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8. Mon entre­tien avec Federer…

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Il ne reste plus que deux jours avant la fin défi­ni­tive de l’année 2012. Dernière partie de notre rétro… Un peu d’auto‐promo ! Voici quelques uns des meilleurs articles origi­naux publiés tout au long de la saison sur Welovetennis. La sélec­tion a été établie par une jeune fille de passage à la Rédaction, qui a laissé son cœur parler ! Bonne re‐lecture !

La rétro WLT est orga­nisée en parte­na­riat avec « Roger, mon amour », le livre tennis événe­ment sur Roger Federer.

Publié le 23 octobre 2012 à 12h00, par Jeremy Alen

Roger Federer n’ac­corde que très rare­ment des inter­views en face à face, à moins qu’elles ne lui soient propo­sées par un média très impor­tant. Il fallait bien que GrandChelem/Welovetennis tente sa chance d’une façon diffé­rente. Logiquement, je me suis rendu à Bâle pour les Swiss Indoors, LE tournoi de Roger, lors du fameux Super Monday. Je savais que j’avais la garantie de le voir sur le court, ainsi qu’en confé­rence de presse, à défaut de lui poser quelques ques­tions en direct. Récit d’une journée très intense, qui se termine par un petit moment d’an­tho­logie. Quand la chance se présente à vous, il faut savoir la saisir.

Il est tôt, le matin, quand je quitte les rives du Rhône, où se trouve la Rédaction, pour rejoindre Bâle, capi­tale euro­péenne des labo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques. Et ville paisible, car quelque peu fortunée… Sur la route, je me limite à 120 km/h, Suisse oblige. Après avoir passé Genève, une cité du cosmo­po­li­tisme, et Lausanne, l’olym­pique, je file vers Bâle… Bâle, antre de penseurs célèbres, marquée par les vies d’Erasme, de Nietzsche, de Jung… Bâle, visitée quelques semaines aupa­ra­vant, pour le premier épisode de notre concept « Road to Roger » – pèle­ri­nage sur les traces du cham­pion helvète. L’arrivée à la Sankt Jakobshalle se fait sans soucis. D’autant que, pour faci­liter mon parcours, j’ai eu l’au­dace de suivre la voiture d’un équi­pe­men­tier tennis. 

Me voilà main­te­nant au fameux « desk media », où je dois retirer mon accré­di­ta­tion. L’attente est longue, la procé­dure aussi ; on ne badine pas avec la sécu­rité au pays du chocolat. En récu­pé­rant mon badge, iden­tique à celui d’un cadre chez Nestlé, j’ap­prends que mes accès sont limités. Très limités, même. Pour avoir le privi­lège de mettre un pied au village, il va falloir encore montrer patte blanche. A ce sujet, je m’empresse d’in­ter­peler la Directrice Médias : « Comment se fait‐il que vous êtes le seul tournoi au monde où les jour­na­listes ne peuvent pas aller libre­ment au village ? » « Parce que nous sommes les Swiss Indoors. » La réponse est claire, à défaut d’être étayée. Je n’in­siste pas, m’ins­talle à mon desk et explore la presse locale. Roger est partout. En grand. En pub. En portrait. En idole. En égérie. J’ai envie de dire… normal. Je fais un point rapide avec la Rédaction, à Lyon. Mes missions sont défi­nies : palper l’am­biance et, surtout, assister, en fin de soirée, à la confé­rence de presse de Roger Federer. 

Auparavant, je glisse un SMS à l’agent de Julien Bennetau pour caler un entre­tien. Ca se fera après son match. Parfait, Julien joue en début d’après‐midi. Le temps de faire le tour des lieux, de voir des RF sur tous les fronts et Benet’ est déjà prêt au Player’s Lounge. Escorté, je pénètre dans le sacro‐saint. Le joueur fran­çais se montre toujours aussi alerte et sympa­thique. On a du temps devant nous et l’at­taché de presse de l’ATP est cool, pour une fois. L’entretien va se terminer. J’entends des claque­ments de main. Je me retourne. Le Roi est là, tran­quille. Il discute, il est chez lui, et il n’est, pour­tant, qu’à 25 minutes de son entrée sur le Central. Zen. Roger s’installe dans un canapé avec son pote de toujours, Marco Chiudinelli. Relax. Pendant ce temps, Stanislas Wawrinka, assis sur le frigo de bois­sons éner­gé­tiques, cause avec Pierre Paganini. 

Un peu plus tard, j’assiste à l’entrée du Maître… sur le court, cette fois. Sous les vivas de la foule, bien entendu. Pour un match plutôt maus­sade face à Benjamin Becker. « Press confe­rence at 20h45 », annonce, sans porte voix, l’une des stagiaires du centre média. J’ai préparé ma petite caméra et mon iPhone, je suis dans les star­ting blocks. Je me mets au premier rang en salle de presse, du côté des Suisses aléma­niques. Roger a du retard. Beaucoup de retard. Il est 21h30, quand il arrive avec ses body­guards, vêtu d’un jean, prêt à aller faire la tournée des spon­sors au village. « Le tournoi ne serait pas devenu ce qu’il est sans lui », avouait dans Le Temps, quoti­dien de réfé­rence, le Directeur du tournoi, Roger Brennwald, dont le contrat avec le numéro un mondial arrive à son terme.

Roger Federer répond alors aux ques­tions normales et logiques suite à un premier tour dans un ATP 500. D’abord en anglais, puis en suisse alle­mand. Enfin, en fran­çais. C’est là que votre servi­teur, à l’affût, tapi dans l’ombre, surgit pour égayer une soirée un peu terne. Je tremble légè­re­ment, ma caméra aussi. Je l’éteins. Il est temps de passer à l’ac­tion. Je lève la main et apos­trophe enfin le champion.

« Roger, je vais te poser une ques­tion qui n’a abso­lu­ment rien à voir avec ton match d’au­jourd’hui. Nous sommes allés sur tes traces, il y a quelques semaines… et, donc, dans ton ancien club, le Old Boys Tennis Club de Bâle. Tu sais que c’est devenu un lieu de pèlerinage ?

- (Sourire) Comment ça, un lieu de pèlerinage ?

- En fait, on nous a expliqué qu’il y a des bus de Japonais et de Chinois qui viennent et que, chaque jours, on y croise des fans du monde entier…

- C’est plutôt grati­fiant, c’est un peu comme à Hollywood, alors ! (Rires)

- Oh, je ne peux pas te dire qu’il y a foule non plus, mais ça arrive quelques fois. En fait, ils veulent, tous, voir les courts où tu as grandi…

- Et bien, ils ont encore de la chance d’avoir ceux du Old Boys à se mettre sous la dent, car mes deux autres clubs ont été rasés. J’ai l’im­pres­sion que personne ne veut conserver les courts où j’ai appris à jouer au tennis. (Rires) Je me demande vrai­ment si, en Suisse, on veut voir appa­raître un nouveau Federer (rires) ! Plus sérieu­se­ment, le Old Boys a beau­coup compté pour moi. C’est là‐bas que j’ai commencé à m’aguerrir et à devenir un vrai joueur de tennis. C’est drôle que vous y soyez allés !

- Pour te dire la vérité, on ne s’est pas contentés d’y aller pour y faire du tourisme…

- C’est‐à‐dire… Là, tu m’in­quiètes… (Rires)

- (Sourire) On voulait jouer sur ton court, celui qui porte ton nom !

- Bonne idée ! Ca m’in­té­resse, continue…

- En fait, j’ai joué contre l’une de mes jour­na­listes et on a vécu un super moment…

- Pourquoi ?

- Tu sais, je ne suis pas un très grand joueur, mais je suis parvenu à faire ton tweener ! Pas aussi parfai­te­ment que toi, évidem­ment, mais j’ai quand même marqué le point.

- (Rires) C’est dingue, cette histoire !

- Je t’avoue que j’étais assez fier de réussir ça sur le Roger Federer Centre Court ! (Sourire)

- L’essentiel, c’est que mon court t’ait inspiré ce coup ! (Rires) Le tweener, c’est un truc vrai­ment magique… Bravo ! »

La salle de presse accom­pagne le sourire du Suisse. Intérieurement, comme un enfant, je jubile. J’ai échangé quelques mots avec Roger Federer. Je repars une heure plus tard de la Sankt Jakobshalle, avec l’idée que j’ai rempli ma mission. Le courage a payé, l’en­vi­ron­ne­ment très spécial de ce tournoi m’a aidé, car ce petit moment d’in­ti­mité n’au­rait jamais pu avoir lieu ni sur un Masters 1000, ni sur un tournoi du Grand Chelem. En trois mots… Vive la Suisse !