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La semaine du joueur – Parole de coach : l’heure de vérité ! (6/6)

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C’est la semaine du JEU et du JOUEUR sur Welovetennis ! Au programme, inter­views, articles et vidéos sur ce qui fait la passion du tennis, ses problèmes, la manière dont vous la vivez au quoti­dien et ce qui la provoque. Place au rôle du coach et à la forma­tion – oui, ce gars qui tente de vous faire progresser tant bien que mal !

Bastien est respon­sable du pôle féminin à l’ISP Academy, près d’Antibes. Jeune coach, il vous raconte son vécu, ses espoirs, son quoti­dien et son expé­rience dans le cadre de cette « semaine du joueur » sur Welovetennis. Une série en six épisodes, aux côtés d’une de ses joueuses, Agnes, une Danoise de 12 ans, plus jeune pension­naire de l’aca­démie, qui veut devenir profes­sion­nelle. En un an, cette jeune fille est passée d’un niveau de 301 à des victoires sur des adultes clas­sées 5/6… Pour Agnes, c’est le moment de se frotter au gratin mondial ! 

Episode 1 : De Sartrouville à Odessa
Episode 2 : Agnes, des rêves et des moyens !


Episode 3 : L’événement !

Episode 4 : Agnes, en route vers son premier événe­ment inter­na­tional !
Episode 5 : « Il flotte… et le mini‐Roland Garros se trans­forme en mini‐Bercy ! »

Mercredi, D‑day. Voici l’info indis­pen­sable : pas d’accalmie, il pleut comme vache qui… Après un gros échauf­fe­ment physique sous la pluie, réalisé dans les gradins d’un stade muni­cipal situé deux rues derrière les courts (pas de terrains d’échauffement, alors il m’a fallu être créatif…), nous voilà dans l’attente du match. Son agent nous rejoint pour grignoter un morceau ; c’est la première fois qu’il vient voir Agnes jouer dans un tableau inter­na­tional et, la connais­sant, je sais qu’elle se met une pres­sion supplé­men­taire. Parce qu’il est là, elle veut très bien faire. Et c’est parti.

« Un gros échauffement physique sous la pluie, réalisé dans les gradins d’un stade municipal »

Après avoir bien débuté (2–0), un peu malgré elle, car son adver­saire a fait beau­coup d’er­reurs pour commencer, Agnes se crispe de plus en plus au fil des points, qui défilent alors à une allure pas possible. 6–3 pour l’adversaire, puis 3–0, toujours selon le même schéma. Et, là, sur la chaise, c’est dur, c’est long et le spec­tacle est très désa­gréable. Mais ce n’est pas le moment de lui faire les gros yeux pour tenter de la faire réagir, je vois bien qu’elle est pétri­fiée et qu’elle aurait, je pense, plus envie de rester cachée sous sa serviette au chan­ge­ment de côté plutôt que de se relever pour aller servir. Alors je continue de l’encourager et je mets un peu de compas­sion dans mon regard. Je souris et j’essaie de la rassurer quand elle passe à côté de moi pour ramasser une balle. « T’en fais pas, je sais que c’est dur. Sois forte, courage ! » Finalement, le visage se décrispe, elle arrive à sourire à quelques missiles gagnants envoyés par son adver­saire, elle se décon­tracte un peu et le score tourne légè­re­ment… 1–3, 2–3, 3 partout ! Elle n’est pas loin de passer devant, mais l’adversaire serre le jeu. Agnes essaie encore, jusqu’au dernier point, mais ça ne suffit pas. Score final 6–3 6–3. Elle vient s’asseoir a côté de ma chaise, telle­ment tendue que les larmes ne sortent pas… C’est d’ailleurs le reflet du match entier : rien n’est sorti. Les frappes restaient dans la raquette, les émotions restaient à l’intérieur. Et c’est peut‐être parce que ses émotions sont restées à l’intérieur que ses frappes sont restées dans la raquette. L’attitude était bonne, comme toujours (calme, respec­tueuse, concen­trée et appli­quée), mais pas assez comba­tive. Pas assez compé­ti­tive. Aujourd’hui, il aurait fallu une Agnes révoltée, qui laisse sortir la pres­sion sous la forme d’une hargne après chacun des tout premiers points remportés. Histoire qu’elle se sente d’entrée de jeu dans la peau d’une conqué­rante. Au lieu de ça, elle a subit, elle a tout absorbé, les émotions, les peurs, les sensations. 

« Cela lui a donné ce sentiment d’avoir des comptes à rendre, des choses à prouver »

En discu­tant de tout ça avec elle sur la route du retour, d’aires d’au­to­route en aires d’au­to­route, je comprends qu’elle a laissé son esprit se foca­liser sur tous les « à côté » plutôt que sur elle et son tennis. Joueuse invitée du tableau, l’une des plus jeunes, présence de son agent… Cela lui a donné ce senti­ment d’avoir des comptes à rendre, des choses à prouver. La pluie, donc pas de terre battue, et tous les repères sont perdus, tout son travail depuis des semaines qu’elle n’arrive pas à appli­quer. Plus son adver­saire du jour qui, en plus, était bien plus forte qu’elle, beau­coup plus costaud et puis­sante, diffi­cile à manœu­vrer. Aucun de ces diffé­rents points ne repré­sente une excuse et elle le sait. Mais il est primor­dial de l’écouter et d’en débattre avec elle pour qu’elle comprenne qu’elle a perdu son énergie à vouloir contrôler des para­mètres incon­trô­lables, car tous en lien avec une seule et même chose : le résultat. En se fixant comme objectif de « devoir gagner », elle ne se foca­lise pas sur les objec­tifs tactiques et mentaux l’aidant à atteindre un niveau de tennis qui la rendra perfor­mante (et donc, éven­tuel­le­ment, vain­queur du match). Erreur de gestion, dirons nous, mais qui devra rester excep­tion­nelle si elle veut espérer réussir les prochains grands rendez‐vous dans les années à venir.

Maintenant, direc­tion Nice, retour à l’ISP. On va se remettre au travail. Agnes a rendez‐vous avec un grand équi­pe­men­tier italien pour signer son premier contrat textile. Prochain gros tournoi, chez elle, à Copenhague, sur terre battue… si tout va bien ! 

Fin de la série ! Merci à vous d’avoir suivi Bastien et Agnes tout au long de la semaine !

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