Accueil Interviews Perrotte : " La chaîne de décision est plus simple" (L'exemple canadien 1/3)

Perrotte : «  La chaîne de décision est plus simple » (L’exemple canadien 1/3)

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Parti de la FFT, Louis Borfiga, aujourd’hui DTN de la Fédération canadienne, a décidé de jouer la carte tricolore pour le haut niveau. Logique donc d’essayer de comprendre cette démarche avec le trio de cadres tricolores qui ont été sélectionné.

Préparateur physique reconnu, Nicolas Perrotte pointe avec précision les différences qui peuvent amener les espoirs à être dans un état d’esprit tourné vers la performance.

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire tes valises pour le Canada ? Avais-tu eu d’autres expériences fortes à l’étranger par le passé ?

Lorsque j’ai reçu la proposition de Tennis Canada début 2015, pour venir travailler à Montréal, la décision a été difficile à prendre. J’ai toujours eu la sensation d’évoluer sur le plan professionnel en France, avec beaucoup de joueuses, de joueurs et d’entraîneurs. Mais c’est l’opportunité de prendre de nouvelles responsabilités et d’améliorer mes compétences qui m’a amenée à faire ce choix professionnel. 
J’ai travaillé à la FFT entre 1996 et 2015, avec un intermède de trois ans pour le Team Lagardère. Cela représente différents cycles et j’avais l’envie de découvrir un projet différent dans un pays et un environnement attractifs. Ainsi, dans mon travail à Tennis Canada, j’ai deux missions principales : entraîner les jeunes Canadiens au Centre national de Montréal et développer l’entraînement physique dans les différents centres provinciaux (Vancouver, Calgary et Toronto). 

Depuis que tu es installé au Canada, qu’est-ce qui t’a frappé en termes d’expertise dans ton domaine par rapport à la France ?

La chaîne de décision est plus simple, les entraîneurs ont généralement plus d’autonomie pour organiser leurs actions. Nous fonctionnons en équipe plus restreinte et Louis Borfiga nous pousse à aller au bout de nos projets, il veut que ça avance ! Au Centre national de Montréal, les jeunes, qui viennent de tout le Canada, sont hébergés dans des familles d’accueil pour plus de stabilité et font leur scolarité sous la supervision d’un enseignant qui est central dans notre équipe. Ainsi, on peut dire qu’il y a une expertise dans la prise en compte des jeunes adolescents par une équipe professionnelle intégrée. Une majorité de jeunes vont continuer leur cursus universitaire aux États-Unis en intégrant une bonne université grâce à leur niveau de tennis et leur niveau académique. Nous avons aussi la chance d’accompagner sur le circuit professionnel des jeunes prometteurs tels que Bianca Andreescu, Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime. Ils ont tous les trois 18/19 ans, quelle génération !

Est-ce que ta formation à la française t’aide au quotidien ?

Mes années de formation de prof d’EPS et d’entraîneur à l’INSEP sont une grande chance à mes yeux. Ensuite, le fonctionnement en équipe au Centre national d’entraînement a aussi été une grande expérience. Cela a forgé mes convictions sur les principes fondamentaux de la performance et sur la méthodologie de l’entraînement. Je défends aussi un mode de fonctionnement en équipe, avec le partage des points de vue et des compétences. On est souvent interrogé par les entraîneurs étrangers sur le système de formation français qui est reconnu pour sa structuration et sa productivité. 

Sans faire de généralités, on dit souvent que les Tricolores, en ce qui concerne le physique, en font toujours moins que les Anglo-Saxons, est-ce que tu as vérifié cela ?

Faire des généralités ne fait pas avancer le problème, en effet. Ta question fait référence à un facteur central de la performance : s’inscrire dans le processus et pas seulement dans le résultat, transmettre un ensemble de valeurs liées à la recherche de toujours progresser, au plaisir de se dépasser et d’amener les jeunes à faire progressivement des choix responsables. Les joueurs canadiens sont issus d’un vrai melting-pot et la culture de l’effort n’est pas plus importante a priori qu’en France. Nous souhaitons développer cette culture chez les jeunes : chercher à progresser au quotidien afin de ne pas se décourager au premier échec. Au Centre national, on a cette citation inscrite au mur de la salle d’entraînement : « Donne, reçois, partage et ton rêve se réalisera. » 

Est-ce que la préparation physique en France est aussi pointue qu’à l’étranger ? Ou est-ce que cette notion est arrivée trop récemment ?

En France, les centres d’entraînement fédéraux et privés ont beaucoup évolué depuis quelques années. Dans chaque ligue, il y a un préparateur physique qui forme les jeunes Français, et on vient de partout dans le monde pour s’entraîner en France et avec des entraîneurs français. Je pense que ces centres et académies sont très innovants, avec des équipes très professionnelles et de gros investissements en termes d’équipements. La concurrence pousse aussi à beaucoup communiquer et valoriser les avantages de chacun. 
Il faut du temps pour maîtriser les nouvelles technologies, des compétences pour savoir utiliser des méthodes d’entraînement au sein d’une équipe avec des jeunes aux profils différents. On a vu l’Australie et la Grande-Bretagne se structurer avec une cellule de recherche à disposition des entraîneurs dans le but d’optimiser la performance et d’aider dans la récupération. Mais il est très difficile de capter la complexité du jeu et les constantes adaptations à ses variables. Pour être efficaces, les entraîneurs doivent rester simples et pragmatiques. Les apports de la « science sportive » doivent répondre avant tout aux problématiques des entraîneurs, sans couper les jeunes de leur implication, de leur responsabilité. Le processus de formation des jeunes repose sur la capacité à mieux se connaître et être capable de prendre des décisions. 

Quels conseils donnerais-tu à un préparateur tricolore qui voudrait s’exporter ?

Partir sans a priori, être ouvert aux particularités du pays, s’appuyer sur les personnes en place. 

Y a-t-il, dans ton domaine, un pays reconnu pour exceller en termes de formation, d’expertise et d’expérimentation ?

Tennis Australia possède une culture « sport-science » très marquée, ils publient de nombreux articles sur le monitoring de la charge d’entraînement et les avantages et limites de la technologie. Plus proche de nous, la Suisse est structurée avec des entraîneurs très compétents, on sent une méthodologie et une pédagogie solides.

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