiens fais tourner. 

Elle est pour­tant bien jolie l’ex­pres­sion qu’a trouvé Fabrice Santoro avec cette notion de match nul en tennis. On tour­nait autour depuis pas mal de temps au fil des rencontres entre les deux joueurs. On sentait que ces deux‐là avaient une capa­cité réelle à faire rentrer leur match dans un sauf conduit de neutra­li­sa­tion par le haut, d’ému­la­tion à sommes nulles. 

C’est pour ça qu’il faut être moins dur avec Mats Wilander. C’est un immense joueur de tennis, à coup sûr le plus intel­li­gent de l’his­toire du tennis et ça, Apolline peut vous dire qu’elle ne lâchera pas un pouce de terrain sur cette ques­tion. Pour ceux qui ne le savent pas, c’est Wilander le premier qui à la sortie de la défaite de Nadal face à Muller en 2005 balance : « Le plus gros rival de Roger à Wimbledon, ce sera Rafael ». C’est lui qui a mis la puce à l’oreille d’Apolline. Elle vous a raconté tout ça l’an dernier après la finale. En choi­sis­sant cette année de prophé­tiser sur le fait que Federer devait envoyer des fleurs à Nadal car c’est ce dernier qui allait obliger le Suisse à se remettre au travail pour reprendre son bien, Apolline remercie là aussi le Mats, le Ingmar Bergman du tennis, car ce soir, enfin revenue en France, enfin reposée, enfin sortie d’un jetlag qui creuse les cernes et grille les neurones, elle a compris quelque chose. 

Nadal et Federer sont le plus grand joueur de tous les temps, et le docu­men­taire à faire, ce n’est ni sur l’un, ni sur l’autre mais sur les deux. Bien sûr c’est votre Apolline qui s’en char­gera. Ce sera pour vous l’oc­ca­sion de décou­vrir le plat préféré de Rafael Nadal.

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