AccueilLe blog d’ApollineRoger, je t’en prie, sers‐toi de nous et du Tenniseum !

Roger, je t’en prie, sers‐toi de nous et du Tenniseum !

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Troisième partie gratuite pour Roger Federer qui va donc tenter de faire tomber ce Rafael Nadal que tout le monde annonce comme jamais aussi fort que cette année. C’est vrai, mais ce n’est pas ce qui compte. Le plus grand adver­saire de Roger Federer reste Roger Federer et il ne tient qu’à lui d’opérer sa méta­mor­phose en direct. A une petite condi­tion : d’aller visiter le Tenniseum et de visionner une vidéo fondamentale. 

Vous êtes sûre­ment passé à Roland Garros au moins une fois dans cette quin­zaine. Il y a sûre­ment plu à chaudes larmes pendant une bonne heure. Et au lieu de foncer au Tenniseum pour conti­nuer à voir du tennis, vous vous êtes retranché sous la tribune Jean Borotra en atten­dant que l’averse s’es­tompe. C’est bien logique mais vous avez fait une erreur. Ce n’est pas une grosse erreur mais à ce stade de la compé­ti­tion, elle va peut‐être vous coûter très cher. Aux abords des finales, tous les détails comptent. 

On espè­re­rait que Roger Federer, garçon parfai­te­ment éduqué, modèle de respect pour ses ainés soit allé visiter le Tenniseum, le musée de Roland Garros. Mais on en doute un peu et c’est dommage car, comme vous, il aurait pu parcourir la très belle expo­si­tion que la Fédération a monté autour d’un de nos grands génies natio­naux : René Lacoste. C’est une expo­si­tion parti­cu­liè­re­ment bien faite mais qui a surtout un grand mérite pour ceux, rares, trop rares, qui sont allés la décou­vrir, c’est de comprendre que le tennis n’a pas été inventé par André Agassi, Pete Sampras ou juste­ment notre Roger bien aimé. On a joué au tennis avant eux. Si, si c’est vrai. Et, révé­la­tion glaçante, humi­lia­tion suprême pour les tenants du tennis new age, on y était confronté aux mêmes problèmes dans l’ad­ver­sité, aux même moments de flot­te­ment dans sa carrière, aux même bêtes noires qu’on n’ar­rive jamais à battre parce qu’elle vous pilonne le revers. Hum hum. Celle ou celui que les pas auront mené dans le sous‐sol du musée aura sûre­ment décou­vert avec éton­ne­ment les petites cahiers grif­fonés que le Roi René remplis­saient de toutes ses obser­va­tions sur les joueurs, leurs qualités, leurs défauts, leur impa­tience, les condi­tions de jeu, le vent. Cela doit consti­tuer pour le visi­teur un premier temps de recueille­ment. Prions en mémoire de nos frères mousquetaires. 

Mais même privé de cette belle expo­si­tion sur le premier des Crocodiles (on espère dans 50 ans la même expo­si­tion sur le dernier alli­gator en date, Nadal), le Tenniseum aurait encore le privi­lège d’of­frir avec sa salle perma­nente une série de petites vignettes à se coller sur le cerveau pour s’im­pré­gner des arcanes histo­riques de ce jeu. Il y a dans les bornes à votre dispo­si­tion une collec­tion de Paroles de cham­pions qu’il est bon de réécouter pour essayer de capter, vain Dieu de bon Dieu, ce qu’un cham­pion « sait » que nous ne savons pas. Bon, ne cachons pas que le video player des ordi­na­teurs du Tenniseum ont une fâcheuse tendance à s’en­rhumer. Il vous faudra donc passer d’un ordi­na­teur à un autre pour trouver l’ap­pa­reil idoine, mais si vous faites preuve d’un peu de persé­vé­rance et si vous tapez sur les bonnes vidéos, celle des cham­pions qui font sens pour votre géné­ra­tion, et par exemple celle de McEnroe pour la mienne, vous décou­vrirez des choses insoup­çon­nables, que même Federer ne doit pas savoir, sinon il aurait appuyé sur ce bouton depuis long­temps. Et ça tombe mal parce qu’il a une nouvelle chance d’en fait étalage ce dimanche et c’est un peu bête d’ar­river à poil sans ce timbre‐là obli­téré sur la fesse. 

Si vous cliquez sur la parole du cham­pion McEnroe, ce dernier vous donnera tout simple­ment le fin mot de sa défaite en 1984. Incroyable, non ? Cette raison, tout le monde est allé la cher­cher dans un tas de bouquins, le sien en premier, mais McEnroe n’y raconte que ce qu’il veut raconter c’est à dire une version souvent tron­quée des faits. Tout le monde la cherche égale­ment dans le docu­men­taire de réfé­rence McEnroe‐Lendl. Le Crépuscule des Dieux, mais McEnroe a sorti les mêmes trucs vaseux à votre Apolline qui a décidé de lui passer sur le corps jusqu’à ce que John arrête de la balader. Pourtant cette raison, ou plutôt ces raisons, vous les trou­verez dans cette petite vidéo plan­quée dans les laby­rinthes duTenniseum. Ce qui explique que John les livre étape par étape, en confiance, par petits ronds concen­triques, c’est qu’il a en face de lui l’im­mense Gil de Kermadec, notre père à tous, le plus grand cinéaste du tennis de tous les temps. 

Qu’est‐ce que John lui raconte ? Et bien que tout John McEnroe qu’il est, sans le public il n’est plus rien. Sans l’amour du public, il n’existe plus, il n’a plus de réserve de batterie. Cette grande affaire du public, il l’avait d’ailleurs déjà expliqué dans sa biogra­phie en parlant de sa première finale en mixte à Roland Garros, une finale jouée devant sept personnes car la finale hommes avait lieu sur le central au même moment. « Rotten », détruit, pourri, carbo­nisé, c’est le mot qu’a­vait utilisé McEnroe pour signi­fier à quel point jouer un match sans public, c’était boire le calice de la soli­tude jusqu’à la lie. Le seul joli symbole, c’est que cette finale avait lieu sur le court numéro 5, le court des roman­tiques, un petit écrin bercé de chatai­gniers dont Apolline et tous les amou­reux de Roland gardent un souvenir ému et qui fut détruit vers la fin des années 80 pour construire le restau­rant Roland Garros et le Tenniseum… d’où vous enten­drez cette confes­sion de John sur sa finale 1984 : « Après avoir dominé aussi faci­le­ment Lendl pendant deux sets, j’ai senti que le public qui était venu me supporter avait envie de voir un match un peu plus long. Mais après l’in­ci­dent avec un came­raman améri­cain, le public s’est retourné contre moi et s’est mis à l’en­cou­rager. Les gens ne se sont peut‐être pas aperçus qu’a­près ça, dans le 4ème set, dans le 5ème set , quand j’ai eu eu d’autres oppor­tu­nités et que je me sentais de plus en plus fatigué, j’avais vrai­ment besoin de leur soutien ». Mais ce soutien‐là ne vint jamais. Et pour ceux que la nouvelle surpren­drait sur John, demandez‐vous fina­le­ment combien de fois l’Américain a retourné un match en sa faveur en reve­nant de 2 sets à 0 ou de 2 sets à 1. Une seule fois dans toute sa carrière, contre Noah, en finale de Coupe Davis à Grenoble. McEnroe est un émotif, un super émotif, en prise directe avec tout ce qui se passe autour de lui, tout ce qui est présent et égale­ment tout ce qui est absent. Dans cette vidéo, vous pourrez d’ailleurs enchainer avec ce que John McEnroe a lui‐même appris de la victoire de Yannick Noah un an avant à la Porte d’Auteul : « J’ai vu que gagner une finale de Grand Chelem, ça pouvait se vivre comme Yannick l’a vécu. Moi j’en avait pour­tant gagné des Grands Chelems mais je ne savais pas que ça pouvait se vivre comme ça, avec une telle joie, un tel bonheur. Ca a été une grande leçon ». Si vlous allez au Tenniseum, sachez que toutes ces cita­tions, ce n’est pas ce que McEnroe a dit litté­ra­le­ment, mais c’est ce qu’Apolline qui le connait bien, a entendu et compris. 

Eh bien Apolline aime­rait que Roger Federer, faute d’une visite au Tenniseum, ait égale­ment saisi tout ça avant de rentrer ce dimanche sur le central de Roland Garros, lui dire qu’il peut conce­voir son match comme il l’en­tend, venir au filet, rester au fond, faire des amortis, des slices de revers décroisés, brouiller toutes les cartes comme il l’a fait face à Monfils et nous sortir le récital que tout le public pari­sien appelle de ses voeux, mais s’il ne nous donne pas l’im­pres­sion qu’il a besoin de nous, public fran­çais et adora­teur du beau jeu, s’il ne se tourne pas vers nous, s’il ne nous donne pas l’im­pres­sion que pour lui, le tennis c’est la joie d’exister aux yeux des autres, la joie d’ex­ploser, la joie d’aller cher­cher en soi des ressources inex­plorés, et s’il nous ressert la mine renfro­gnée puis rapi­de­ment rési­gnée des années passées, alors Apolline vous le dit aussi serei­ne­ment mais ferme­ment que Pierre Barthes : « Roger Federer ne gagnera jamais Roland Garros ». 

Il y aura une variable fixe ce dimanche, c’est Rafael Nadal. Il l’a quasi­ment annoncé, il ne chan­gera rien à une tactique qui gagne, il ne chan­gera rien à ce qui le fait dominer les lieux depuis 4 ans. Il révèle en cela en quoi le tennis est un jeu simplis­sime et il a bien raison. Ce n’est pas à lui de cher­cher des solu­tions à des problèmes qui ne se posent pas pour l’ins­tant. La seule variable, c’est Roger Federer. Le numéro mondial dit n’avoir jamais été aussi en forme, on le croit aveu­glé­ment. Il dit qu’il sait comment battre Nadal, il faut lui faire confiance. Il dit qu’il ne sait pas pour­quoi il fait la gueule, mais qu’il y a telle­ment de boulot qui l’at­tend. On le comprend. Roger a réponse à tout, il le dit très bien, mais là on ne va plus lui demander de le dire, on va lui demander d’hurler, on va lui demander d’aller nous cher­cher au niveau de la région du larynx, on va lui demander de s’ar­ra­cher le plas­tron et de faire sortir le monstre. 

Va falloir arrêter de faire ton Suisse, là, Roger. On est à Paris main­te­nant ! On est à Paris ici ! 

Ton Apolline qui t’aime

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